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Microcrédit. Lifting en vue
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N° 334
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Microcrédit. Lifting en vue

Séance de remboursement dans
une agence de la Fondation Zakoura
pour le microcrédit. Dans le
secteur, les incidents de paiement
sont des raretés.
(DR)

Après plus de dix ans d’existence au Maroc, le secteur du microcrédit entame sa mue. Trois options possibles : passer au statut d’établissement bancaire classique, de société de financement ou de coopérative. Décryptage.


Médina de Rabat. Nous sommes dans une antenne de la Fondation Zakoura pour le microcrédit, qui affiche 13 ans d’existence et plus de 7 millions de prêts accordés au compteur. Pas d’enseigne pour indiquer au passant la localisation de l’agence, perdue dans les dédales de la vieille
ville. Mais les riverains sont là pour servir de “rabatteurs” bénévoles à la banque des pauvres. Dans une vieille maison louée par la Fondation, un agent de crédit accueille une vingtaine de femmes. Au programme de la matinée : la séance de remboursement, comme chaque quinzaine. Dans un rituel bien rodé, les clientes, qui ont contracté un prêt solidaire il y a quelques mois, s’acquittent à tour de rôle de la traite due à la Fondation. Quelques dizaines de dirhams par “cliente”, que les chefs de groupe comptabilisent soigneusement, avant de remettre la somme à l’agent chargé du recouvrement. Aucun incident de paiement à déplorer aujourd’hui, comme c’est d'ailleurs souvent le cas chez les institutions de microfinance (IMF). Ces dernières flirtent en moyenne avec un taux de remboursement de 98%, de quoi faire pâlir d’envie les “risk managers” des banques de la place, dont les taux d’impayés dépassent allègrement la barre des 10%. “Ici, on ne prête qu’aux pauvres, lance l’agent de crédit. C’est ça le microcrédit”. En langage juridique, cela donne : “Le microcrédit est tout crédit dont l’objet est de permettre à des personnes économiquement faibles de créer ou de développer leur propre activité de production ou de service en vue d’assurer leur insertion économique”. En un mot comme en mille, le microcrédit est un produit destiné aux personnes justifiant de revenus faibles ou irréguliers. À la Fondation Zakoura, fondée par le publicitaire Nourredine Ayouch, on ne prête qu’aux porteurs de projets vivant avec un revenu de moins de 2500 dirhams pour un foyer de cinq membres. Des personnes dans l’incapacité d’emprunter auprès d’une banque classique et désireuses de démarrer (ou de développer) une activité génératrice de revenu ou d’améliorer leur condition de vie. Dans le lot, on compte des vendeurs de pain, des couturiers, des propriétaires de mahlaba, des éleveurs de bétail, avec une nette préférence pour la population féminine, qui compose 63% des bénéficiaires. Les IMF ont aussi investi le milieu rural, souvent boudé par les établissements bancaires. Précision de “taille” : le montant du prêt ne peut excéder les 50 000 dirhams. Bref, un business en marge du circuit de financement classique. Pour le moment du moins.

Des changements en vue
Courant juillet, lors du dernier Conseil national du crédit et de l’épargne, le ministre des Finances, Salaheddine Mezouar, a annoncé le lancement d’une étude sur le statut juridique des associations de microcrédit. “Le projet en question porte essentiellement sur l’opportunité de convertir les associations de microcrédit en établissements financiers”, nous indique cette source au ministère, département de tutelle des IMF. Celles-ci ont ainsi trois options : devenir des établissements bancaires “normaux”, se muer en sociétés de financement, ou encore passer au schéma des coopératives.

Du côté de la Fondation
Zakoura (400 000 porteurs de projets), la révolution culturelle ne semble pas être à l’ordre du jour : “Il y a peu de chances que nous nous transformions en banque classique ou en société de financement, affirme ce dirigeant. Ce n’est pas que notre assise financière ne nous le permette pas. Seulement, notre activité ne se limite pas à prêter de l’argent. Nous accompagnons nos bénéficiaires dans leur projet, c’est là notre mission sociale”. Autre préoccupation, la population cible étant (par définition) peu solvable, il semble peu opportun de lui imposer les mêmes critères d’octroi de crédit qu’une banque. “Plus personne ne se présenterait à nos agences dans ce cas-là, spécule notre source. Figurez-vous que dans les campagnes, certains de nos porteurs de projets n’ont même pas de carte d'identité”.

