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Par Fahd Iraqi
et Hassan Hamdani
Portrait-Enquête. Sir Othman et ses mystères
Avec une fortune estimée à 20 milliards de dirhams et des manières de lord anglais, Othman Benjelloun reste malgré tout une énigme. Retour sur un parcours dexception, jalonné de zones dombre et de batailles financières titanesques.
Siège de la BMCE Bank, sur lavenue Hassan II à Casablanca. Nous sommes au huitième étage, dans le bureau du président. Président, sans Monsieur le. Cest ainsi que ses collaborateurs lappellent, dans un mélange inédit de snobisme, dobséquiosité et dadmiration. Ce qui |
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nest pas pour déplaire à Othman Benjelloun, dont le vernis aristocratique semble volontairement poli chaque matin - devant un miroir en pied ceint de moulures dorées, se surprend-on à rêvasser. Ici, point de fautes de goût, ni de traces de cette ostentation tapageuse chère aux milliardaires marocains. Le bureau du PDG dun groupe financier tentaculaire qui pèse plus de 100 milliards de dirhams, et dont les ramifications sétendent de la banque à lautomobile en passant par lassurance, la distribution alimentaire et les télécoms
est de dimensions étonnamment modestes. 50 m2 à tout casser. Ce qui compte nest pas le contenant, mais le contenu : Sir Othman lui-même, pour commencer, avec son allure so british, ses 76 ans et ses cheveux gris plaqués en arrière, son costume sombre de la meilleure coupe, sa cravate beurre frais sur sa chemise ivoire, et son wissam alaouite épinglé à la boutonnière. Ses meubles en bois précieux et cuir piqué, ensuite, et son coin salon qui a vu défiler presque tous les capitaines dindustrie et grands banquiers du royaume, invités à jongler avec les milliards en dégustant un verre de thé servi par un majordome aux gants blancs. Ses multiples uvres dart enfin, qui parsèment les lieux dans une anarchie soigneusement étudiée : ici, une sculpture de la Chine du Xème siècle sous la dynastie Tang, là des toiles orientalistes des années 1940, ça et là des pièces rares posées sur des tables basses là où de simples mortels auraient placé des cendriers. Un point commun à toutes ces uvres dart, témoins de la patine des fortunes anciennes : le cheval. Cest la passion du président, qui dispose dun haras dans son ranch personnel. Il ne se souvient pas du nombre de chevaux quil possède, mais porte une affection particulière à une de ses juments blanches, Mahassine, qui a remporté le premier prix de beauté à Cannes (voir la photo de couverture).
Dans le coin opposé du bureau du président, la thématique est plutôt royale. Ornant murs et étagères, des portraits de Othman Benjelloun avec Hassan II et Mohammed VI, mais aussi des photos privées (signées Maradji) de son père, lHaj Abbas Benjelloun, en compagnie de Mohammed V
et même quelques lettres de sollicitude estampillées du sceau dor alaouite. Une manière, sans doute, de faire mentir ces méchantes rumeurs qui le disent en disgrâce, puni pour avoir osé livrer une bataille financière féroce contre le holding royal ONA. La dernière fois où jai vu Sa Majesté remonte à sept semaines. Il est toujours très chaleureux avec moi, affirme Othman Benjelloun avec une douce conviction. Dernier élément notable du décor : un portrait à lhuile du président, réalisé sur commande par un peintre anglais quil a rencontré en marge de linauguration de sa nouvelle filiale bancaire, au cur de la City londonienne. Je viens de recevoir cette toile, aujourdhui, nous explique-t-il. Elle est destinée à remplacer ma photo dans la salle du conseil. Pas de doute : Othman Benjelloun saime. Et il peut se le permettre : au Maroc, les success stories de son envergure se comptent sur les doigts dune seule main.
