ZB nest pas un homme nerveux, cest un homme qu'on énerve souvent.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem, par une succession de micro-événements qui ne regardent que lui, a fini par échouer en ce dimanche sur une plage près de Casablanca. Précisons que le concept de plage, pour notre homme, est aussi éloigné qu'on puisse l'imaginer de celui de détente. Pour Zakaria Boualem, se détendre, ça veut dire éviter le maximum de monde possible. Le problème, c'est qu'en s'éloignant des autres, il se rapproche de lui-même, ce qui n'est pas non plus une façon de se détendre. Mais il n'a pas le choix, il a la tête accrochée au reste du corps, il est obligé de se supporter tous les jours, c'est un peu son drame d'ailleurs. Mais les autres, il a le choix de les éviter
Ce n'est pas une posture d'ermite, juste une décision scientifique basée sur la constatation statistique que la majorité des problèmes qui l'énervent viennent des autres. Contrairement à ce qu'on pense, Zakaria Boualem n'est pas un homme nerveux, c'est un homme qu'on énerve souvent, ce qui est très différent.
Donc, sur cette plage surpeuplée, notre homme observe la foule compacte comme un disque du même nom. Et il s'énerve. Il a dû batailler pour trouver un coin de sable décent. Il a changé trois fois de place. La première parce qu'il s'est retrouvé en voisinage direct avec un |
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groupe de fans de Chab Nasro, qui avaient estimé nécessaire de partager leur pénible passion avec l'ensemble des estivants du Maghreb arabe. La seconde parce qu'il s'est senti agressé par une respectable famille qui avait décidé de préparer une petite friture de poissons pour le déjeuner. Oui, une friture de poissons. Sur une bota, bien entendu
La dernière fois qu'il s'est déplacé, c'est parce qu'il se trouvait sur un terrain de tennis. Deux bodybuildés luisants et en slip, qui balancent leurs raquettes dans tous les sens, qui plongent pour sauver les balles et qui finissent par se révéler plus dangereux que les amateurs de friture cités plus haut.
Il est intéressant de constater que ces deux hommes, qu'on imagine sans peine avoir préparé leur exhibition estivale depuis de longs mois, ne renoncent devant rien. Ils sont venus jouer aux raquettes, ils joueront donc aux raquettes. Ils ne voient pas la balle, ils se devinent à peine l'un l'autre, mais ils smashent quand même. Pour échapper à cette terrible situation, Zakaria Boualem décide d'aller se baigner. Il brave donc les vagues pour s'éloigner au maximum de la foule qui, là aussi, le poursuit de son envahissante présence. Parce que dans l'eau, il y a aussi les surfeurs. En général débutants, en général maladroits, en général dangereux
Zakaria Boualem finit par se retrouver à peu près seul, barbotant à distance respectable de la côte. D'ici, on ne voit même pas le sable, juste un magma de gens qui gesticulent. On pourrait penser qu'il s'organise sur cette plage un Festival d'Essaouira ou deux. C'est le moment que choisit le maître nageur pour siffler violemment notre bipède guercifi. L'employé de la Protection civile le somme de regagner la terre ferme. On a trop souvent critiqué la qualité de notre service public pour blâmer cet homme consciencieux, qui ne fait que son devoir. Au moment où les moqaddems font grève, où les hôpitaux font pitié, où les écoles publiques font fuir, où les tribunaux font peur et où les policiers font la manche, la Protection civile, elle, empêche les gens de se noyer. Stoïque. On me signale à l'instant qu'il y a un autre service public qui marche très bien chez nous : les mosquées. C'est parfaitement exact. Elles sont en général propres, bien conçues, elles respectent les horaires des prières. Tout le monde devrait aller faire la prière à la mosquée, ne serait-ce que pour profiter pleinement de ce service public marocain efficace. Mais nous nous éloignons du sujet. Zakaria Boualem, de retour sur la terre ferme, découvre que feue sa serviette a été utilisée par les estivants pour éteindre un feu qui prenait chez les amateurs de friture de poissons. Il ramasse donc ses affaires et ce qui lui reste de dignité pour regagner son logis, en se disant qu'il serait mieux dans sa salle de bain. |