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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

“L’idéologie est devenue un frein”

Fouad Abdelmoumni,
militant associatif
(AIC PRESS)

Antécédents

1958 : Naissance à Berkane.
1977 : Arrêté pour atteinte à la sûreté de l’Etat.
1983 : Est emprisonné à Derb Moulay Cherif.
1987 : licence en économie.
1990 : Naissance de sa fille Farah.
1997 : Création de Al Amana.
1988 - 2004 : Dirigeant et vice-président de l’AMDH.
2005 : Conseiller des Nations-Unies pour l’Année Mondiale du Microcrédit.

Smyet Bak ?
Ismaïl Ben Mohamed Abdelmoumni.

Smyet mok ?
Fatema Bent Lmokhtar El Idrissi.

Nimirou d’la carte ?
B 63 88 71

Le roi est à Oujda, depuis plusieurs jours. Il a inauguré plusieurs projets dans la région de l’Oriental. Ça fait plaisir ?
ça ferait grand plaisir, si c’était fait d’une manière qui ne débilite pas les institutions de l’Etat et la démocratie. Disons que je ne suis pas un grand partisan de l’Etat-mon-bon-plaisir.

ça commence fort…
Je suis contre le démantèlement des institutions publiques par l’Etat. Je pense que le Maroc n’a pas encore décidé d’être conséquent avec certains de ses choix des 10 à 15 dernières années.

Le Makhzen, que vous avez tant critiqué, dispose-t-il aujourd’hui d’une vision ?
On essaye de nous faire croire que le Maroc ne peut pas vivre sans un monopole absolu de toutes les ressources entre les mains du même personnage, le roi. On nous pousse à nous réfugier dans les bras d’un despote éclairé.

A choisir entre El Himma et les islamistes, vous pencheriez pour qui ?
Jusqu’ici, on a surtout la possibilité de choisir entre l’absolutisme monarchique et… l’absolutisme monarchique. Mais toute évolution pluraliste du champ politique marocain demeure, bien entendu, la bienvenue.

Que pensez-vous de vos anciens camarades de gauche qui occupent aujourd’hui des fonctions publiques ?
Ces revirements s’expliquent par les échecs historiques de la gauche. Et puis il faut bien reconnaître que la technostructure qui entoure le Palais est plus aguerrie que l’extrême gauche en termes de luttes immédiates. L’idéologie est devenue un frein pour des militants qui ont connu la désillusion et qui rêvaient de s’insérer dans des luttes concrètes : la scolarisation pour tous, l’action sociale, etc.

Parfois, sous couvert de bonnes intentions, on en vient à réclamer n’importe quoi. Etes-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle la politique est l’art du possible ?
J’ai sur mon bureau une citation de Jacques Chirac qui dit que la politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. L’un des héritages les plus graves du règne de Hassan II est justement cette réflexion binaire. A compter du moment où on est contre les excès de l’Etat, on devient souvent un opposant à toutes ses manifestations. A l’inverse, les revendications les plus justes sont totalement desservies par les extrémistes. Je suis scandalisé par les chômeurs porteurs de lettres royales de promesse d’embauche et qui réclament des privilèges. C’est une annulation pure et simple de l’Etat.

À Sidi Ifni, l’AMDH était plus crispée que l’OMDH qui a rendu un rapport plus équilibré. Où se situe la vérité pour vous ?
Le débat qui peut exister entre les deux associations reste positif. Il est excellent que l’OMDH ait relevé les abus commis par les manifestants. Il était tout autant vital que l’AMDH continue de faire pression pour que la vérité soit faite sur les violences perpétrées par les forces de l’ordre et les allégations de viols.

Vous pensez toujours que le coût du Sahara est “le non-développement du Maroc” ?
Il faut convaincre l’Etat de mettre fin au statu quo. Sinon, il faut l’y acculer. Nous risquons de payer le prix fort de ne pas avoir réglé cette question, alors qu’on en a encore les moyens.

Quelle serait la proposition de politique concrète que vous feriez à l’Etat, si on vous demandait votre avis ?
Question difficile. Je ballotte entre une solution du problème du Sahara en douze mois ou le passage à un régime démocratique en douze mois.

Vous pêchez probablement par excès de “sérieux”, mais vous vous en sortez finalement assez bien. Vous êtes un habitué des interrogatoires ?
Vous savez, quand on est interrogé, il y a d’abord la souffrance de l’interrogatoire. Puis la peur. Parce qu’on ne sait jamais ce qui pourrait advenir de vos déclarations.

 
 
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