Amnésies volontaires
Fin juin dernier, le PDG de la BMCE Bank a été sacré à Paris Banquier arabe de lannée 2007. à cette occasion, il a fait réaliser un DVD promotionnel à sa gloire, qui souvre sur un défilé de
ses ascendants : des nobles fassis compassés en jellaba blanche, ayant bâti le socle de la fortune familiale dans limport/export avec Manchester, sous le protectorat français. Quon se le dise : Othman Benjelloun ne vient pas de nulle part. Il est probablement le premier Marocain à avoir étudié en Suisse, à lEcole polytechnique de Lausanne, dès les années 50. Comme dautres auraient rêvé dêtre artistes, lui se voyait architecte. Une lubie sans doute sympathiquement accueillie par son père, lHaj Abbas, avant que latavisme familial ne reprenne naturellement ses droits : le fils chéri sera - qui en doutait ? - entrepreneur.
Quand il revient au Maroc fraîchement indépendant, en 1959, Othman Benjelloun a 28 ans. Il rejoint son frère aîné Omar (aujourdhui décédé), qui a déjà fait fructifier largent de la famille dans plusieurs unités industrielles. Aluminium, sidérurgie, chaîne de montage dautomobiles
les Benjelloun Brothers touchent à tout. Entre les années 60 et 80, ils tissent un vaste réseau dalliances internationales avec des géants mondiaux comme Volvo, General Motors et Goodyear. Mais au milieu de cet entrelacs de partenariats commerciaux, une entreprise fait désordre : Westinghouse. Beaucoup lient le début de la véritable ascension de Othman Benjelloun, dans les années 80, aux mystérieux accords quil a tissés avec ce consortium américain dont les tentacules sétendent jusquà lindustrie de larmement. On parle de radars, déquipements militaires destinés à une armée marocaine en pleine guerre du Sahara
Sur ce chapitre de sa carrière (lire encadré, p. 52), le banquier refuse de sépancher. Ça remonte à tellement loin que je ne men souviens plus, lâche-t-il un brin courroucé, assumant sans complexes ses amnésies volontaires
Othman Benjelloun na rien oublié, en revanche, de son acquisition de la Royale marocaine dassurances (RMA), une compagnie créée en 1949 par dix nationalistes, dont son père. En 1988, sentant un nouvel appel dair du monde de la finance, il rachète la RMA aux autres héritiers pour une bouchée de pain, et se voit aussitôt offrir la présidence du conseil dadministration sur un plateau dargent. Le patron de la RMA à lépoque, Si Mohamed Ben Jilali Bennani, étant souffrant. Le conseil dadministration ma donc proposé de prendre en charge la compagnie, résume-t-il avec simplicité. Les détails de cette transaction, alors que Othman Benjelloun est la nouvelle étoile dun Makhzen économique particulièrement opaque, patronné par un Hassan II au faîte de sa puissance, restent à ce jour un mystère
Financier show off
Mais Othman Benjelloun a du ressort. Lacquisition de la RMA, que beaucoup voyaient comme son couronnement, nétait pour lui quun tremplin. Cest grâce au trésor de la compagnie dassurances quen 1995 il saute dans le train des privatisations et prend le contrôle de la Banque marocaine du commerce extérieur, jusque-là publique, pour en faire la BMCE Bank (en insistant sur le k). Déjà suspicieux depuis lépisode RMA, les milieux daffaires persiflent à lenvi : lappel doffres aurait été taillé sur mesure pour le favori économique du Palais. Mais Othman Benjelloun, son costume de banquier à peine enfilé depuis un mois, avance encore dun pas : il devient patron des banquiers en se faisant élire président du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) et dans la foulée, engage la BMCE dans des opérations novatrices. Dépoussiérant lorganisme étatique, il ouvre son tour de table à de prestigieux établissements financiers internationaux comme le Japonais Nomura et lAllemand Commerzbank. Cest avec lappui de ce dernier que Othman Benjelloun, confirmant sa réputation de prédateur, soffre en 1998 la compagnie dassurances Al Wataniya, pour 3,3 milliards de dirhams. Le montant de la transaction frappe les esprits et Othman Benjelloun, qui affectionne le côté show off de la finance, devient la coqueluche dune presse économique naissante. Son plus grand triomphe, il lobtiendra un an plus tard en remettant au Premier ministre de lépoque, Abderrahman Youssoufi, sous les flashes et les caméras, un chèque de 11 milliards de dirhams : le prix de la seconde licence GSM, quil soffre en créant Méditelecom, un consortium comprenant le géant des télécoms ibérique Telefonica et la Caisse paraétatique de dépôt et de gestion (CDG), le bras armé financier de la monarchie.
