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Par Abdellah Tourabi
7ème art. Panorama du cinéma israélien
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| Depuis quelques années, le cinéma israélien brille dans les festivals internationaux et accumule les récompenses. Imaginatif, critique et engagé, ce cinéma porte un regard sans concessions sur lhistoire de son pays et sur linjustice subie par le peuple palestinien. Florilège des films israéliens les plus marquants de ces dernières années. |
Valse avec Bachir
Révélation de la dernière édition du Festival de Cannes, ce film est un véritable objet cinématographique non identifié. Empruntant la forme dun film danimation, Valse avec Bachir est également un documentaire qui a nécessité une recherche historique et une série dentretiens. Le procédé est complètement inédit dans lhistoire du cinéma. Valse avec Bachir revient sur le terrible massacre de Sabra et Chatila : le 16 et 17 septembre 1982, les phalangistes maronites, déterminés à venger lassassinat de leur chef et président éphémère du Liban, Bachir Gemayel, investissent les camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth, massacrent hommes, femmes et enfants, devant les yeux complices des soldats israéliens. Ari Folman, réalisateur de Valse avec Bachir, était à lépoque un jeune soldat du Tsahal au Liban. Le jeune troufion, devenu cinéaste après, a refoulé les images de ce massacre et tenté doublier cette partie de lHistoire, sauf que cette dernière finit toujours par rattraper auteurs et témoins. Dans son film, Ari Folman essaie de reconstituer sa mémoire traumatisée, peuplée de cadavres et de fantômes de guerre. Le choix de lanimation a permis de représenter le monde des rêves quun film, dans sa forme classique, ne pourrait rendre. Les seules scènes tirées du monde réel, sont celles, insoutenables, du massacre de Sabra et Chatila. Valse avec Bachir est une uvre hallucinée et onirique sur lhorreur, la folie meurtrière des hommes et sur la guerre qui les transforme en chiens détraqués. Dailleurs, la première scène de ce film montre une meute de chiens enragés, qui traversent une ville pour se pointer devant le balcon dun ancien soldat israélien. The dogs of war, chanson des Pink Floyd, résonne dans la tête à la vue de cette scène, quand ce ne sont pas des réminiscences de Voyage au bout de la nuit, de Céline, qui viennent nous rappeler que la guerre est luvre de chiens adorant leur rage. |
Les sept jours
Maurice Ohayon est mort, et les membres de sa famille doivent, selon un rite juif, vivre ensemble sept jours de deuil sous le même toit. Ils vont partager tout : la nourriture, lespace pour dormir, mais aussi les incriminations des uns et des autres, les crises de nerfs et les déchirures familiales. Car on sétripe toujours mieux en famille. Dans ce magnifique huis clos réalisé par Ronit et Shlomi Elkabetz, la famille est décrite dans sa splendeur et ses tares. Pleurant les larmes de leurs corps dans la première scène de ce film, pour la disparition de Maurice, le frère, le mari et le fils, les membres de cette famille dorigine marocaine se retrouvent après à régler leurs comptes, au sens pécuniaire comme au sens physique de lexpression. La demeure du défunt devient un champ de bataille, où des gifles volent et des noms doiseaux en dialecte marocain fusent de partout. La cupidité des uns, la faiblesse des autres, la rancune, lenvie, les sentiments enfuis, font irruption et altèrent cette période de deuil et de recueillement. Une gifle maternelle sur la joue du fils aîné indigne, incapable dincarner lautorité nécessaire, met fin à cette récréation chahuteuse dadultes en manque de figure crainte et aimée. Sélectionné pour louverture de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2008, Les sept jours est un film qui vient consacrer le talent de Ronit Elkabetz, devant comme derrière le caméra. |
Beaufort
Ce nest ni prétentieux ni excessif que de comparer Beaufort aux grands chefs-duvre antimilitaristes, comme Les sentiers de la gloire de Kubrick, Apocalypse Now de Coppola ou La ligne rouge de Terence Malick. Ours dargent au Festival de Berlin et nominé aux oscars du meilleur film étranger en 2007, Beaufort est un film dune grande puissance psychologique sur la vie de soldats affrontés à une guerre dont ils ne saisissent pas lutilité, ni le sens. Dans ce film, le réalisateur Joseph Sedar décrit les derniers jours de la présence israélienne au Liban en 2000, à travers la vie des membres dune unité militaire israélienne à qui on a confié une mission aussi chaotique quinutile : maintenir la présence de larmée israélienne sur un avant-poste situé dans les ruines de Beaufort, vieille forteresse bâtie par les Croisés. Ce film constitue une charge contre la guerre engagée au Liban au début des années 80, mais cest également une uvre sur lattente et sur le temps figé par langoisse et le spectre rôdant de la mort. Les jeunes soldats doivent faire face à une situation absurde, où lennemi est invisible. Le retrait est annoncé, mais les ordres insistent à tenir bon. Les interminables tunnels qui traversent la forteresse accentuent limpression de cloisonnement et de claustrophobie que dégage ce film, réalisé dune main de maître (la tunnels de la fortresse rappellent furieusement ceux de Stalker, la merveille du réalisateur russe Tarkovski). Adapté du roman éponyme du journaliste et romancier Ron Lesham, Beaufort est une expérience cinématographique dont on ne sort pas comme on y a pénétré. |
Les Citronniers
