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N° 338
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim et Wafaa Lrhezzioui

Enquête.
1,1 million de cartables distribués.
Les dessous d’une opération


Tétouan, le 25 août. Au siège de la
délégation du ministère de l’Education
nationale, le roi passe en revue les
cartons de l’opération “Un million
de cartables”.
(DR)


En annonçant le 20 août dernier une campagne de distribution d'un million cent mille cartables à destination des familles les plus pauvres, le roi Mohammed VI a pris tout le monde de court. Une initiative louable, si l’on excepte le mélange des genres, lorsqu’on passe de la théorie à la pratique. Entre cafouillage et précipitation, comment s’est préparée la méga-opération sociale de la rentrée ? Peut-on déjà faire le bilan de ce qui a été réalisé ?


Une grande porte sombre, en recul, dans une rue fréquentée du quartier de l’ancienne médina de Casablanca. L’école de jeunes filles Abdelouahed El Marrakchi est coincée entre un dépôt de la SITA et des baraquements en tôle ondulée. L’air n’est pas très frais en cette après-midi de ramadan. Le temps est suspendu à la délivrance prochaine des estomacs. En attendant de voir défiler des fillettes en tablier, le portail cache une petite cour de récréation au bitume cabossé. Seul un drapeau marocain attire l’attention au milieu de la cour. C’est la fierté de la directrice de cette école, Fouzia El Aouni, elle qui a dû le payer de sa propre poche. À J-3 de la rentrée des classes, Madame la directrice est prête à recevoir les aides annoncées par “Sidna” lors de son dernier discours. “Je n’ai pas raté une seconde du discours et j’ai été soulagée lorsque Sidna a annoncé cette distribution de cartables”. La confirmation est venue quelques jours plus tard : l’école fera effectivement partie des bénéficiaires. Après avoir récupéré les cartables, Fouzia El Aouni a donné aujourd’hui rendez-vous au gardien qui l’emmènera dans sa camionnette “Honda” à la délégation provinciale du ministère de l'Education pour récupérer les manuels scolaires offerts, “une aide qui arrive à point nommé pour (ses) élèves”.

L’initiative de Sidna
Flash-back. Le 20 août dernier, lors de son traditionnel discours commémorant "la révolution du roi et du peuple", Mohammed VI prend tout le monde (syndicats, partis et gouvernement) de court en annonçant une mesure sociale d’envergure, concrète et immédiate. Extrait : “Il nous a paru judicieux de procéder au lancement d'une opération nationale visant à donner une forte impulsion à la généralisation de l'enseignement fondamental et à l'affirmation de son caractère obligatoire, de sorte à garantir l'égalité des chances en matière d'enseignement et à lutter contre le phénomène de décrochage scolaire. Cette opération consistera à doter un million d'enfants nécessiteux de manuels et de fournitures scolaires”. Fin de citation. L’autre annonce-phare du discours, la reconduction jusqu’en 2013 des avantages fiscaux dont bénéficie le secteur agricole, passe du coup au second plan. Visiblement, le souverain a en tête le climat social instable. Hausses des prix des produits de première nécessité, concomitance de la rentrée scolaire et du ramadan… pas besoin d’être bison futé pour voir rouge dans le sens des retours. En coulisses, c’est déjà le branle-bas de combat pour transposer le coup de com’ sur le terrain. Au centre du dispositif, le secrétariat général du ministère de l’Education nationale, qui coordonne le travail entre fournisseurs et bénéficiaires. En réalité, le travail a commencé deux semaines seulement avant le discours du 20 août. Contre toute logique, les éditeurs et grossistes, qui doivent fournir cartables, fournitures et manuels, n’ont pas été prévenus en amont.

