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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Amal Baba Ali

Tendance. La chirurgie esthétique au masculin

(AFP)

Donner un coup d’éclat à sa silhouette ou masquer les traces du temps, c’est aussi une préoccupation masculine. Et les Marocains ne sont pas les derniers à succomber à la tentation de la chirurgie esthétique. Timidement, mais sûrement…


Ne dites surtout pas à Othmane Sekkat que la chirurgie esthétique est un luxe, une vaine coquetterie. Pour ce jeune Casablancais de 19 ans, l'opération chirurgicale qu'il a subie, il y a à peine un an, a tout simplement changé sa vie. “Je souffrais le martyre à cause de mon nez
déformé, je n’osais même pas me mettre de profil. Dans ma classe, on me surnommait le cochon”, se rappelle-t-il encore. Séquelle d'un accident domestique, survenu lorsqu'il avait 10 ans, cette déformation nasale est rapidement devenue une source de moqueries et d'humiliations. Et des souffrances psychologiques qui vont avec.

Une nouvelle vie
Le calvaire prit fin lorsque, pour ses 18 ans, ses parents se plient à sa demande et lui offrent une opération de rhinoplastie. Coût de l'intervention : 30 000 DH, payés rubis sur l'ongle. “C’est ma cousine qui m’en a donné l'idée. Elle venait de se faire refaire le nez et le résultat était remarquable”, raconte-t-il, avant de poursuivre : “Certes, j'aurais bien pu continuer à vivre sans cette opération. Mais du moment qu'une solution à mon problème existait, pourquoi devais-je m'en priver ?”. Dont acte. Un an plus tard, l'embarras permanent n'est plus qu'un lointain souvenir et Othmane ne tarit pas d'éloges sur ce chirurgien qui a fait de lui une “nouvelle personne”. Le cas du jeune Casablancais n'est pas isolé, loin de là. D'après le Dr Mohamed Berrada, chirurgien plasticien, de plus en plus d'hommes ont recours à la chirurgie esthétique ou réparatrice. “Ces dernières années, la demande masculine a cru de manière spectaculaire. À tel point qu'aujourd'hui, les hommes représentent près 25% de nos patients”, indique ce chirurgien, qui pratique depuis quatre ans dans une clinique casablancaise.

Visiblement, les préjugés qui entouraient la chirurgie esthétique sont en train de s'estomper chez la gent masculine. Mieux encore : à en croire différents praticiens, la majorité des hommes qui viennent consulter n'ont pas réellement “besoin” d'une intervention chirurgicale. “Bien au contraire. Beaucoup d'entre eux sont des hommes épanouis, bien portants et qui ne cherchent en réalité qu'à perfectionner leur physique”, assure le Dr Berrada.

En outre, et contrairement à une croyance répandue, la demande ne provient pas uniquement des catégories aisées de la population. “Pratiquement toutes les couches sociales recourent à la chirurgie esthétique masculine. C’est perçu comme une source de bien-être personnel, une véritable thérapie pour laquelle on est prêt à dépenser des sommes rondelettes”, poursuit-il. D'autant qu'au fil des années, les tarifs se sont relativement démocratisés, suivant, concurrence oblige, une nette tendance à la baisse. Ainsi, le coût d'une greffe de cheveux se situe aujourd'hui entre 15 000 et 30 000 DH. Il approchait du double il y a encore deux ans. Les implants capillaires pointent justement en tête des requêtes de ces messieurs. “Il n'y a rien d'étonnant à cela. C’est l’intervention la plus demandée, car elle a un effet particulièrement perceptible de rajeunissement chez un homme”, explique le Dr Berrada. En outre, elle n'occasionne aucune réelle gêne sociale, car elle est pratiquement considérée comme une opération plus réparatrice que strictement esthétique.

La calvitie, mais pas seulement
C’est d'ailleurs pour juguler les effets d'une calvitie galopante que Abdelilah B. s'est décidé, sur les conseils d'un ami, à pousser la porte d'un cabinet de chirurgie plastique. “Pourquoi accepter ma calvitie comme une fatalité, alors qu'il existe un moyen médical d'y remédier ?”, lance-t-il, comme pour répondre à l'incompréhension passée de son épouse. Au départ, celle-ci avait vu cette intervention d'un mauvais œil, avant de revenir à de meilleurs sentiments : “Cela lui a fait un bien fou. Ne serait-ce que pour ça, l'opération en valait la peine”. “C’est une bonne expérience et ça dope l’estime de soi, renchérit Abdelilah. Peut-être qu’après, j'irais faire effacer mes rides”.

Il ne sera pas le premier à sauter le pas. Loin de là. On ne compte plus les grands patrons marocains qui, soucieux de leur image, ont cédé aux sirènes du bistouri. Ni les “cadres dynamiques” qui se laissent régulièrement tenter par une séance de Botox, produit dont l'injection empêche temporairement la formation de rides. C'est que combattre les ravages du temps commence à faire son chemin dans l'esprit de nos concitoyens. Et tous les moyens sont bons : séances de peeling, injections de graisse dans les paupières, liftings… “C'est généralement une catégorie de personnes qui commencent à bien gagner leur vie et qui pensent à améliorer leur apparence physique, précise le Dr Berrada. Une grande majorité de patients arrivent avec une idée bien précise sur ce qu'ils veulent changer, alors que les autres se livrent aux mains du médecin”.