Prix du public au Festival de Berlin 2008, Les citronniers est un film au goût acide voire amer. Lagrume qui symbolise la douceur de vivre méditerranéenne devient synonyme damertume et dexistence prématurément arrachée par des mains avides et injustes. Dans ce film, la majestueuse et polymorphe Hyam Abbas incarne le rôle de Salma, veuve palestinienne qui consacre sa vie à une plantation de citronniers, située sur une zone qui sépare Israël des Territoires occupés. Lhistoire de Salma et sa mémoire sont indéfectiblement mêlées à ce verger, que parents et aïeuls ont irrigué de leur sueur. Mais cette vie sera bousculée quand Salma va devoir subir un voisin un peu particulier : le ministre de la Défense israélien. Ce dernier est venu installer ses pénates en face du verger et ordonne dabattre les citronniers de Salma pour des raisons de sécurité. Mais la veuve palestinienne nest pas du genre à céder face à lusurpateur, tout puissant ministre soit-il. Elle porte laffaire devant la plus haute instance judiciaire israélienne, et gagne à sa cause une précieuse alliée : la propre épouse du ministre. Mais comme le rappelle lavocat de Salma, le happy-end des films américain nest pas de rigueur dans cette partie du monde. Eran Riklis, réalisateur du film, tisse une jolie et triste fable sur livresse du pouvoir et lautisme à légard des souffrances et des revendications justes et légitimes des plus faibles. |
La visite de la fanfare
Le début de ce film donne le ton de ce qui va suivre dans cette comédie : les membres dune fanfare de la police égyptienne, perdus sur une route israélienne, demandent le chemin du centre culturel arabe de la ville de Petah-tekvah où ils doivent se produire. La patronne du café de la bourgade où ils ont atterri par erreur leur répond : Ici, il ny a pas de centre arabe, ni de culture, ni darabes, ni dIsraéliens, rien, et un jeune paumé attablé au café renchérit : Ici, cest jahanam. Sauf que lenfer annoncé se transformera en un lieu où arabes et Israéliens surmontent leurs a priori, leurs jugements préconçus, pour découvrir des choses quils pourraient avoir et vivre en commun, en loccurrence lamour de lart et de la musique. La visite de la fanfare a eu un succès populaire dans les pays où il a été projeté, sans oublier les brassées de fleurs lancées par les critiques, comme en témoignent le Prix de la critique internationale et le Prix de la jeunesse décrochés au Festival de Cannes 2007. Le succès de ce film repose énormément sur lexcellente prestation de la star israélienne, Ronit Elkabetz, drôle et touchante dans son rôle de Dina, dont la vie sentimentale est à limage de sa bourgade : vide et délabrée. |
Désengagement
Amos Gitaï est licône incontestable dun cinéma israélien critique et engagé. Aimé par les uns et honni par dautres, ses films ne laissent pas indifférent. Dans son dernier film, Désengagement, Gitaï revient sur lévacuation des colons israéliens de la bande de Gaza en 2005. Un moment de déchirement pour les Israéliens, partagés entre deux camps : ceux qui estiment que cette démarche est nécessaire et juste, et ceux qui considérent que cest une trahison à Israël. Amos Gitaï adhère dans son film à la première thèse, et va jusquà filmer un Palestinien commentant le départ des colons en récitant le fameux poème de Mahmoud Darwich, Passants parmi des paroles passagères.
Lactrice française Juliette Binoche incarne dans ce film le rôle dAna, descendante dune famille de la bourgeoisie provinciale française, qui part à la recherche de sa fille vivant dans une colonie israélienne à Gaza. Ana retrouve sa fille pendant que lopération dévacuation des colons battait son plein. En suivant les péripéties de cette quête individuelle, Amos Gitai excelle dans un exercice quil affectionne particulièrement : décrire la société israélienne et les clivages qui la traversent à travers les destins dindividus, où la grande Histoire est illustrée par de petites histoires. |
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Billet. Regrettable boycott
Tandis que le jeune cinéma israélien recueille lestime critique et ladmiration des spectateurs dans le monde, le public marocain est privé daccéder à ce cinéma émergent à cause dun boycott regrettable, voire absurde. Sous prétexte de refuser toute normalisation avec lEtat hébreu, les défenseurs de ce boycott sopposent à toute sélection de films israéliens dans les festivals de cinéma organisés au Maroc. On imagine déjà les cris dorfraie quune programmation dun film israélien dans les salles marocaines ou sur les chaînes nationales pourrait déchaîner. Cette attitude est complètement aberrante et contreproductive. Elle sanctionne dabord le public marocain en lempêchant daccéder à un cinéma dune grande qualité artistique, qui permet aussi dacquérir une vision plus nuancée de la société israélienne et des clivages culturels et politiques qui la traversent. Elle sanctionne également ces cinéastes israéliens engagés et très critiques à légard de la politique de leur gouvernement. Des réalisateurs comme Amos Gitai, Avi Mograbi, Eran Riklis, Etyan Fox et dautres, nont eu de cesse depuis des années de dénoncer linjustice subie par le peuple palestinien à travers leurs films. Les charges les plus acerbes contre la politique de la colonisation, lhumiliation des Palestiniens par les militaires israéliens, les guerres inutiles menées contre le Liban, ont été formulées dans les uvres de ces cinéastes. Opposer une fin de non recevoir à ce cinéma critique et pamphlétaire serait un énorme service rendu aux détracteurs de ces artistes. Les tenants du boycott des uvres artistiques israéliennes doivent sinspirer plutôt de linitiative intelligente et courageuse de lintellectuel palestinien Edward Saïd et le maestro israélien Daniel Barenboïm. Ces deux hommes ont crée un orchestre symphonique composé de jeunes instrumentistes israéliens et arabes qui jouent depuis des années ensemble. Cet orchestre sest produit à Ramallah en 2005, et Daniel Barenboïm a demandé et reçu la nationalité palestinienne. Nos boycotteurs marocains seraient-ils donc plus palestiniens que les Palestiniens eux-mêmes ?
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