Fin juillet, c’est un peu la panique chez ce grand éditeur de la place. Après les rumeurs, de discrets coups de fil à la direction confirment que le ministère de l’Education nationale est en train d’apporter les dernières retouches à une “grande première”. Dans cette société, comme dans toutes les autres du secteur, la mobilisation est générale. Le calcul est vite fait : 1 million cent mille cartables à distribuer pour la rentrée, prévue… cinq semaines plus tard, c’est plus de sept millions de manuels à imprimer d’ici là. À cette période de la saison, les stocks de livres ont déjà été livrés aux grossistes, qui ont eux-mêmes commencé à servir les détaillants. Cet imprimeur de Rabat dit n’avoir jamais reçu autant de coups de fil qu’en ce début août. “J’ai dû éteindre mon téléphone portable, parce que de toute manière, nous tournions déjà à plein régime”. Les capacités maximales des imprimeurs nationaux atteintes, il a fallu se tourner vers leurs confrères italiens, espagnols ou tunisiens… parfois à perte. Mais pas de chance, sous d'autres cieux, le mois d'août, c’est également la période des congés. À ce stade, aucune précision n’a été apportée aux éditeurs : tous ont dû ont racler les maigres stocks disponibles et avancent dans le brouillard. Mais ils gardent la foi : c’est “une initiative royale”. Du coup, pour l'accompagner, les éditeurs sont priés de récupérer les manuels déjà livrés aux grossistes. Quid des revendeurs récalcitrants ? Les éditeurs sont priés de communiquer leurs coordonnées, pour que le ministère de l'Education se charge directement de les “convaincre”.

Cafouillage royal
Le 4 août, première réunion au ministère de l’Education nationale à Rabat. A deux pas de Bab Rouah et de la pimpante Bibliothèque nationale, tous les éditeurs scolaires ont répondu à l'appel. Ils n’apprendront pas grand-chose. L’objectif est de les rassurer et de lancer la machine. Peu importe si les chiffres exacts n’ont pas été divulgués aux intéressés, on est dans l’urgence. Lors d’une réunion ultérieure, le 12 août, les éditeurs reçoivent les premières estimations des besoins du ministère. Pour l’heure, le département d'Akhchichine se contente de communiquer des prévisions aux fournisseurs, pas de quantités exactes et, donc, pas de bons de commande en bonne et due forme. Encore une fois, le non-respect des procédures n’inquiète pas outre-mesure. D’après ce professionnel, “dans le cadre des marchés publics de cette envergure, on ne s’embarrasse pas des détails de ce genre. Un minimum de bricolage est inévitable”.

Du bricolage à l’arrangement suspect, les rumeurs ont vite sauté le pas. Le marché de fourniture des cartables et de la papeterie, distinct de celui des manuels, ressemble à un partage du gâteau. Le volet "cartables et fournitures scolaires" (cahiers, stylos, crayons de couleur, ardoises, etc.) est confié à trois opérateurs, qui ont répondu à un appel d’offres : Marjane livrera 41% des cartables, Métro (33%) et Aswak Assalam (26%) s’occuperont du reste. Les trois géants de la distribution ont visiblement été choisis pour leur capacité à importer rapidement des matériels non disponibles sur le marché (parmi lesquels de grandes quantités de marchandises estampillées “Shanghai FOB” ont été aperçues au port de Casablanca), et pour leur capacité à rogner sur les marges des fournisseurs de papeterie. Ce libraire de la place, qui n’a pas participé à l’opération, n'hésite pas à dénoncer une surfacturation systématique de certains produits. “Ces commandes ont créé un appel d’air. Les compas de bas de gamme, par exemple, qui étaient vendus au prix de gros à 2,5 dirhams, ont grimpé comme par miracle jusqu’à 9,5 dirhams”.

Dans un premier temps, les éditeurs sont priés de livrer les manuels à Marjane, qui devait prendre en charge le volet logistique et la livraison des académies du ministère. Devant le cafouillage de l’opération du 25 août à Tétouan, l'option est vite abandonnée. Ce jour-là, Mohammed VI donnait le coup d’envoi officiel du programme par une distribution dans la ville du nord. “Une trentaine de camions venaient de livrer à la dernière minute les entrepôts de l’académie”, raconte cet éditeur. Sur place, la confusion est totale. L’inauguration royale s’est bien passée, devant les caméras, mais dans les coulisses, on redessinait déjà les plans. Au lieu de livrer les académies, chaque opérateur (Marjane, Métro et Asswak Assalam) et chaque éditeur devront livrer directement les délégations provinciales. Le marché logistique passe sous le nez d’une filiale de l’ONA, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Depuis début septembre, donc, les livres affluent dans les délégations provinciales, et c’est dans ces antennes locales du ministère de l'Education nationale que les directeurs des établissements scolaires sont invités à récupérer directement leurs dotations.

