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N° 334
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Double nationalité : oui mais…

Le cas du député marocain Yahya Yahya, arrêté à Melilia, et qui possède une double nationalité (“Quest-ce qui fait courir Yahya Yahya”, TelQuel n° 332), soulève un problème que les autorités marocaines semblent ignorer royalement. Il s’agit de la question de la double nationalité dont jouissent une partie de nos hauts responsables. Souvenez-vous du scandale révélé puis étouffé, il y a quelques années, de ces anciens ministres qui avaient postulé pour la nationalité canadienne. Souvenez-vous aussi de ce ministre qui s’est prêté, dans un élan de populisme béat, à la fouille dans l’aéroport de Casablanca mais qui a oublié de cacher son passeport français qu’il exhibait, peut-être inconsciemment. Personnellement, et je ne suis sûrement pas le seul, je me suis toujours posé la question suivante : a-t-on le droit de confier la gestion des secteurs clés et sensibles de la vie nationale à une personne qui s’est liée à un autre pays ? Doit-on confier le sort du peuple marocain à quelqu’un qui a prêté serment à la France, aux Etats-Unis, au Canada ou à l’Espagne ? C’est une question qui mérite réflexion, loin de tout chauvinisme primaire…
Qu’on se le dise : avoir une double nationalité est un droit que personne ne peut contester. Toutefois, il faut savoir qu’avoir une autre nationalité signifie que la personne qui l’a demandée a déclaré solennellement son adhésion à une autre nation, sa volonté d’appartenir à un autre pays, sa promesse d’assimiler et de défendre de nouvelles valeurs, en un mot son engagement à respecter tous ses “devoirs” envers le pays d’adoption. Ce n’est pas de la pure théorie. Imaginez un seul instant, même si l’éventualité est à peu près nulle, que le Maroc – Allah Yahfed – entre en guerre contre la France ou l’Espagne, de quel côté se positionneraient nos hauts responsables et nos ministres “doublés” ? Et puis, sur un tout autre plan, qui peut nous garantir que les dirigeants qui possèdent une autre nationalité ne seraient pas tentés, un jour, de favoriser leur “deuxième pays” lorsqu’ils prennent des décisions capitales pour leur pays “d’origine” ?
Loin de moi l’idée de mettre en cause le “nationalisme” et le “patriotisme” des uns et des autres, mais il y a des choses, simplement, qui “ne se font pas”. il faut savoir raison garder. Surtout quand on est un haut responsable, censé donner le bon exemple pour ses concitoyens. Voilà pourquoi il est important que les législateurs marocains se penchent sur ce véritable problème, à condition bien sûr qu’ils n’aient pas, eux aussi, une double nationalité. À bon entendeur.

Mokhtar Chaoui,
Tanger.

 
 
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