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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Sarah Tadlaoui

Société. Noces en stock

Au festival Zawaj, 13 couples
ont convolé en justes
noces… collectives.
(TNIOUNI)

Une douzaine de couples du quartier populaire de Derb Soltane, à Casablanca, ont célébré collectivement leur mariage, lors de la première édition du Festival Zawaj. Récit.


On n’en finit plus de découvrir les vertus cachées du mariage. Exemple : pour revigorer un quartier populaire, foin des instruments traditionnels des politiques urbaines : rien de tel qu’un festival de mariages collectifs. Miser sur les fastes d’une nuit de show pour redorer le blason de Derb Soltane, c’est le pari qu’a fait l’Association des
œuvres sociales, culturelles et sportives de Derb Soltane, soutenue par la préfecture d’arrondissements El Fida-Mers Sultan, pour l’organisation de cette première édition du festival Zawaj. Premier du genre, l'événement visait à créer une nouvelle dynamique dans le quartier. “L’idée était de changer l’image de Derb Soltane, trop souvent associée au terrorisme ou à la drogue”, explique Mustapha Aaraba, président de l’Association, satisfait de l’intérêt médiatique suscité par le festival.

Treize à la douzaine
Jeudi 3 juillet, un cortège de douze couples installés dans des fiacres a sillonné les artères du quartier Derb Soltane, escorté par une foule compacte, pour s’acheminer vers la place Garage Allal, où un village nuptial avait été dressé pour l’occasion. Une cérémonie clôturée par une soirée musicale sur la place Al Amal, avec la participation, entre autres, de Aïcha Tachinouit et de la mythique troupe de Oulad Benaguida, le tout animé par l’infatigable Atik Benchiguer. Nadia, l'une des mariées du festival, parle de la soirée comme d’un rêve exaucé : “Avec mon mari, nous avions prévu une cérémonie plus modeste. Jamais on n'aurait imaginé une telle fête”.

La célébration de la nuit de noces était le troisième volet du festival, qui a débuté par la première étape, Al Fatiha, en mai dernier, suivie des fiançailles en juin. Pour encourager la participation de la population du quartier, un programme de manifestations culturelles a même été mis sur pied. Aux multiples compétitions artisanales sur les métiers du mariage (coiffure, maquillage, tatouage au henné, neggafate…) se sont ajoutées lectures et conférences, tel ce débat sobrement intitulé “L’évolution historique de la cérémonie du mariage au Maroc”.

Les organisateurs ont voulu conférer à l’évènement “une forte charge symbolique”, comme le confie Mustapha Aaraba. C'est ainsi que le point de départ du cortège était le lieu de la tentative d'attentat terroriste du 10 avril 2007, à Hay El Farah. Curieusement, les organisateurs ont aussi rattaché Zawaj à la célébration des 1200 ans de Fès, d’où la sélection initiale de douze couples… même si treize ont été conviés au final. Ces derniers ont été sélectionnés par un jury, composé d’élus des arrondissements et présidé par le délégué du ministère des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed El Fatihi, caution religieuse oblige. Tous sont des enfants du quartier, issus de familles modestes. Ils avaient décidé de se marier, ont conclu l’acte de mariage entre janvier et juin 2008 mais n’avaient pas pu célébrer leurs noces, faute de moyens. Saïd, l'un des mariés, enchaîne les petits boulots de commerçant depuis des années. Il se targue d’être devenu une star du quartier depuis que ses amis l’ont aperçu à la télé. Pourtant, sa vie n’a pas beaucoup changé et il attend toujours la chambre à coucher promise par le comité organisateur.

Des mariages, pour quoi faire ?
“Zawaj s’inscrit dans le cadre de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH)”, insiste Mustapha Aaraba. Développement humain ? Les organisateurs espèrent en effet que les 2,5 millions de dirhams consacrés à la manifestation (et versés par des sponsors et la préfecture d’arrondissements El Fida-Mers Sultan), entraîneront à terme des retombées pour l’ensemble de la population “par la redynamisation de l’activité commerciale et culturelle”. Mais pourquoi offrir réfrigérateurs et aspirateurs aux mariés, alors qu'une telle enveloppe aurait pu financer des projets générateurs de revenu à destination des jeunes du quartier, mariés ou pas ? Réponse : une cérémonie festive retransmise à la télé sert bien mieux le “travail sur l'image”. Et le choix du mariage comme instrument de réhabilitation confirme la place qu’il occupe dans la société marocaine : un acte civil et religieux, une institution sociale et, depuis Zawaj, une opération “d’intérêt général”.

 
 
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