Retour à l’école Abdelouahed El Marrakchi. Ici, on manque pratiquement de tout, même si de l’autre côté de la cour, une porte grillagée cache une salle informatique. Une petite dizaine de postes soigneusement alignés contre les murs d'une pièce qui semble figée dans le temps. Et pour cause, les ordinateurs sont éteints depuis un an, faute d’enseignant formé à la chose informatique. Les instituteurs de l’école ne disposent pas du bagage nécessaire et le concours d’un intervenant extérieur se fait attendre. Pour l’heure, la salle sert d’entrepôt pour les cartons d’Aswak Assalam remplis de cartables à destination des écoliers les plus défavorisés. La distribution se fera le dernier jour ouvré avant la rentrée, le vendredi 12 septembre. Dans la besace de la directrice, des sacs à dos remplis de fournitures. Pas de logo, pas de marque, juste une couleur uniforme. Rouge, rose ou bleu marine, selon les niveaux. Une première commande, lancée par Marjane, aurait été renvoyée au producteur chinois : les cartables, trop bariolés et aux coloris criards, ne correspondaient pas au “cahier des charges” d'une opération royale.

À l’intérieur, soigneusement emballés, quelques cahiers, une ardoise, une trousse, craie, crayons, règle et tube de colle. Les familles des environs sont en haleine. Bénéficiera, bénéficiera pas ? Tous les effectifs sont concernés et la directrice a transmis, il y a déjà quelques semaines, les listes des élèves inscrits. Les retardataires n’ont donc rien à espérer.

À qui profite le cartable ?
Les listes des bénéficiaires de l’opération ont été établies sur la base des recensements effectués dans le cadre des enquêtes sur la pauvreté par le Haut commissariat au plan. Pour faire simple, on a donc repris les zones ciblées par l’INDH. Au total, 403 communes rurales et 264 quartiers urbains auront droit à ces aides directes. À partir de cette localisation socio-géographique, 6000 écoles ont été retenues, rassemblant près de 1,1 million de bénéficiaires. Les campagnes sont particulièrement concernées par l’opération, puisque parmi les élèves sélectionnés, 55% appartiennent au monde rural. Par ailleurs, le primaire est la cible principale de l’opération, une grande majorité des situations de décrochage scolaire commençant à un âge précoce. C’est pourquoi 90% des bénéficiaires, soit 900 000 élèves, sont scolarisés dans le primaire, le reste étant des élèves de CE7, la première année du secondaire.

Tant de chiffres, fièrement affichés, laissent penser que la dimension com’ est centrale dans toute cette affaire. Le ministre de l’Education nationale s’en défend, tout comme il rejette l’étiquette “bienfaisance”. Pour Ahmed Akhchichine, la campagne inédite de distribution d’un million de cartables “n’est pas une opération caritative, elle procède d'une démarche d’efficacité”. Sur tous les fronts depuis le discours royal, l'homme veut bien sûr en tirer le maximum de crédit politique, lui qui s’impose déjà comme le bras droit de Fouad Ali El Himma, au sein du tout nouveau Parti authenticité et modernité. D’après cette source proche du sérail, c’est le ministre qui aurait élaboré le projet, profitant de cette proximité (par ricochet) avec Mohammed VI. Qui a décidé de lancer l’opération ? Le roi lui-même, selon toute vraisemblance. Il semblerait que son conseiller Abdelaziz Meziane Belfkih, habituellement chargé de toutes les questions ayant trait à l’éducation, soit “out” sur cette opération.

La recherche d’efficacité avancée par le ministre de l’Education nationale peut convaincre. Auparavant, ce type d’initiatives était ponctuellement pris en charge par les wilayas dans les zones les plus défavorisées, sans pilotage, ni vision d’ensemble.