En 1999, alors que le règne de Hassan II touche à sa fin, Othman Benjelloun se sent sur orbite. Tout le monde saccorde à le considérer comme la première fortune du Maroc derrière Sa Majesté. Et apparemment, il ne compte pas sarrêter là. Dans sa ligne de mire, il y a désormais la Société nationale dinvestissement (SNI), privatisée quelques années auparavant : un holding géant et tentaculaire, propriété dun nud dactionnaires dont le plus notoire est lONA et dont Siger, le holding familial des Alaouites, détient 13%. Fort du portefeuille dAl Wataniya, Benjelloun renforce ses positions dans la SNI, dont il ne tarde pas à devenir le premier actionnaire. Ce faisant, et par un jeu complexe de participations croisées, il sinvite en force dans le capital de lONA, au point den devenir aussi le premier actionnaire
devant Sa Majesté, cette fois. Une lourde erreur, quil paiera très cher.
Le Président vs Sa Majesté
Nous sommes en 1999 et au palais royal, les dents grincent. Loffensive de Benjelloun est perçue comme un acte hostile contre les affaires privées de la famille royale. Circonstances aggravantes : Hassan II est mourant et lONA, de la présidence de laquelle Fouad Filali, lex-gendre du roi, vient dêtre éjecté après 13 ans de bons et royaux services, traverse une crise de gouvernance aiguë. Cest dans une sombre ambiance de fin de règne que Mourad Chérif succède à Filali, fin avril 1999. à la mort de Hassan II, trois mois plus tard, le jeune Mohammed VI reprend les affaires familiales en main. Lobjectif n°1 de Chérif est de barrer la route à Othman Benjelloun. Une bataille titanesque sengage, comme jamais la Bourse de Casablanca nen a connue, dans le but de rafler le maximum de titres SNI. Mais lONA a une botte secrète : Mourad Chérif disait à des présidents de compagnies dassurances ou de mutuelles qui détenaient des titres SNI que le roi avait donné instruction de ne rien vendre à Benjelloun, se souvient un vétéran du marché, qui a suivi de très près cet épisode. Siger se renforce dans lONA et dans la SNI avant den verrouiller totalement le contrôle, quelques mois plus tard. Benjelloun finit par rendre gorge, tandis que dans les salons, on ricane avec férocité.
Aujourdhui encore, le patron de la BMCE garde un profil soigneusement bas. Inutile de chercher à lui soutirer des souvenirs dancien combattant. La guerre de la SNI, à lentendre, na jamais eu lieu. Je nai jamais vraiment voulu prendre le contrôle de la SNI, affirme-t-il. Jai acheté des blocs dactions car cétait un bon placement pour notre compagnie dassurances. Une version bien idyllique des évènements. La vérité, cest que pour la première fois de sa riche carrière, Othman Benjelloun a subi une défaite denvergure. En 2001, le banquier est finalement contraint de décroiser ses participations avec lONA. Pire : il subira des représailles royales, à titre personnel, en étant déclaré persona non grata dans les conseils dadministration du holding royal où il est contraint, depuis, de se faire représenter par ses collaborateurs. à la date daujourdhui, il na pas droit à la parole à la SNI, où il plafonne à 12% contre
60% contrôlés par le groupe royal Siger. Fermez les bancs !
Les années noires
Même sil ne ladmet pas, Othman Benjelloun a vécu une très mauvaise passe durant les premières années du nouveau règne. En 2000, il a beau soffrir le nom dune start-up pour son holding (Finance.Com), se lancer dans les nouvelles technologies, ouvrir des délégations de la BMCE Bank partout dans le monde (jusquen Chine !)
rien ny fait. Son groupe bat dangereusement de laile, toutes branches confondues. Méditelecom tarde à gagner de largent et les révisions successives du business plan instillent le doute dans les milieux économiques. Dans les assurances, la fusion entre la RMA et Al Watanya traîne et les synergies tardent à se mettre en place. Lentreprise automobile familiale où tout a commencé, Saïda Star Auto, est elle aussi au bord de la déroute. Benjelloun use de toute son influence de patron des banquiers pour convaincre ses pairs de rééchelonner un prêt dun milliard de dirhams que traîne Saïda Star Auto. Le banquier va même devenir gérant de la société en toute impunité, défiant les lois bancaires qui interdisent le cumul des fonctions.
