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Soudan. El Béchir sur le banc des accusés
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N° 334
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri

Soudan. El Béchir sur le banc des accusés

Le président soudanais Omar
El Béchir, sous le coup d’une
inculpation pour “génocide”
au Darfour.
(AFP)

Le procureur de la Cour pénale internationale accuse le président soudanais de génocide au Darfour. Khartoum menace de réagir, mais tente en même temps de calmer le jeu.


L’information est d’abord parue dans la presse, pour être rapidement confirmée par le Département d’Etat américain : le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), sise à La Haye, allait demander aux juges de la Cour un mandat d’arrêt international contre le chef de l’Etat soudanais, Omar El Béchir. Aussitôt, c’est le branle-bas de combat au
Soudan. Avant même de savoir si les informations de presse sont avérées, le gouvernement de Khartoum se réunit d’urgence, demande à la Ligue arabe une réunion extraordinaire sur le sujet et multiplie les déclarations menaçantes. Et lorsque le procureur de la CPI, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo, annonce le 14 juillet qu’il accuse effectivement Omar El Béchir de “génocide”, de “crimes de guerre” et de “crimes contre l’humanité” au Darfour, Khartoum est aux abois, et les critiques pleuvent sur l’Argentin. “Accusations éminemment politiques”, crient les uns, “entrave au processus de paix”, insistent les autres.

La riposte soudanaise
L'enquête du procureur argentin sur les événements au Darfour a débuté en 2005. Et depuis 2007, il réclame en vain l'arrestation de deux Soudanais - un ministre et un chef de milice - pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Cette fois-ci, c'est le président soudanais lui-même qui est accusé par Moreno-Ocampo de vouloir “mettre un point final à l'histoire des peuples” indigènes vivant au Darfour, à savoir les Four, les Masalit et les Zaghawa. Depuis plus de cinq ans, cette province de l’ouest du Soudan est ravagée par la guerre civile. “Dans les camps, les forces de M. El Béchir tuent les hommes et violent les femmes”, a assuré le procureur. Le président soudanais a, d’après lui, “utilisé l'armée et enrôlé des milices” pour commettre ce génocide. “Ce qui se passe au Darfour est la conséquence de la volonté d'El Béchir. Le crime de génocide est un crime d'intention (...). Et nous allons le prouver”, a-t-il poursuivi. Il s'agit de la première demande d'arrestation d'un chef d'Etat en exercice devant la CPI, le seul tribunal permanent compétent pour juger les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide. Une décision des juges, basée sur la solidité des preuves apportées par le procureur, prendra vraisemblablement plusieurs mois, mais le gouvernement soudanais a d'ores et déjà rejeté ces accusations et organisé sa riposte. Si de hauts responsables du gouvernement ont tout de suite pris un ton menaçant pour réagir à la nouvelle, Omar El Béchir, lui, a tenu à faire passer un message clair à son peuple comme à la communauté internationale, quelques heures après l’annonce du procureur de la CPI. Pour sa première sortie publique, il est apparu dansant, un grand sourire aux lèvres et la canne levée vers le ciel. Quelques jours plus tard, il a effectué une visite au Darfour, région où il ne s’était pas déplacé depuis 2007. Entouré d’une cohorte de policiers et de soldats, il a martelé devant des milliers de personnes que les accusations portées contre lui étaient des mensonges.

Des tribunaux spéciaux, mais locaux
Au même moment, un responsable de la Ligue arabe au Caire annonçait que le Soudan avait accepté, comme l’y exhortait un plan d’action concocté par l’organisation panarabe quelques jours plus tôt, de créer des tribunaux spéciaux pour juger les auteurs présumés de violations de droits de l’homme au Darfour. Une concession importante, et attendue, de Khartoum, qui est aussi la seule manière d’éviter des poursuites internationales contre le président. Car selon ses statuts, la CPI ne peut intervenir que si la justice d’un pays ne peut ou ne veut pas traiter de manière adéquate des crimes tombant sous la juridiction du tribunal international. Selon le haut responsable de la Ligue arabe, Omar El Béchir lui-même ne serait pas nécessairement exclu de la compétence de ces tribunaux spéciaux, en dépit de son statut de chef d'Etat. Il est difficile d’imaginer que le président soudanais mette sur pied une justice d’exception devant laquelle il pourrait lui-même comparaître. Mais acculé par la justice internationale, le régime pourrait être contraint d’accélérer ses efforts pour la paix au Darfour, non seulement pour garder les pays occidentaux de son côté, mais aussi pour conserver l’appui de ses ex-ennemis sudistes, qui ont rejoint le gouvernement après 21 ans de guerre civile. Bien que considérée comme “symbolique” par de nombreux groupes de défense des droits de l’homme, pour Amnesty international, l’accusation portée par le procureur est “un pas important pour obtenir que des comptes soient rendus pour les violations des droits de l'homme au Soudan”. Un avis qui est loin d’être largement partagé. Les Africains, en particulier, semblent inquiets de cette justice qui commence à rattraper les dirigeants autrefois “intouchables”. L’Union Africaine (UA) estime ainsi que l’annonce du procureur ne fera qu’entraver les efforts de paix. Même son de cloche à la Ligue arabe, qui a qualifié la décision de “déséquilibrée”. L’Egypte a ainsi dénoncé “l’irresponsabilité” du procureur, tandis que la Syrie l’a définie comme “compromettant la paix dans le pays”. Les réserves sont aussi venues des Etats-Unis, comme de la Chine, investisseur majeur au Soudan, qui a fait part de son “inquiétude”. S’il est trop tôt pour prédire les conséquences des accusations du procureur Moreno-Ocampo, elles constituent indubitablement une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Omar El Béchir, et pourraient profondément influencer son avenir politique.



Justice internationale. Karadzic, enfin arrêté

Alors que la Cour pénale internationale de La Haye annonçait les poursuites à l'encontre de Omar El Béchir, c'est un autre accusé de génocide qui a été mis aux arrêts. Il s'agit de Radovan Karadzic, le dirigeant serbe recherché depuis plus de 13 ans, et qui a été appréhendé par les services secrets serbes à Belgrade, le vendredi 18 juillet. Sous le coup de onze chefs d'accusation, notamment pour génocide et crimes contre l'humanité, Karadzic est considéré comme le cerveau des pires massacres commis en Bosnie, notamment celui de quelque 8000 musulmans en 1995 à Srebrenica. Aujourd'hui âgé de 63 ans, Radovan Karadzic s'était créé une nouvelle vie, sous l'identité de Dragan Dabic, spécialiste en “énergie quantique humaine” et dirigeant d'une entreprise de médecine alternative. Il s'était même inventé une famille aux Etats-Unis… ainsi qu'un look de gourou new age, avec barbe fournie et lunettes, qui le rendait méconnaissable. D'après un responsable judiciaire serbe, Radovan Karadzic pourrait être livré dans quelques jours au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye (Pays-Bas), bien qu'il ait fait appel de son extradition.

 
 
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