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Par Youssef Aït Akdim
Gouvernement. Pas de loi sans roi
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Le Conseil des ministres du
8 juillet, à Oujda. Le premier
depuis près de 7 mois.
(TNIOUNI)
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Un Conseil des ministres qui se réunit (trop) rarement, un chef de lEtat absent des grand-messes internationales, un gouvernement impuissant et un Parlement à la traîne. Nos institutions sont-elles malades ?
Le dernier Conseil de gouvernement, qui sest tenu jeudi 17 juillet, était le 24ème de lannée. La veille, Abbas El Fassi, Premier ministre et néanmoins secrétaire général du Parti de lIstiqlal, rassemblait à Rabat les parlementaires de son parti, histoire de galvaniser les troupes. Un |
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Premier ministre dirigeant lactivité de son gouvernement et supervisant le travail de sa majorité. Jusque-là, rien de plus normal. Ce jeudi, le programme du Conseil de gouvernement de Si Abbas prévoyait une série dexposés sectoriels assurés par les ministres des Sports, du Commerce extérieur et des Affaires économiques et générales. Des oraux devant leurs collègues sur des sujets aussi divers que la participation marocaine aux prochains JO, la balance commerciale ou létat de la Caisse de compensation. En fait, ce sont plutôt des galops dessai, explique cet ancien ministre. Rien à voir avec les exposés que les ministres sont amenés à développer devant le roi.
En Conseil de gouvernement, les ministres discutent bien de projets de décrets et surtout des projets de loi à présenter devant l'une des deux Chambres du Parlement. Cest ensuite au tour des élus de discuter - en les amendant, le cas échéant - lesdits projets. Un enchaînement a priori simple. Sauf quen réalité, le gouvernement nest pas maître de lagenda législatif. Pour passer des mains du gouvernement à lorgane législatif, le texte de loi doit être approuvé en Conseil des ministres. Larticle 62 de la Constitution mentionne bien que le Premier ministre a linitiative des lois. Mais il faut lire la suite : Aucun projet de loi ne peut être déposé par ses soins sur le bureau de lune des deux Chambres avant quil nen ait été délibéré en Conseil des ministres. Le Conseil de gouvernement, même quand il se tient de manière (quasi) hebdomadaire, ne décide pas de grand-chose. Et cest la Constitution qui le dit, en filigrane.
Un gouvernement faible
D'après larticle 25 de la Constitution, le Roi préside le Conseil des ministres. Le Conseil de gouvernement, lui, est assimilable à une simple réunion du Premier ministre avec son équipe, sans valeur constitutionnelle, puisque le texte fondamental ne le mentionne même pas. Larticle 66 prévoit explicitement que le Conseil des ministres est saisi, préalablement à toute décision (
) des projets de loi avant leur dépôt sur le bureau de lune des deux Chambres, (et) des décrets réglementaires. Des textes suspendus à la tenue dun Conseil des ministres, cest devenu une habitude depuis quelques années. Avant celui du 8 juillet dernier, le dernier rendez-vous remontait à décembre 2007. Pendant près de 7 mois, aucun projet de loi ou de décret réglementaire na donc pu être présenté au Parlement. Résultat : lors du dernier Conseil des ministres, une soixantaine de projets de loi et de décrets ont été validés
en un peu plus dune heure !
Aujourdhui, des textes importants, pour la plupart hérités du gouvernement Jettou, entament à peine le circuit législatif. Cest le cas de la loi organisant les rapports contractuels entre bailleurs et locataires, qui doit être modifiée par la loi 13-08, ou du projet de loi 30-07 relatif au Code de lurbanisme, en attente depuis avril 2007. Sy ajoutent le projet de loi 09-08 sur la protection des données personnelles ou le nouveau Code du commerce maritime, attendu par les professionnels du secteur depuis une dizaine dannées, se désole ce parlementaire. Cette semaine, la commission de lIntérieur de la Chambre des représentants a entamé létude du nouveau projet de charte communale.