Larmada Benjelloun prend leau de toutes parts et le président écope tous azimuts. Même son vaisseau amiral, la BMCE Bank, menace de sombrer, menacé par la crise générale des marchés financiers. Installée dans une nouvelle tour high-tech, la gigantesque salle de marché que le président sest offerte est mobilisée quasi exclusivement pour soutenir le cours de laction BMCE Bank, qui ne cesse de dégringoler. Pire encore, lONA, revigorée par sa victoire, devient carrément agressive. Naguère prédateur redouté, Othman Benjelloun devient une proie aux abois. En 2003, la nouvelle équipe de managers des affaires royales multiplie les acquisitions et lorgne sans fard
la BMCE Bank, quelle entend faire avaler à la BCM, filiale bancaire de lONA.
Selon une source très proche de Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohammed VI, patron de Siger et nouvelle étoile de la galaxie financière royale, lidée du mariage entre la BCM et la BMCE Bank est née paradoxalement
dune initiative de Othman Benjelloun. Cétait lors dune visite royale aux Etats-Unis. Benjelloun ne faisait pas partie des invités du souverain, mais il a tout de même rejoint la délégation à New York, en insistant pour rencontrer Majidi. Ils ont fini par déjeuner ensemble, et Benjelloun lui a clairement annoncé sa disponibilité pour négocier un prix de cession. Cette version des faits, Othman Benjelloun la nie en bloc, tout en minimisant la portée de ses tractations avec le holding royal des tractations qui ont pourtant fait jaser les salles de marché pendant de longs mois. Il y a effectivement eu des réunions entre mes collaborateurs et les responsables de lONA, pour étudier une éventualité de rapprochement entre la BMCE Bank et la BCM. Mais nous leur avons expliqué que nous tenions à notre indépendance, se défend aujourdhui Benjelloun. Les initiés en sont pourtant convaincus : le patron de la BMCE aurait subi de lourdes pressions pour vendre, tout en étant contraint davaler de grosses couleuvres. Comme, par exemple, le fait de se retrouver à négocier avec Hassan Bouhemou, un de ses anciens collaborateurs (et même pas de premier rang), devenu le bras droit de Mounir Majidi.
Mais le vieux crocodile a le cuir épais. Pour résister, il joue la montre et laisse traîner les négociations, au point de déclencher la fureur du gérant des affaires royales.
Majidi lui a fait transmettre le message quil ne voulait plus le voir, ni même lavoir au téléphone, assure une source très proche du PDG de Siger. Othman Benjelloun, lui, nie avec véhémence. Jappelle Majidi quand je veux. Il y a un respect mutuel entre nous, affirme-t-il en souriant calmement. à bout de patience, Majidi finira par changer son fusil dépaule. En 2003, il jette son dévolu sur Wafabank quil rachète aux héritiers Kettani, une proie sans conteste plus facile que le coriace Benjelloun. Depuis, cest la paix des braves, et le patron de Finance.Com fait comprendre quil ne la rompra pour rien au monde. Sa priorité, désormais, est de panser ses plaies et de remettre son empire en ordre de marche. Mais les croche-pattes ne sarrêtent pas pour autant
La renaissance du phénix
En 2003, toujours, dans la foulée du rachat de Wafabank par la BCM, Abdellatif Jouahri, que Benjelloun, en 1995, avait remplacé à la tête de la BMCE Bank, est nommé wali de Bank Al-Maghrib. Dans le microcosme financier, on explique que ce choix est un moyen de compliquer la vie à Othman Benjelloun. Lequel refuse, bien entendu, dalimenter la polémique. Vous pensez vraiment que Sa Majesté choisit ses collaborateurs sur de tels critères ?, réplique-t-il. Pourtant, le nouveau gouverneur de la Banque centrale ne tarde pas à chercher des poux dans la tête de son ancien collègue. Peu après sa nomination, il sinquiète ouvertement de la solvabilité de la BMCE Bank. à nouveau, Benjelloun se retrouve acculé dans un coin du ring. Mais il se sort des cordes avec brio en usant dune parade comptable jusque-là inédite au Maroc : pour augmenter les fonds propres de sa banque, il a recours à une dette subordonnée, et se cherche de nouveaux partenaires à linternational. Le comité des établissements de crédit (dépendant de la Banque centrale) lui refuse son partenariat avec la Caisse dépargne française ? Quà cela ne tienne. Il revient quelques mois plus tard à la charge, avec un nouveau partenaire français, le CIC. Cette fois, le dossier passe. Et quand ses actionnaires étrangers veulent se retirer du capital, la BMCE Bank accorde des crédits à ses salariés pour racheter les actions de leur banque. Une mesure imposée en 2003, qui enrichira conséquemment ses collaborateurs quelques années plus tard.