Bientôt l’épargne publique ?
Pour ce dirigeant d’Al Amana, (association de microcrédit qui compte un demi-million de prêts actifs à fin juin 2008), aucune piste n’est à exclure. “Dans quelques années, il est possible que nous invitions des investisseurs privés dans notre tour de table”, projette-t-il. Investisseurs qu’il faudra évidemment rémunérer. Question : comment concilier un niveau de profit satisfaisant pour les investisseurs et des taux d’intérêt qui ne soient pas prohibitifs pour les bénéficiaires ? Réponse de Fouad Abdelmoumni, fondateur d’Al Amana : “En matière de microcrédit, il est inconcevable de s’installer dans une simple situation de rente”. Pour Abdelmoumni, les IMF pourraient tout aussi bien se lancer dans la collecte de l’épargne publique, à moyen terme. Chez la Fondation Zakoura, en revanche, on y va piano. “Nous ne nous sentons pas encore assez mûrs pour gérer des dépôts”, modère l'un de ses dirigeants. Et pour cause : le secteur a connu une croissance à trois chiffres ces dix dernières années, phénomène qui s’accompagne fatalement d’une augmentation du risque opérationnel. L’encours du secteur est en effet passé de quelques centaines de milliers de dirhams, il y a dix ans, à près de 6 milliards de dirhams à fin 2007. “Il y a un risque de croissance non maîtrisée, poursuit notre source. Les recrutements se font à la pelle. Mais il faut que la formation suive. De même qu’il faut instaurer un dispositif de contrôle interne pour accompagner le changement”. Et de rappeler : “Il y a quelques mois à peine, il n’y avait même pas de système d’information, le suivi de la qualité du portefeuille se faisait sur une base déclarative”. De fait, si les options stratégiques diffèrent selon les IMF, elles s’accordent néanmoins sur plusieurs points : le passage au statut d’établissement financier permettra de lever des fonds directement sur le marché interbancaire, court-circuitant ainsi les banques et leurs marges d’intermédiation. Cela permettrait aussi aux IMF de revoir à la hausse la moyenne des prêts, notamment en milieu urbain et péri-urbain. “La faiblesse des montants prêtés aux bénéficiaires en milieu urbain ne leur permet pas toujours de développer des activités génératrices de revenu. Les crédits ne servent souvent que de fonds d'appoint”, insiste ce dirigeant d'une IMF.

Transferts de fonds, commercialisation de produits d’assurance et de produits monétiques sont autant de revendications des dirigeants des IMF. Reste une question : y a-t-il un gain pour les bénéficiaires de microcrédits ? Les rares études d’impact font état d’une amélioration du niveau de vie des bénéficiaires. Mais dans quelle mesure ?


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Business. Une rentabilité record

Il a beau être un instrument de financement “social”, le microcrédit est aussi un business qui rapporte. “La rentabilité est un élément central. C'est ce qui permet au système de fonctionner et d'être pérenne”, appuie ce dirigeant de la Fondation Zakoura pour le microcrédit. Celle-ci a affiché justement un rendement des fonds propres (rapport résultat net / capitaux) de 31% pour l’exercice 2007, preuve de la bonne santé du secteur. Idem chez Al Amana, autre acteur incontournable du secteur : moins de 1% des prêts actifs ont été radiés du portefeuille. “Cela révèle un appétit insuffisant pour le risque, nuance Fouad Abdelmoumni. Nous avons donc choisi d’augmenter la durée des prêts, ainsi que les montants. Et nous sommes prêts à assumer plus de pertes et d’incidents de paiements”. Mais qu’en est-il des bénéficiaires ? Selon des études d'impact menées par les IMF, une grande majorité (80%) des bénéficiaires ont constaté une augmentation de leur revenu après avoir contracté un microcrédit. La même proportion a noté une amélioration de ses conditions de vie. Plus subjectif cette fois, un bénéficiaire sur cinq estime s’être “émancipé et avoir plus confiance en lui”. Cependant, étant donné les faibles montants injectés (le montant moyen des prêts accordés est d’environ 4000 DH), même avec un fort retour sur investissement, les revenus générés en valeur absolue ne chamboulent que rarement la donne socio-économique de cette population.

 
 
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