Football. Lemerre qui cache la forêt
Touria Jabrane : "El Himma nous donne l'exemple"
Portrait. Qu'est-ce qui fait courir Yahya Yahya ?
Tendance. La chirurgie esthétique au masculin
Famille. Kafala non grata
Société. Noces en stock
Insolite. Le seigneur des oiseaux
Mode. La Fawda touch
Betancourt. Enfin libre !
Transport aérien. Ça plane pour le low-cost
Livre. Le talentueux Monsieur Saïd
Parcours. La voix de son être
Histoire. La double vie de Mazagan
N° 332
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri

Betancourt. Enfin libre !

Quelques jours après sa libération, Ingrid Betancourt a tenu à
regagner “sa douce France”.
(AFP)

Près de six ans et demi après son enlèvement par les Farc, Ingrid Betancourt a été libérée suite à une rocambolesque opération commando de l’armée colombienne.


La nouvelle était si inattendue que lors de la conférence de presse annonçant la libération d’Ingrid Betancourt, le 2 juillet à Bogota, l’assistance a laissé échapper un cri de surprise. Car depuis le 23 février 2002, jour de son enlèvement par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), le sort de l’ancienne sénatrice et candidate à la
présidence était pour le moins incertain. Et en novembre 2007, une vidéo de l’otage, où elle apparaissait pâle et décharnée, avait fait craindre le pire sur sa santé. Mais en ce début juillet, vêtue d’un treillis militaire et arborant un large sourire, c’est une Ingrid Betancourt rayonnante qui est descendue de l’avion la ramenant à Bogota, après six ans et quatre mois dans la jungle.

Opération “impeccable”
C’est une action digne d’un film hollywoodien qui a permis la libération de la Franco-colombienne. Le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santos, a expliqué que l'opération avait été le fruit de l'infiltration de la direction de la guérilla par un agent de renseignements. Le militaire en question a réussi à rassembler les 15 otages (Ingrid Betancourt, trois Américains et onze policiers et militaires colombiens), détenus jusque-là en trois groupes séparés, dans un lieu où ils ont été récupérés par un hélicoptère de l'armée. L'appareil était peint en blanc et les membres de l'équipage étaient déguisés en guérilleros afin de faire croire à un simple transfert des otages. L'armée a évoqué, grâce à ses agents infiltrés parmi les guérilleros, un faux ordre d'Alfonso Cano, le nouveau chef des Farc, et a obtenu que les otages soient regroupés par leurs gardiens dans un lieu du sud du pays, selon le ministre. “Puis un hélicoptère qui, en réalité, appartenait à l'armée nationale et avait à son bord des membres des services secrets, a emmené les otages dans le lieu de regroupement”, a-t-il précisé. Le chef des geôliers et un autre guérillero ont été immédiatement “neutralisés”, sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré durant l’opération, qualifiée “d’impeccable” par Ingrid Betancourt et de “spectaculaire” par le président français, Nicolas Sarkozy. L'armée colombienne avait aussi préparé un “Plan B” en cas d’échec, qui consistait à encercler le groupe des Farc sans les combattre et à faire venir des organisations humanitaires pour négocier la libération des otages. D’après des experts internationaux, l’opération héliportée est une preuve du haut niveau d'expertise des forces spéciales et des services de renseignements colombiens. “C'est une opération sans précédent, qui restera dans l'histoire pour son audace”, a estimé M. Santos.

Libération “surréaliste”
“Les conditions de notre libération ont été complètement surréalistes”, a pour sa part commenté Ingrid Betancourt. Le même terme a été pratiquement repris par nombre de médias colombiens ou étrangers, mais pour remettre en question la version officielle d'une opération militaire savamment organisée et couronnée de succès. La Télévision suisse romande a ainsi affirmé qu'une somme avoisinant les 20 millions de dollars avait été versée aux Farc pour permettre “une mise en scène de la libération par les forces spéciales colombiennes”. D'autres médias ont même mentionné l'intervention des services secrets américains et israéliens dans l'organisation de cette opération de libération. Toutes ces affirmations ont été bien évidemment catégoriquement démenties par les autorités colombiennes, qui persistent à parler d'une opération 100% colombienne, alors que Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères français, a assuré que “la France n'a pas payé de rançon pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt”.