Depuis, lempire Benjelloun a repris des couleurs. En 2005, RMA Watanya boucle sa première année de fusion sur des performances phénoménales. Méditel commence à gagner de largent. La banque, de son côté, fête une première : le milliard de dirhams de bénéfices. Laction BMCE Bank a renoué avec les sommets de la cote et le président le fait savoir à tous les Casablancais, en soffrant un écran géant où défilent les cours de Bourse, à la Time square. Les happy few, eux, auront droit à une soirée fastueuse à loccasion des 10 ans de privatisation de la BMCE, avec le spécialiste des galas, Frédéric Mitterrand soi-même, à lanimation. Tout baigne à nouveau pour Othman Benjelloun, qui repart à la chasse. Après sêtre ouvert de nouveaux marchés au Sénégal, en Tunisie et en Algérie, il se verrait bien roi dAfrique. Cest ainsi quil se paie 35% de Bank of Africa (3ème groupe bancaire de lUnion économique et monétaire ouest-africaine), souvrant pour loccasion les portes dune dizaine de pays du continent. En novembre 2007, Benjelloun soffre même le luxe de créer Medi Capital Bank (MCB), un établissement financier au cur de Londres ! Dans les salons, ceux qui le disaient à terre ravalent leur chique.
La gloire et les honneurs
Pour Sir Othman, le lancement de MCB est loccasion de safficher avec quelques têtes couronnées (anglaises) et de sentourer de stars de la finance mondiale. Il constitue un conseil dadministration où on retrouve notamment Peter Cook, inventeur du ratio du même nom, un dieu pour tous les banquiers de la planète. Et pour linauguration, il invite carrément le prince Andrew, fils de la reine Elisabeth II. Othman Benjelloun est définitivement relancé. Il a désormais pignon sur rue à la City et le fait savoir, en faisant circuler auprès des rédactions des photos de lui aux allures de Lord. Cest dailleurs lune des coquetteries du président : se montrer toujours sous son meilleur profil, en contrôlant très étroitement son image. Son staff a ainsi refusé le photographe de TelQuel, préférant fournir le magazine en images soigneusement triées.
Outre le wissam toujours accroché à sa boutonnière, Othman Benjelloun enfile comme des perles médailles et titres honorifiques. Il est ainsi commandeur de létoile polaire du royaume de Suède, de lordre national du lion du Sénégal, et cumule les fonctions dapparat dans le milieu de la finance maghrébine et arabe : président de lUnion des banques du Maghreb (UBM), membre fondateur de lUnion mondiale des banquiers arabes, on en passe et des meilleures. Devant ses pairs, réunis à Paris le mois dernier pour lui rendre hommage, il rêve tout haut dune monnaie arabe unique. Une vision digne dun chef dEtat, se pâment ses proches collaborateurs sans crainte den rajouter. Pas de danger, le président aime ça. Aux journalistes qui le questionnent sur les zones dombre de sa carrière, il préfère lire, lil pétillant, une lettre de félicitations dun de ses directeurs frappée du sceau de la courtisanerie. Trop élogieuse pour être honnête, mais si réjouissante pour le président, qui gâte les membres de son état-major en leur offrant des Jaguar pour voitures de fonction. Et le petit personnel nest pas en reste. Les actions de la BMCE Bank, quil leur a vendues à crédit en 2003, ont vu leur cours quadrupler. Résultat : une prime dun an de salaire (en moyenne) par collaborateur. Un pactole inespéré qui vaut à Othman Benjelloun dêtre vénéré par ses cadres. à la présentation des résultats 2007, ils étaient 300 à lapplaudir dans lauditorium de la banque, vêtus dun T-shirt flanqué de linscription Merci président. Un titre de noblesse, au royaume de Sir Othman. |
[Télécharger le schéma : Lempire Othman Benjelloun]
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Couacs. Les ratés du président
En marge dune carrière de financier de haut vol, Othman Benjelloun a vécu deux mésaventures rocambolesques, sur lesquelles la lumière nest toujours pas faite à ce jour. Récit.
