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Peinture. Pluralité au singulier
N° 338
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abla Ababou

Peinture. Pluralité au singulier

Les derniers travaux d’Ilias Selfati
s’inspirent du monde animal.
(DR)

Une rétrospective de 20 ans des travaux d'Ilias Selfati vient de s'achever à Tanger. Au menu : diversité des techniques, variété des sujets et originalité des supports.


Yeux bridés, regard perçant, crâne rasé et bras tatoués, Ilias Selfati affiche un look bien à lui. À l'image de son travail : étrange, fort, dérangeant. Sa dernière exposition tangéroise, tenue tout au long du mois d'août aux galeries Mohamed Idrissi et Riad Tanja, témoigne de son évolution. Entre peintures sur toile, sur papier et… sur crânes
d'animaux, l'artiste surprend par la diversité de ses techniques picturales et de ses sujets de représentation. Après avoir décroché ses diplômes en arts plastiques, en 1991, à l'Ecole des Beaux-Arts de Tétouan, et en 1994, à la Faculté des Beaux-Arts de Madrid, son combat pour un art libre s'est exacerbé au fil des expériences et des voyages. Né à Tanger en 1967 et installé à Madrid depuis 1992, Ilias semble avoir conservé de sa ville d'origine le goût du non- conformisme et du brassage culturel. Adolescent, il côtoie Paul Bowles, Mohamed Choukri, Emilio Sainz de Soto ou le peintre José Hernandez. Sur cette période, la poétesse, romancière et critique d'art, Nicole de Pontcharra, écrira : “L'adolescent précoce voyait sa ville comme un carrefour, où se croisaient des sensibilités, des individualités mythiques, Ibn Khaldoun ou Ibn Battouta et la Beat Generation. Il ne parle jamais de métissage mais d'imprégnation, d'un mouvement incessant propice à l'éveil d'une sensibilité en attente de nouveau”. Une nouveauté dont Ilias Selfati ne peut se passer : “Durant toute ma carrière, je n'ai cessé de chercher et de me renouveler. L'art est une quête perpétuelle. En ce moment, je me passionne pour le monde animal, d'où mes derniers travaux”.

Un bosseur-né
Entre formation aux techniques de l'estampe aux Beaux-Arts de Madrid, cours de sérigraphie à l'Ecole des arts graphiques de Madrid, atelier de gravure à Tétouan, atelier de peinture avec les célèbres peintres Mitsuo Miura et José Hernadez, atelier à Los Angeles avec Chicano Group… Selfati ne recule devant aucune expérience. Perfectionniste et curieux, on peut le considérer comme l'un des artistes les plus novateurs et les mieux formés de la scène picturale marocaine. Grâce à sa maîtrise du dessin, de la peinture, de l'aquarelle en passant par l'estampe, la sérigraphie et le collage, l'artiste multiplie les distinctions internationales. Parmi les plus importantes : le prix de la gravure, décerné en 2001 et 2003 par le Musée d'art moderne de Marbella, le prix du dessin Gregorio Prieto, raflé entre 2001 et 2006, le prix européen de la peinture à Ostende, en Belgique, une sélection à l'International Print Biennale, en Bulgarie… Quand on l'interroge sur la recette de son succès, Ilias n'évoque ni sa bonne étoile, ni ses nombreuses connections dans le milieu artistique madrilène, mais plutôt sa discipline de travail. “Tous les jours, je m'enferme dans mon atelier à Madrid et je travaille durant plus de huit heures”, explique-t-il. Il est vrai qu'on ne peut croiser cet artiste sans le voir dessiner sur son calepin ou sur les nappes en papier des tables de restaurants, une habitude quasi innée : à l'époque où ses petits camarades courraient derrière un ballon, il badigeonnait déjà les murs de la maison familiale avec ses pinceaux et ses crayons. Fort de son talent, il poursuit son bout de chemin en exposant dans le monde entier. Tout un univers où dominent chevaux noirs et blancs, forêts fantasmagoriques, fleurs aux teintes presque enfantines, insectes à la taille démesurée et autoportraits. Ilias puise dans son imaginaire et dans son vécu des images et des formes qui interrogent la vie en s'évertuant à la rendre plus soutenable. Et d'exposition en exposition, il revient avec un genre nouveau, tout en possédant une signature reconnaissable entre mille.

 
 
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