En bout de chaîne, le Parlement est un peu une chambre denregistrement, et pour ce ministre, lexplication est toute trouvée : Cest le rythme dabsorption des textes par le Parlement qui est trop lent. Quand ce nest pas le travail des parlementaires qui est remis en cause, on avance la mauvaise qualité des textes gouvernementaux. Du côté du Secrétariat général du gouvernement (SGG), qui fait office de Conseil juridique et de gardien des textes, on blâme la faiblesse des projets de loi : non-conformité avec les traités internationaux, simples copier-coller de lois étrangères, textes bavards, etc. Daprès ce juriste, cest le SGG qui doit revoir la copie des différents ministères, et parfois les réécrire entièrement. Faut-il y voir une explication de labsence prolongée du roi du Conseil des ministres ?
Redistribution des prérogatives ?
Lundi 14 juillet. Place de la Concorde à Paris. Nicolas Sarkozy est fier daccueillir sur la tribune officielle une quarantaine de chefs dEtat et de gouvernement pour le traditionnel défilé. Au premier rang, un absent de taille : le roi Mohammed VI, qui a été finalement représenté par son frère, le prince Moulay Rachid. Un communiqué du Palais royal a mis au fin aux rumeurs sur la présence du roi du Maroc : Sa Majesté est dans les provinces pour lancer divers projets. Pour le chercheur Mohammed Tozy, le message, en langage diplomatique, est clair. Le souverain a estimé que la France la mal payé en retour de limplication du royaume pour le projet dUnion pour la Méditerranée, cher au président français. Labsence de Mohammed VI à ce niveau de représentation pourrait porter préjudice au Maroc, estime Omar Bendourou, professeur de droit constitutionnel à luniversité de Rabat. Mohammed Tozy préfère voir le côté positif : La symbolique (du retrait à la dernière minute de Mohammed VI) est forte. Il sagissait de répondre à la versatilité du président français'. Mieux, en continuant à assurer une représentation diplomatique et dexperts de qualité, le Maroc montre que son investissement dans ce projet dépasse les personnes, même royales. Même son de cloche du côté de Khadija Mohsen-Finan, chercheuse à lInstitut français de relations internationales (IFRI, Paris) : Les décisions marocaines en matière de politique étrangère ne sont pas suspendues au souverain. Au-delà du mouvement dhumeur, Mohammed VI serait-il en train de poser son style ? Pour les spécialistes et connaisseurs du Makhzen, la réponse est affirmative. Une symbolique et un mode de gouvernance nouveaux, où, tout dabord, la présence physique du monarque est moins prégnante. Au point que ceux-là même qui réclament un plus grand partage des pouvoirs sinquiètent de ses absences, sétonne cette chercheuse. Au même moment, la dimension de proximité est réaffirmée quand le roi préfère inaugurer des projets sociaux dans lOriental, au lieu de senvoler pour un sommet de chefs dEtat. Quelle conclusion faut-il en tirer ? Le gouvernement doit tirer les marrons du feu. Le roi est prêt à un nouvel agencement (technique) des prérogatives de lExécutif, nous souffle cet universitaire. Vraiment ? |
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Maroc-France.
À bouderie royale, câlin présidentiel
La presse française na pas manqué de relever labsence de Mohammed VI au sommet de lUnion pour la Méditerranée, voulue par le président Nicolas Sarkozy. Chacun y est allé de sa petite explication. Le Canard enchaîné a consacré une de ses indiscrétions de deuxième page (La mare aux canards) au sujet. Expliquant que le roi avait mal apprécié les concessions faites par Sarkozy au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, lhebdomadaire satirique concluait que pour calmer son ami le roi, Sarko va devoir faire preuve dimagination
Une petite centrale nucléaire, peut-être ?. La réponse na pas tardé. Au moment où nous mettions sous presse, une rumeur insistante faisait état dune visite privée du président français à Marrakech. Doit-il rencontrer le roi ou lun de ses émissaires ? Impossible de le savoir, nous a confié cette source généralement bien informée. Aucun élément na filtré sur le programme de cette visite. En tout cas, Carlita Bruni devrait être du voyage. Offrira-t-elle un exemplaire de son dernier album au monarque, comme si de rien nétait ? |
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