Depuis, Ingrid Betancourt a enfin revu ses enfants, Mélanie et Lorenzo. Elle les avait quittés jeunes adolescents, âgés de 13 et 16 ans, pour les retrouver comme des adultes de 19 et 22 ans. Le chemin sera long et pénible pour qu’elle retrouve une vie normale, après six ans de tourmentes. Mais pour l’instant, la Franco-colombienne savoure sa liberté retrouvée. Dès le moment où elle est arrivée dans “sa douce France” (où elle restera quelque temps, de peur d’un attentat en Colombie), elle a enchaîné interview sur interview, de CNN à France 24, dans un véritable tourbillon médiatique. Après cette débauche d’énergie, elle a promis qu’elle se reposerait, notamment à Lourdes où elle compte se ressourcer par la prière. Car Ingrid Betancourt est devenue très pieuse, elle qui dit devoir sa libération à un miracle. Elle devrait même rencontrer prochainement le pape. Si la frénésie médiatique autour de sa libération a suscité les critiques de certains, lassés par son omniprésence sur les chaînes de télévision, l’affaire Betancourt narre en tout cas en filigrane l’histoire d’un pays meurtri par la violence. Un pays où les enlèvements sont devenus si courants que les grandes radios nationales ont réservé des plages spéciales pour que les familles des otages puissent leur envoyer des messages. C’est pourquoi, depuis la libération de Betancourt, la Colombie redoute que l'attention internationale ne se détourne du conflit armé qui s'y poursuit et que les centaines d'otages encore aux mains des Farc ne sombrent dans l'oubli. Mais même si les rebelles n’ont certainement pas dit leur dernier mot, et qu’ils préparent probablement leur revanche, tous les observateurs s'accordent sur un fait : les Farc sont affaiblis après une série de coups durs encaissés ces derniers mois. La mort de trois personnages éminents dans l'organisation, le chef historique Manuel Marulanda, le numéro 2 Raul Reyes et le membre du secrétariat général, Ivan Rios, exécuté par ses propres hommes, a laissé des traces. Le gouvernement colombien saisira sans doute l'occasion pour tenter d’acculer la guérilla à la déroute. Pour les plus optimistes, cela signifie que “la paix est possible”, comme titrait en Une le quotidien colombien El Nacional.



En dates. Six ans de détention

23 février 2002. Ingrid Betancourt, candidate écologiste à la présidence colombienne, dotée aussi de la nationalité française, est enlevée près de Florencia, à 600 km au sud de Bogota.
Juillet 2003. La France envoie un avion pour la récupérer en Amazonie brésilienne. En vain.
Novembre 2004. Les Farc refusent une proposition du président colombien, Alvaro Uribe, d'échanger des guérilleros prisonniers contre des otages, dont Ingrid Betancourt.
Septembre 2005. Bogota dénonce “l'ingérence de la France”, suite à des démarches secrètes d'un émissaire français auprès des Farc.
Février 2006. Les Farc excluent formellement de négocier avec Uribe, réélu en mai.
Novembre 2007. Capture de guérilleros en possession de vidéos avec des preuves de vie de plusieurs otages, dont Betancourt, apparemment en mauvais état de santé et affaiblie psychologiquement.
Janvier 2008. Libération de deux otages des Farc, dont la collaboratrice de Betancourt, Clara Rojas, grâce à une intermédiation du président vénézuélien Hugo Chavez. Cette intervention sera ensuite remise en cause par le président colombien Alvaro Uribe.
Mars 2008. Raul Reyes, numéro 2 des Farc et principal négociateur pour la libération des otages, est tué lors d'un raid colombien en Equateur. Quelques semaines plus tard, le gouvernement colombien propose de libérer des guérilleros sans condition, contre la libération immédiate de Betancourt.
2 juillet 2008. Le gouvernement colombien annonce la libération de Betancourt, des trois otages américains et de onze Colombiens.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés