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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Football. Lemerre qui cache la forêt

Roger Lemerre et Fethi Jamal :
Combien de temps le “couple”
pourra-t-il durer ?
(TNIOUNI)

Il aura fallu quatre mois à la Fédération royale marocaine de football pour mettre en place un nouveau staff pour nos équipes nationales. Présentation et enjeux.


Roger Lemerre est arrivé, enfin. Une vieille connaissance pour le public marocain, qu’il a privé d’un trophée continental et d’une qualification à la Coupe du Monde, lorsqu’il dirigeait la sélection tunisienne. L’homme n’est pas venu seul. Il a ramené dans ses bagages Jean Pierre Morlans, nommé par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) au poste
de directeur technique national. Les deux techniciens sont de purs produits de la Fédération française de football, une véritable usine à cadres depuis des années déjà. Ils ont été associés au succès des Bleus au Mondial 98, Roger Lemerre comme adjoint d’Aimé Jacquet, et Jean-Pierre Morlans comme directeur technique national adjoint, aux côtés de Gérard Houiller. Malgré leurs états de services irréprochables, leur mission s’annonce difficile. Tout d’abord parce que le terrain est miné par le vieux débat concernant la nationalité du sélectionneur. On le sait, les cadres de la FRMF, M'hammed Aouzal en tête, privilégient la piste étrangère. Henri Michel, Umberto Coelho, Philippe Troussier et Henri Kasperczak se sont succédé chez nous, avec des fortunes diverses. Les entraîneurs marocains sont intervenus régulièrement, mais seulement pour assurer des intérims, dont certains se sont révélés plus brillants que prévu. C’est le cas pour Baddou Zaki, qui a su décrocher une finale de la CAN en 2004, malgré un éternel statut de pis-aller. M’hammed Fakhir, lui, a été sèchement remercié… après avoir qualifié les Lions de l'Atlas à la CAN 2008. Plus récemment, il y a le cas de Fethi Jamal. Au sortir du désastre d’Accra, l’ancien Rajaoui, au titre de directeur technique national, prend en main la sélection. Les Vert et Rouge s’imposent aussitôt en Belgique en match amical (4-1), puis entament très correctement la campagne des qualifications au Mondial 2010, décrochant 9 points en 4 matches. C’est sans doute grâce à ce bilan positif que Jamal a décroché son poste d’adjoint de Roger Lemerre, à défaut d’avoir pu se maintenir comme DTN. Officiellement, Fethi Jamal est “entraîneur national”, alors que Roger Lemerre est “sélectionneur national”, une subtile nuance qui constitue sans doute une manière de calmer le patriotisme des gradins et de faire avaler la pilule à la presse, très à cheval sur la couleur des passeports.

Objectif : CAN et Mondial 2010
Le duo, qui affiche en public une belle complicité, devra très vite trouver un mode de travail efficace. Le peuple du football, qui encaisse les déceptions depuis déjà quatre ans, ne pardonnera rien à ce nouveau staff. Il s’agit, pour commencer, de se sortir du guêpier des éliminatoires conjointes de la Coupe du Monde et de la CAN 2010.

Le système d’éliminatoires mis en place cette année est plutôt complexe. Il reste deux matches à disputer lors de ce premier tour : un déplacement en Ethiopie, le 5 septembre, et l’accueil de la Mauritanie, le 10 octobre. On ne voit pas très bien ce qui pourrait empêcher le Maroc de se qualifier en compagnie du Rwanda. C’est ensuite que les choses sérieuses vont commencer. Le Maroc devrait être placé dans un groupe de quatre équipes. Le premier sera qualifié à la Coupe du Monde et à la CAN angolaise, le second se contentant de la seule CAN. Pour désigner les têtes de série lors de cette seconde phase, la CAF a mis en place une véritable usine à gaz, où seront pris en compte les résultats obtenus lors de la première phase, le classement FIFA, mais aussi la performance réalisée lors de la CAN 2008. Si les deux premiers critères sont favorables aux Lions de l'Atlas, le dernier les pénalise durement. Il est donc possible que le Maroc ne soit pas tête de série, avec comme conséquence directe de devoir se déplacer pour le dernier match éliminatoire, comme c’était le cas pour l’édition 2002 (contre le Sénégal) et l’édition 2006 (contre la Tunisie). Avec deux défaites et deux éliminations à l’arrivée.

La sélection, mais pas seulement…
Un scénario qui, s’il se reproduisait, sonnerait le glas de Roger Lemerre, dont l’objectif de qualification à la Coupe du Monde - et par conséquent à la CAN - est stipulé dans le contrat. La FRMF a été claire à ce sujet, comme elle a tenu à préciser le montant de ses émoluments mensuels : 37 500 euros. Son compère, Jean-Pierre Morlans, devra se contenter de 15 000 euros mensuels et d’un contrat de deux ans. Le DTN français de la Fédération marocaine (une première !) aura comme principale mission de superviser la formation des joueurs et des entraîneurs, avec en ligne de mire la réalisation des fameux centres de formation que tout le monde espère depuis des années. Présentés tous les deux en grande pompe à la presse ce mardi, les cadres français ont affiché leur optimisme, à défaut de présenter leur “vision et stratégie”, comme le stipulait ambitieusement le programme de la conférence.

Roger Lemerre saura-t-il rebondir au Maroc et rééditer ses performances tunisiennes ? Est-il ce technicien en fin de parcours que certains décrivent ou plutôt un fin stratège du football ? Son légendaire mode de communication, tout en ellipses, passera-t-il auprès de nos médias, grands faiseurs d’opinion ? L’avenir nous le dira. On se contentera de rappeler que le contexte marocain est particulièrement complexe et qu’il a déjà brisé de nombreux techniciens. Le défenseur Talal El Karkouri a récemment déclaré que “chez nous, ce n’est pas l’entraîneur qui fait l’équipe”, avec tous les sous-entendus que l’on peut imaginer du côté de la Fédération. On rappellera également les difficultés qu’ont eues les prédécesseurs de Lemerre à souder un groupe formé de joueurs à la culture et à la langue très différentes, obsédés par leurs destins personnels et perturbés par les interventions d’agents peu scrupuleux… On rappellera pour terminer que l’objectif de base-ancrer le football marocain dans la performance- ne passe par forcément par les exploits de son équipe nationale - à majorité constituée de joueurs formés en France, mais bien par le championnat national. Le mot formation, martelé lors de la conférence de presse, passera-t-il du statut de formule incantatoire à celui de réalité concrète ?



Pendant ce temps-là…
Le cas Alloudi


Il est clairement un motif d’espoir pour le public marocain, sans aucun doute le joueur le plus brillant de sa génération. Son transfert annoncé à l’Olympique de Marseille, aux côtés du défenseur international Amine Erbate, tarde à se concrétiser. La piste est-elle définitivement enterrée ? Son agent précise : “Il y a actuellement des négociations entre l’OM et Al Aïn (le club émirati avec lequel Alloudi est toujours sous contrat, ndlr). L’OM propose un prêt assorti d’une option d’achat, mais nous préférons un transfert pur et simple, qui permettra au joueur de se sentir plus en confiance. Donc, pour résumer, les contacts se poursuivent pour trouver un accord”. Une bonne nouvelle, donc, tant il semble évident que Soufiane, qui vient de fêter ses 25 ans, serait parfaitement à l’aise en Ligue 1, qui plus est dans un club qualifié pour la Champion’s League. Également sur les rangs, le club allemand du Werder Brême a fait une proposition qui n’a pas été retenue, le joueur - qui a la tête sur les épaules - préférant aller dans un pays plus proche culturellement.

 
 
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