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Par Ruth Grosrichard
Franco-marocaine, professeur agrégée
de langue et civilisation arabes
à Sciences Po Paris.
Débat. La Méditerranée, Bahr Al Maghrib ?
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Sommet de lUPM, le 13 juillet,
à Paris. Le prince Moulay Rachid remettant le message de
Mohammed VI au président
français, Nicolas Sarkozy.
(AIC PRESS)
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Bien quimparfaite et décriée par certains, lUnion pour la Méditerranée présente nombre dopportunités, économiques et politiques, que le Maroc gagnerait à saisir.
En accueillant le premier sommet de lUnion pour la Méditerranée (UPM), Paris a été, le temps dun week-end, la capitale diplomatique de la planète, avec plus de quarante chefs dEtat et de gouvernement de lUnion Européenne et de la région méditerranéenne.
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Tous les pays de la rive sud de la Méditerranée y ont pris part et, pour la majorité dentre eux, au plus haut niveau de lEtat. Cependant, comme la presse internationale et les diplomates nont pas manqué de le remarquer, il y eut des absences à cet événement denvergure mondiale : celle du colonel Kadhafi, qui avait déclaré sans détour son opposition au projet de lUPM et son refus dy participer, ainsi que celle du roi Abdallah de Jordanie, excusé de longue date.
Plus inattendue fut labsence du roi Mohammed VI, retenu au Maroc par des préoccupations nationales avec linauguration de divers chantiers : extension du port de plaisance de Saïdia, projet de lutte contre lhabitat insalubre et alimentation en eau potable dans cette même ville, construction dune route dans la province de Nador
Le souverain sétait fait représenter par le prince Moulay Rachid. Celui-ci était porteur d'un message royal au président Nicolas Sarkozy, dans lequel se trouvait réaffirmé avec emphase le soutien du Maroc à linitiative française, qualifiée de louable, fondatrice d'un ordre régional rénové et génératrice d'une dynamique partenariale vertueuse dans cette région, berceau des religions monothéistes et creuset des civilisations ancestrales.
Des insuffisances et des interrogations, mais
Sans doute lUPM, encore à ses débuts, présente-t-elle des insuffisances à la fois dans les projets quelle entend promouvoir et dans leur financement. Sans doute fait-elle limpasse à ce stade sur certaines questions de fond telles que celle des mouvements migratoires. Sans doute ne répond-elle pas tout à fait aux aspirations des uns et des autres en matière de gouvernance. Sans doute va-t-elle générer des méditerranéens-sceptiques comme il existe des euro-sceptiques. Sans doute des faux-pas diplomatiques ont-ils été commis dans le lancement de cette initiative. Esprits chagrins et susceptibles, mauvais joueurs et Cassandres de tout bord ne se priveront pas de trouver là matière à redire. Il nen demeure pas moins que lUPM reste une grande idée, à lhorizon de quelques décennies peut-être, mais tout de même une grande idée politique au sens noble du terme. Et force est de constater que le sommet de Paris fut un rendez-vous historique, les anglo-saxons diraient the place to be. À propos de la construction européenne, Churchill déclarait en 1946 : Si, au début, tous les États européens ne veulent ou ne peuvent pas adhérer à l'Union Européenne, nous devrons néanmoins réunir les pays qui le désirent et le peuvent. Cette leçon de pragmatisme peut être retenue pour lUPM.
Le Maroc a donc bien raison de soutenir lUPM. Tout dabord parce quil sagit dun projet riche de perspectives, ensuite parce quil sinscrit dans une logique dintégration régionale permettant lémergence de grandes zones dinfluence géographiques, économiques et culturelles, à linstar de lUnion Européenne, ou de lensemble nord-américain regroupant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique (ALENA) ou du groupe sud-américain autour du Mercosur, ou encore des ensembles asiatiques avec ces trois géants que sont la Chine, lInde et le Japon (ASEAN).
Renouer avec un rôle historique
LUPM est aussi loccasion pour le Maroc de retrouver une voix forte en Méditerranée et par là même de la faire entendre au niveau mondial. Ajoutons quil renouerait ainsi avec une tradition historique qui lui donnait un rôle majeur dans lespace méditerranéen. Ce fut le cas entre le Xème et le XVème siècle, avec un pic au XIIème et XIIIème notamment : le port de Sebta en tête, mais aussi Melilia, Badis, Nokour, Ghassassa (Alcudia) entretenaient dintenses relations commerciales avec Al-Andalus, la Castille et lAragon ; avec les villes italiennes de Gênes, Florence, Pise et Venise ; avec les cités provençales de Marseille et Montpellier. Ces rades étaient par ailleurs le débouché vers la mer du commerce transsaharien qui transitait via les cités caravanières dAghmat et de Sijilmassa. Ce qui faisait du Maroc un des principaux points de jonction entre une partie de lAfrique (Bilâd es-Sûdân) et le monde occidental.
Il peut aujourdhui réinvestir la place quil occupait jadis et être, à nouveau, le gateway entre différentes parties du monde, dont le continent africain. Pour cela, il dispose de nombreux atouts. On ne citera que sa géographie et les chantiers denvergure quil a entrepris : la construction du port de Tanger Med et ses extensions lui assurent pour lavenir une position stratégique sur la voie de passage entre l'Asie, l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud.
Les géographes arabes anciens ont donné plusieurs noms à la Méditerranée dont celui de Bahr al Maghrib,- al Maghrib désignant ici lOuest évidemment. Mais pourquoi le Maroc ne se saisirait-il pas de cette sollicitation de la langue pour faire de lUPM un de ses projets par excellence ? Et puisque nous avons toujours à apprendre de nos classiques, penchons-nous sur le planisphère dressé par Al-Idrisi, géographe marocain du XIIème siècle : on constatera que le Nord est situé dans le bas de la carte. Ny avait-il pas déjà dans cette représentation du monde de quoi renverser l'idée reçue que le Nord est destiné par nature à prendre le dessus sur le Sud ? |
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