LAffaire Mandari
La scène a tout lair dêtre extraite dun mauvais film policier. Elle a pourtant bien eu lieu, à Paris. Nous sommes en septembre 2003. Au bar de lhôtel Vendôme, Othman Benjelloun est attablé face à Hicham Mandari, ennemi public numéro 1 du royaume, qui a volé Hassan II et la fait chanter en se payant des placards dans le New York Times et en accordant des interviews plus quagressives à la presse espagnole et algérienne. Le banquier porte une mallette censée contenir 2,2 millions deuros. En fait, elle contient du papier journal. Mandari, qui aurait exigé cette somme en échange de documents compromettants, porte un gilet pare-balles et garde un revolver dans la boîte à gants de sa voiture. Au moment où les deux hommes sont censés faire léchange, une quinzaine déléments de la brigade financière de Paris surgissent, arme au poing, et interpellent Mandari en flagrant délit. Cétait un piège. Avant de rencontrer le maître-chanteur, Benjelloun avait déposé plainte pour chantage et averti la police du lieu du rendez-vous
Sur cette affaire rocambolesque, Othman Benjelloun a toujours refusé de dire le moindre mot. De quelle nature étaient ces documents compromettants ? Concernaient-ils vraiment Benjelloun, ou bien ce dernier agissait-il sur commande du Palais ? Cette dernière hypothèse fait sens, à une époque où Othman Benjelloun, mis à mal par sa guerre économique contre lONA, aurait donné cher pour revenir dans les bonnes grâces de Mohammed VI
Aujourdhui encore, quatre ans après que le maître-chanteur, sorti de prison, a été abattu dune balle dans la nuque dans un parking de Malaga, Othman Benjelloun se ferme comme une huître dès quon aborde cet épisode peu glorieux de sa carrière. Selon toute vraisemblance, il emportera le secret dans sa tombe.
Laffaire Dassault
Alors que Othman Benjelloun fête les 10 ans de privatisation de sa banque, le Canard enchaîné remet sur la place publique ses liens avec lindustrie de larmement. La rumeur du partenariat de Benjelloun avec lAméricain Westinghouse circulait depuis au moins 10 ans. En novembre 2005, lhebdomadaire dinvestigation attribue à Othman Benjelloun un rôle dintermédiaire dans un contrat darmement négocié par le Maroc avec le groupe français Dassault, pour lacquisition davions Rafale. Les dirigeants du groupe daviation ont été surpris par les exigences de certains intermédiaires, apparus dans la phase finale de négociation du contrat. Parmi eux, un homme daffaires et banquier, Othman Benjelloun. Il avait été au début des années 1980 lintermédiaire plutôt gourmand dans de gros contrats de Westinghouse et de Lockheed, rapporte le Canard enchaîné. Othman Benjelloun refuse, bien entendu, de commenter ces allégations. A peine admet-il connaître Serge Dassault, quil aurait rencontré une fois, dans un mariage
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Lépisode le Matin du Sahara.
