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N° 335-336
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

La tecktonic, une mode qui vient rappeler à Zakaria Boualem qu’il est vieux.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Pour Zakaria Boualem, l’été est une période particulièrement pénible. Pour une raison qui lui échappe, l’ensemble des bipèdes qui l’entourent décident chaque année de se livrer à une série d’excentricités qui polluent considérablement son environnement. Autrement dit, tout le monde, d’un commun accord, se lâche. Et ce n’est pas brillant ! Contrairement au caoutchouc, le civisme des Marocains se contracte à la chaleur de l’été. Du coup, le Zakaria Boualem, soucieux de préserver la santé de ses lecteurs - qui, après tout, le font vivre -, a identifié un certain nombre de dangers estivaux. Voici donc, pour la première fois dévoilés au grand jour, grâce à la presse indépendante, les pièges de l'été !

Le pantacourt. Cet étrange vêtement qui s’arrête soudain au-dessous des genoux a réussi à fédérer autour de son design un nombre considérable d’hommes de tous les âges. Visuellement, c’est pourtant un échec total. Le Marocain, en général petit et râblé, ne sort pas grandi par ce choix audacieux. Debout, l’homme en pantacourt a l’air assis. Lorsque le pantacourt est assorti d’une paire de sandales en simili cuir, d’un gilet multipoches et d’une casquette “BMCE”, on peut parler de fiasco. À éviter, donc.

Le Quad. Ce moyen de transport possède l’étonnante particularité de cumuler les inconvénients de la voiture et de la moto. Encombrant, bruyant, casse-gueule, il a été adopté en masse par les amateurs de cabrage sauvage, les cow-boys des plages et autres cascadeurs en tous genres. Il est surprenant de constater que notre noble police, particulièrement vigilante pour tout ce qui est monté sur roues, tolère ces bolides non immatriculés sans frémir de la moustache. Zakaria Boualem vous conseille la fuite.

Le psspsskss. C’est le cri de guerre du dragueur des plages, inchangé depuis les années 70 au moins. Tourmenté par ses hormones, chauffé à blanc par la canicule et contrarié par la crise du logement, le dragueur des plages balance ses psspsskss à tout vent, comme un SOS à la face du monde, un cri d’amour déguisé en sifflement animal. Le plus étonnant, c’est que sa technique fruste fonctionne plutôt correctement. Zakaria Boualem, toutefois, évite ce genre d’approche pour des raisons de sécurité. C’est qu’il a grandi à Guercif, et chez ces gens-là, monsieur, un psspsskss mal ciblé peut générer une guerre civile ou deux.

La tecktonic. Il fallait bien que cela arrive. Une mode qui vient soudain rappeler à Zakaria Boualem qu’il est vieux. Il est facile d’ironiser sur les coupes de poulet, les vêtements de poule, les démarches de coq et les gesticulations de dindon. Zakaria Boualem préfère se dire que si ça leur fait plaisir, après tout, pourquoi pas... Mais bon, pas trop fort quand même. à éviter si possible, finalement.

Le mariage. Le guet-apens absolu. Se retrouver coincé des heures sous les néons, engoncé dans un costume, bombardé de musique suraiguë, regarder passer les plats en se demandant à quelle heure on peut partir sans vexer tout le monde, écouter les commentaires, faire semblant de se pâmer devant la troisième tenue… À fuir, définitivement.

Le climatiseur. Comme l’immense majorité des Marocains, Zakaria Boualem considère la climatisation non pas comme un confort mais comme une nuisance insupportable, générant un risque de maladie majeur, un truc à peine moins dangereux qu’une vipère. Zakaria Boualem fait aussi partie de ceux qui, pour tous leurs maux, accusent le froid de les avoir frappés. Une indigestion ? Une infection urinaire ? Un lumbago ? Une migraine ? Le froid, toujours le froid…

On me signale que la page est finie, ce qui est dommage parce que la liste est encore longue. Soit. Il reste à notre héros à vous souhaiter de bonnes vacances, ce qui devrait être le cas si vous parvenez à déjouer les pièges cités plus haut. C’est tout ? Ben oui… Et merci !

 
 
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