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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Je suis un fan des chikhate”

Maati Kabbal, écrivain
(DR)

Antécédents

1951. Naissance à Khouribga.
1975. Licence de philosophie à l'Université de Rabat.
1977. Enseigne la philosophie à Marrakech.
1983. Thèse sur le soufisme à l’Université de Paris VII.
91-96. Collabore au Courrier international.
1998. Chargé d’action culturelle à l’Institut du monde arabe à Paris.
2008. Publie Houbbak ya Dawya (Editions Aïni Bennaï).

Smyet Bak ?
Lequel ?

Pardon ?
Je vais essayer de faire court. J’ai été adopté à l’âge de trois ans par ma tante. J’ai donc perdu contact avec ma famille biologique. J’ai même été déclaré mort à l’état-civil à l’âge de trois ans. Donc, sur mes papiers, il est mentionné que je suis né en 1954. Voilà pour l’histoire. Je vais donc vous donner le nom de mon père adoptif, auquel je suis très attaché : Mohamed Kabbal.

Smyet mok ?
Hadda bent El Maati.

Nimirou d’la carte ?
Connais pas, désolé.

Vous revenez de loin. Vous venez de subir une opération du foie. Ça renforce la foi ?
Assurément. Et l’amour aussi. Vous savez, le foie est le foyer de l’amour. Je pense que j’ai attrapé la maladie de l’amour.

C’est vrai qu’elle court, elle court. Et vous, vous courez après Dawya, l’héroïne du roman que vous venez de publier…
Oui, enfin, c’est un personnage fictif. C’est une âaroubiya très intelligente. Comme moi, j’espère. Elle a du caractère, de la poigne. En diverses occasions, j’ai subi les foudres de Dawya. J’en ai fait un personnage romancé.

Vous êtes philosophe de formation. Quelle est la portée didactique de Houbbak ya Dawya ?
Il n’y en a pas. Quand j’ai écrit cette série, c’était plus par autodérision. Peu d’écrivains se moquent d’eux-mêmes. Pour moi, c’est salvateur.

Vous êtes un écrivain provincial ?
Je ne sais pas. Ce que je remarque en revanche, c’est qu’il y a un retour vers le “provincialisme” dans la culture marocaine. Que ce soit dans la chanson ou dans la littérature. C’est un phénomène global. Même dans les villes, les Fassis se sont ruralisés.

Vous êtes natif de Khouribga. Pourquoi vous n’avez pas la marque de fabrique de la ville, des dents jaunies ?
Figurez-vous que j’ai longtemps eu les dents jaunes. C’est dû à la forte teneur en phosphate de l’eau à Khouribga.

Mais là, elles sont bien blanches. Vous utilisez du Tonigencyl ?
(Rires). En fait, quand je suis allé en France, j’ai eu recours aux services d’un dentiste. Car dans l’Hexagone, des dents mal soignées, ça ne pardonne pas. L’esthétique est importante.

Vous approchez la soixantaine, alors que vous faites bien dix ans de moins. C’est quoi votre secret, les liftings ?
Du tout. Je pense que l’humour conserve. Certains de mes amis que j’ai côtoyés à l’université ont l’air de vieux grabataires. Ils ont été happés par les soucis de la vie.

Il paraît que vous êtes un inconditionnel des chikhate...
Absolument, je suis un grand fan. J’ai été élevé dans cette ambiance. Ma mère jouait avec Aâbidate Rma. C’est un cas unique car, normalement, c’est un cercle réservé aux hommes. C’était une bonne vivante.

Et vous ?
Je n’ai jamais été très porté sur la bouteille, mais j’apprécie les grands crus.

Vous avez réalisé une thèse sur le soufisme. Hamza est votre gourou ?
Non, c’est un gourou pour les gens un peu perdus. En ce qui me concerne, je n’ai pas de maître, ni de chef spirituel. Ce qui n’exclut pas que j’aime la symbolique soufie, qui offre un langage alternatif à ce langage théologique qui nous envahit. Le soufisme, c’est le parler vrai.

Vous animez les jeudis de l’Institut du monde arabe à Paris. Il paraît qu’on vous a coupé les vivres dernièrement. Vous avez dilapidé les deniers de l’IMA ?
(Rires) L’IMA est en proie à des difficultés financières, le ministère des Finances français a décidé de rééquilibrer les comptes en réduisant les dépenses. Le problème, c’est que l’Institut est censé être financé par la France et quelque 22 pays arabes. Or, ces derniers ne jouent pas vraiment le jeu. Du coup, la France est le principal pourvoyeur de fonds, pratiquement le seul qui contribue de manière régulière.

 
 
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