En 2001, Benjelloun reprend le quotidien du Palais, surendetté et au bord de la faillite. Après 3 ans dinvestissements soutenus, il le cède au Saoudien Othman El Oumeir pour un montant secret à ce jour. Pourquoi cette vente précipitée ? A-t-il au moins récupéré sa mise ? Rendait-il un service au Palais ? 4 ans plus tard, le mysthère reste entier. |
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Héritage. Cherche successeur désespérément
Le Président a beau être une légende, il nest pas éternel. Pesant lui-même dans les 20 milliards de dirhams, il règne sur un vaste empire financier qui en pèse plus de 100. A près de 80 ans, pourtant, la question de sa succession se pose encore. Son fils, Kamal, 43 ans, est toujours resté à lécart des affaires de son père. Son truc à lui, cest lécologie. Après avoir passé quelques années en Amazonie, il simplique aujourdhui fortement aux côtés de Greenpeace. Ce nest quen 2005, après son retour au Maroc, quil a assumé ses premières fonctions au sein du holding Finance.com. Et encore, elles ont tout lair dêtre honorifiques. Lintégration de Kamal Benjelloun à lorganigramme du groupe était sans doute, pour son père, une manière de se rassurer après le départ de Saâd Bendidi, en décembre 2004, pour prendre la tête de lONA. Bendidi était le deuxième fils de Othman Benjelloun, racontait-on dans les milieux de la finance. Cest à lui que le président avait confié la fusion RMA/Al Watanya et la présidence du conseil de surveillance de Méditelecom. Impassible devant ce qui avait tout lair dune trahison, Othman Benjelloun sest drapé dans sa dignité en organisant une belle réception pour saluer les efforts de son ex-dauphin en faveur du groupe. Mieux, Benjelloun affirme aujourdhui
avoir demandé lui-même à Bendidi, quil qualifie dexcellent collaborateur, de rejoindre lennemi. Parce que lONA avait besoin de lui, ajoute-t-il sans ciller. Violemment débarqué de lONA en avril 2008, Bendidi a rendu, peu après, une visite de courtoisie à son ancien mentor. Peu de chances, cela dit, de voir revenir le fils prodigue au bercail. Il est venu me voir il y a un mois et il ma confié sa volonté de ne plus être salarié, et de ne plus travailler que pour son propre compte. Je lai bien entendu encouragé dans cette voie, nous explique Othman Benjelloun, un brin paternaliste. Le message est clair : Sir Othman ne lave pas son linge sale en public. En attendant, la succession reste ouverte
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Famille. Le plus amazigh des Fassis
Fassi pure souche, Othman Benjelloun est aussi un peu amazigh, par la grâce de son mariage avec Leïla Meziane, fille de feu le maréchal du même nom. Originaire de Beni Ansar, près de Nador, cette rifaine docteur en médecine, issue dune famille de notables, est aujourdhui à la tête de la Fondation BMCE Bank, qui construit des écoles dans le monde rural. Mille et une écoles, pas une de moins, promet le couple Benjelloun. Au programme des petites têtes brunes, un enseignement trilingue (arabe, français et surtout tamazight) avec des manuels spécifiques, des salles multimédia et une architecture qui se marie harmonieusement au paysage. A voir les plaquettes promotionnelles, on se croirait en Suisse. Leïla Meziane peut se le permettre : son époux injecte pas moins de 4% des bénéfices de la BMCE (soit 50 millions de dirhams en 2007) dans medersat.com, lappellation très high-tech choisie pour le programme déducation rurale des Benjelloun. Lidée plaît beaucoup du côté du ministère de lEducation nationale, et lIRCAM (Institut royal de la culture amazighe) a fourni un coup de main sur les manuels en graphie tifinagh.
Depuis quelques années, Monsieur et Madame Leïla Meziane sont les nouvelles coqueluches du petit monde des officiels berbères. En 2006, une bonne partie de ces derniers se sont ainsi pressés à linauguration du musée à la mémoire du maréchal Mohamed Meziane, dans la maison familiale héritée par sa fille. Lévènement a tout de même créé un malaise dans la société civile rifaine et la gauche espagnole. Cest que le beau-père de Othman Benjelloun est un personnage historique controversé. Pilier de larmée franquiste, son nom est souvent associé à des crimes de guerre commis pendant la guerre du Rif et la guerre civile espagnole des années 30. La polémique a même failli tourner à la crise diplomatique et gâcher la fête des Benjelloun. Dernière incursion du banquier fassi dans le monde amazigh : la chaîne de supérettes Hanouty, censée concurrencer les épiceries classiques du royaume. Donc le réseau daffaires soussi. La sympathie nempêche pas le business
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