Autre chantier de travail dans l'anatomie masculine, les rondeurs récalcitrantes. Et quand le fitness s'avère inefficace (ou trop fatigant), la chirurgie plastique propose l'alternative magique : la liposuccion. “Je reçois de nombreux patients qui, faute de temps ou par simple paresse, sont à la recherche de résultats immédiats. Surtout au niveau de l'abdomen et des fameuses poignées d'amour”, explique ce chirurgien rbati.

Malgré cet engouement, les hommes restent peu enclins à parler de leur métamorphose. “Il y a des patients qui placent la discrétion comme premier critère pour le choix d'un praticien. Ils ont carrément la hantise d'être vus dans une clinique de chirurgie esthétique”, raconte le Dr Kamal Iraqi. Ce spécialiste casablancais précise d'ailleurs que les hommes marocains procèdent à des opérations où l’on remarque le moins la touche de la chirurgie, car “ils redoutent le regard d’autrui”. Un avis partagé par le Dr Berrada : “Contrairement aux patients français, qui optent souvent pour un lifting du visage où une chirurgie des pommettes, les Marocains préfèrent éviter ces opérations, jugées trop voyantes. Ils cherchent à se faire une jeunesse, tout en restant aussi discrets que possible”.

L'autre chirurgie plastique
Au-delà de la chirurgie plastique “classique”, l'engouement est également perceptible pour celle des organes génitaux. Nous avons nommé la pénoplastie, une intervention qui permet, selon les cas, “d'améliorer” la longueur ou l’épaisseur du pénis. Et vu l'importance symbolique de la virilité dans notre société, il n'est pas étonnant que cette branche de chirurgie fasse fureur auprès des hommes marocains. “Je reçois des dizaines de patients par mois pour ce genre d’interventions. Et la demande est de plus en plus forte, assure le Dr Maria Reghaï, chirurgien pratiquant à Casablanca. En comparaison avec l'année dernière, le nombre de consultations pour une pénoplastie a été pratiquement multiplié par cinq !”.

Là encore, les prix ont fondu comme neige au soleil. Pour près de 20 000 DH, le patient peut ainsi prolonger sa virilité de quelques centimètres, et son estime de soi de plusieurs échelons. Résultat : les patients proviennent de toutes les classes sociales, comme le confirme le Dr Reghaï. “J’étais un peu étonnée par la variété du statut social des patients qui venaient pour une pénoplastie, reconnaît-elle. Contrairement à une idée reçue, il ne s'agit pas d'hommes d'une catégorie socioprofessionnelle précise”. Le panel de ces candidats au “rallongement” est en effet très varié. On y trouve des jeunes célibataires comme des pères de famille à la cinquantaine bien sonnée. Mais tous ont un point commun : aucun ne débarque au cabinet du chirurgien flanqué de sa conjointe ou de sa compagne. “Cela ne m'étonne pas. Quand ils viennent pour une pénoplastie, ces patients ont presque honte de le dire”, confie Dr Reghaï. Un sentiment qui s’évapore au fil des séances et des consultations, surtout une fois les patients rassurés sur la nature de l'intervention. Car une opération de pénoplastie ne nécessite que rarement un acte chirurgical : le plus souvent, il s'agit de simples injections de graisse sans risque ni possibles séquelles. Et il suffit de 2 à 3 séances pour obtenir le résultat escompté. “À la sortie du bloc, les patients peinent à cacher leur joie, car l’organe est déjà enflé suite à l’injection”, lance ce praticien, sourire en coin. Avant de conclure : “Il y en a même qui réclament toujours plus. Mais on tente de freiner leurs ardeurs”.



Combien ça coûte ?

Greffe de cheveux. 15 000 à 30 000 DH
Réparation du nez. 15 000 à 30 000 DH
Allongement du pénis. À partir de 15 000 DH la séance.
Relèvement des paupières. 8000 à 10 000 DH.
Réparation des oreilles décollées. 10 000 DH.
Liposuccion. 10 000 à 15 000 DH.



Concurrence. Les spécialistes, et les autres…

La dictature du corps parfait fait ravage auprès des hommes… et la fortune des praticiens. Il y a encore à peine dix ans, les chirurgiens plastiques étaient une petite rareté au Maroc et se comptaient sur les doigts d'une seule main. Aujourd'hui, ils sont désormais plus d'une quarantaine, éparpillés dans les grandes agglomérations du pays. On s'en doute, Casablanca reste la capitale du bistouri, avec pas moins de dix cliniques de chirurgie plastique. Elle est talonnée par Marrakech, où la demande est abondante tant du côté des locaux que des étrangers. Parmi les chirurgiens marocains, une majorité a pratiqué sous d'autres cieux avant de rentrer au pays. Une belle brochette vient de l’Hexagone… et n'oublie pas de le mentionner sur la fameuse plaque en cuivre ou sur sa carte visite, histoire de rassurer le “chaland”. Car la recrudescence de la demande a aiguisé les appétits. Flairant le filon, des médecins issus d'autres spécialités se sont engouffrés dans la brèche et concurrencent désormais leurs confrères plasticiens. Et à en croire le Dr Kamal Iraqi, président de la Société marocaine de chirurgie plastique reconstructive et esthétique, il s’agit principalement de dermatologues. Ces derniers pratiquent la chirurgie esthétique ou plastique sans être placés sous la houlette de l’association professionnelle… qui ne peut s'y opposer. En effet, rien dans la loi n'interdit aux médecins, toutes spécialités confondues, de vous refaire une beauté…

 
 
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