Audiovisuel. À vos marques, prêts, partez !
Témoignages. Abraham Serfaty, par ses compagnons
Politique. Les derniers exilés
Tindouf. Le débat est ouvert
Sport. Nos chances à Pékin
Barack Obama. Israël, les Arabes et lui
Au Maroc aussi... La folie Obama
A Moroccan dream
Developpement. Les 12 travaux du royaume
Saïd Taghmaoui : "J'ai toujours revendiqué mes origines"
Cinéma. Silence, on coupe !
Livre. Allah m'est témoin...
Hommage. Adieu Leftah
N° 335-336
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Yasmina Lakmad

Livre. Allah m’est témoin...

Saphia Azzedine
(DR)

Confidences à Allah, premier roman de Saphia Azzeddine, raconte l'histoire d'une prostituée profondément croyante, en perpétuel “monologue avec Dieu”. Un roman choc, qui n'a pas fini de faire polémique.


À moins d'être abonné à Voici ou Gala, vous n'avez probablement jamais entendu parler de Saphia Azzeddine. Il y a quelques années, cette jeune marocaine de 24 ans, alors journaliste à Genève, était présentée comme la future madame Jamel Debbouze. Depuis, ce
dernier a convolé en justes noces avec Mélissa Theuriau. Quant à Saphia, elle a changé de métier et de pays, pour devenir scénariste et s'installer à Paris. Surtout, elle a commis un premier roman choc, intitulé Confidences à Allah. Gros succès en librairie, le roman a déjà été adapté au théâtre et la pièce, présentée au dernier Festival d’Avignon, sera bientôt en tournée dans toute la France.

Confidences à Allah, c'est l'histoire de Jbara, jeune bergère des montagnes du Maghreb, qui bascule dans l'enfer de la prostitution. Au départ, elle se vend, non pas pour l’argent, mais uniquement pour un pot de Raïbi Jamila. Chassée par son père, Jbara quitte la misère de son village pour celle de la grande ville, traînant derrière elle sa valise rose estampillée “J’adore Dior”. Un cadeau tombé, par miracle, du bus qui passe deux fois par semaine par le village, rempli de strings et de gloss “dial l’mirikan”. “J'ai écris le squelette du livre en 3 jours et 3 nuits, en m'inspirant de ce que j'ai vu au Maroc, en France, en boîte de nuit, dans des familles et dans la rue”, confie Saphia Azzeddine. À l'origine, le texte devait prendre la forme d’un scénario. Mais face à la difficulté de mettre en scène un monologue, il est devenu un roman. Sans poésie, avec un ton vif et des mots crus (“Aussi crus que l'est la réalité. Je n'allais pas arrondir les mots ni la vie d'une fille comme Jbara”), l'auteur livre un témoignage sur l’oppression des femmes dans une société où cohabitent tradition et hypocrisie. “Ce n’est pas un roman sur la prostitution, mais avant tout une histoire sur la misère humaine”, tient à préciser l'auteur.

Dieu et les autres
Jbara, devenue tour à tour “bonne” dans une famille riche, prostituée de luxe pour des émirs gavés de pétrodollars ou détenue anonyme dans une prison pour femmes, étale, à travers ses “monologues”, sa vision de la religion et de la foi. Comme le suggère le titre, ce rapport qu’entretient Jbara avec Dieu est au centre du roman. La prostituée qui ne sait ni lire ni écrire, qui ne connaît que les versets coraniques nécessaires à la prière, semble plus proche d'Allah que quiconque. D'ailleurs, elle lui parle souvent, de tout, de sa vie, de sa “réalité qui pue”. Qu'importe si son corps est souillé, puisque son âme, elle, est restée pure. Et puis Jbara ne craint pas Dieu, elle l’aime, d’un amour viscéral, car “aimer par crainte, ça ne vaut rien. Les hommes T’aiment parce qu’ils Te craignent, ils se tiennent à carreau par peur de l’enfer”. “Louis Calaferte disait que 'Dieu n’est peut-être que l’extrémité de soi-même'. Peut-être que Jbara n’a fait que se parler durant tout le livre”, ajoute Saphia Azzeddine.

A quand le film ?
Mais, au-delà de cette interrogation mystico-existentielle, cette dernière dresse un portrait sans concession des sociétés maghrébines et de ses maux. Et tout y passe : la misère et la souffrance des femmes en milieu rural (“Ma mère, je l’aime parce qu’elle me fait pitié. Elle met des oignons dans tous les plats pour pouvoir pleurer en paix”), les inégalités sociales criantes (“Maintenant, je sais qu’il y a mieux que le Raïbi Jamila dans la vie, être riche tout simplement”), l’hypocrisie des autorités face à la prostitution (“7 heures du matin, l’avion des cheikhs décolle. Sans nous. Nous, les putes, on va en prison”) ou encore la schizophrénie des familles “bien comme il faut” (“Sidi ne peut pas baiser sa petite copine, il ne peut que l’enc…, elle doit rester vierge pour le plus beau jour de sa vie. Alors il me baise moi…”).

Une suite au roman germe déjà dans l’esprit de l’auteur. “Dans Confidences à Allah, Jbara est analphabète, mais dans la suite, elle ne le sera plus, confie Saphia Azzeddine. Ce qui permet d'entrevoir de nouveaux horizons pour la petite bergère”. Au moins autant qu'à l'écrivain qui l'a créée.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés