ZB abandonne son caddie et quitte la scène du crime comme un héros de cinéma hongkongais.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Localisé présentement à Hay Hassani, notre homme, Zakaria Boualem, promène son caddie dans les allées du Marjane du même nom. Pour être plus clair, il fait ses courses. Lil morne, il empile les produits alimentaires, en mettant dans cette tâche le plus de conviction possible - et il nen a pas des tonnes. De temps en temps, il sarrête pour écouter une hôtesse lui vanter les mérites d'une lessive ou d'une nouvelle marque de thé, et il répond en lui demandant son numéro de téléphone. Rien de bien brillant, donc. Il finit par échouer à la caisse, pressé den finir. On lui demande de payer 402 dirhams. Il sort son chéquier, et laventure commence
La caissière commence par lui demander, lair suspicieux, sil a déjà payé par chèque dans cet établissement. Surpris par la question, Zakaria Boualem répond quil nen sait rien. Ce faisant, il devient louche. Quelquun qui ne sait pas, chez nous, est louche, cest comme ça. Essayez pour voir de demander votre chemin à un passant, il préférera toujours vous envoyer exactement là ou vous ne voulez pas aller plutôt que davouer quil ne connaît pas le chemin. Pour avoir lair den savoir plus, il est même prêt à étirer la durée des explications jusquà labsurde, du style : Tu vois la mosquée, là, tu la dépasses
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premier feu rouge ? Tu continues
la première à droite non, la deuxième à droite non, la troisième non
Ensuite, il vaut mieux demander.
Donc, Zakaria Boualem ne sait pas sil a déjà payé par chèque au Marjane de Hay Hassani. La caissière, quon appellera désormais Aouatef, pour rappeler quelle nest pas seulement une fonction, est très déstabilisée par cette réponse. Elle lui réclame une pièce didentité. Zakaria Boualem sort son permis de conduire et Aouatef se retrouve de nouveau plongée dans un océan de doute.
- Vous navez pas de carte nationale ?
- Et vous ?
- Euh
si, mais ce nest pas la question. On naccepte pas les permis de construire, il nous faut la carte nationale.
- Ce nest pas un permis de construire, cest un permis de conduire. Il y a dessus le numéro de la carte nationale que vous aimez tant, il y a ma photo, mon adresse, plein de tampons
ça devrait suffire, non ?
Zakaria Boualem commence à sénerver. Aouatef appelle sa supérieure à la rescousse, et perd aussitôt le premier rôle de cette chronique. Cest dommage, on venait de lui trouver un joli prénom. La supérieure, qui restera sans prénom, décroche le téléphone et multiplie les coups de fil. Un observateur pourrait penser que Zakaria Boualem tente dacheter une maison, ou alors carrément dentrer dans le capital de Marjane. Entre deux appels - probablement à la CIA - elle lance des regards noirs à notre héros, coupable de vouloir payer par chèque 402 dirhams avec un simple permis de conduire. Elle se décide enfin à lui adresser la parole : Quelle est votre profession, sil vous plaît ?
Tous ceux qui connaissent Zakaria Boualem connaissent déjà sa réponse. Elle est automatique :
- Je nai pas de profession, et alors ?
- Et comment vous avez eu votre chéquier ?
- Et vous, comment vous avez eu votre boulot ?
Cest un cas classique, lhomme se braque, il refuse de répondre aux questions indiscrètes, il est comme ça. Cest une attitude dautant plus absurde quil pourrait répondre avocat ou même gardien de but du Raja, section poussins, personne ne trouverait à y redire. Mais non, il refuse de répondre, tout simplement.
- On peut avoir votre numéro de téléphone ?
- Oui, si vous me donnez le vôtre
Zakaria Boualem, qui travaille dans une banque, sait quon demande le numéro de téléphone pour éviter de poursuivre automatiquement le client en cas de chèque impayé. En fait, il a tout intérêt à donner ce numéro. Mais cest plus fort que lui. Le ton de la supérieure - sans doute hérité dune vocation contrariée pour la DST version 1982 -, lindiscrétion des questions, larrogance de linstitution, tout contribue à le braquer. Évidemment, vous lavez déjà compris, Zakaria Boualem plante tout ce beau monde sur place, abandonne son caddie et quitte la scène du crime comme un héros de cinéma hongkongais. |