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Ce serait compter sans ce que les économistes appellent un effet d’éviction. En engageant des dépenses supplémentaires, l’Etat évince les acteurs privés de l’action sociale, un effet à vérifier sur le terrain. Le constat de ce partenaire de l’opération est tout autre. “Depuis l’annonce du lancement de la distribution d’un million de cartables, de nombreuses associations caritatives se sont manifestées pour proposer leur aide ou d’autres actions”. En gros, cette campagne libère des fonds et des énergies pour d’autres actions. D’ores et déjà, une évaluation de l’opération, par région, est prévue pour le 30 mars 2009.

Surtout, l'opération aurait des effets pervers sur le plan économique. Parmi les petites librairies des quartiers populaires, qui assurent la grosse partie de leur chiffre d'affaires annuel durant la période de la rentrée scolaire, on critique discrètement l'opération… qui leur enlève le pain de la bouche. Résultat, beaucoup commencent à annuler leurs bons de commande auprès des éditeurs, préférant temporiser, le temps de jauger ce qui reste de la demande.

Chez les éditeurs également, on fait la moue. Car contrairement à ce que l'on peut penser, ils ne tirent pas un réel profit de ce méga-marché. D'abord parce que le prix de vente est resté le même, rogné des marges accordés aux libraires. Surtout parce que la marchandise livrée n'a pas été précédée par des bons de commande en bonne et due forme. “Jusqu'à aujourd'hui, nous ne savons pas qui nous paiera, et encore moins dans quels délais”, assure cet éditeur, qui a tenu à garder l'anonymat.

En systématisant l’opération, qui devrait se prolonger les trois prochaines années, l’Etat ne cherche-t-il pas à couper l’herbe sous les pieds des islamistes, très présents sur le terrain de l’action sociale ? La tête de file du financement du projet est Tamadross, l’Association marocaine pour le soutien de la scolarisation. Pour cela, toutes les sources de financement disponibles ont été sollicitées : privées, comme la Fondation BMCE ou le groupe Chaabi, ou publiques, comme la CDG, l'OCP ou Royal Air Maroc. Au départ, l’enveloppe globale avancée était de 204 millions de dirhams, à prélever en partie sur les crédits alloués à l’INDH et d’autres contributions étatiques. Mais tout porte à croire que ce budget risque d’exploser. À Rabat, on parle déjà de recourir à une dotation budgétaire prélevée sur les ressources (déjà fort limitées) du ministère du Développement social de Nouzha Skalli. Ou comment déshabiller Paul pour habiller Pierre…



3 questions à Fouad Abdelmoumni (Economiste et acteur associatif)
“Un objectif louable mais un gâchis opérationnel”


L’initiative de distribuer plus d’un million de cartables en faveur d’élèves défavorisés a surpris tout le monde, même les professionnels du secteur. Opération de com’ ou bonne idée ?
Je crois que le principe est louable. Avoir une aide qui cible de manière explicite une population dans le besoin, une aide spécifique pour un besoin prioritaire de la société (même s’il n’est pas vécu comme tel dans les foyers) et le faire de manière massive, c’est mieux que des subventions sur les hydrocarbures, qui profitent d’abord aux riches. Mais sur les modalités institutionnelles et la gestion opérationnelle, il y a beaucoup de gâchis.

Justement, c’est là que le bât blesse. Le timing tardif de l’opération, l’annonce royale et la cafouillage tous azimuts…
C’est le propre du fonctionnement de notre système institutionnel. La volonté de faire des choses grandioses, tape-à-l’œil, visibles par la population, sans s’astreindre à des règles de bonne gouvernance. Ce que l’on constate, c’est la déresponsabilisation des institutions, du gouvernement et du Parlement.

On estime à 204 millions de DH le projet, financés par les crédits alloués à l’INDH, en plus de contributions apportées par d’autres institutions, les collectivités locales et le privé. Faut-il s’en féliciter ?
Le jour où l’on aura un véritable développement du monde caritatif, on pourra s’en féliciter. Ce que l’on constate aujourd’hui, comme lors du racket pour la construction de la Mosquée Hassan II, c’est que certains capitaux donnent d’une main, pour recevoir de l’autre. On traite l’ensemble des fonds publics comme s’il s’agissait du trésor de guerre du Palais. Encore une fois, ce n’est pas l’objectif qui est critiqué, mais l’amateurisme et la précipitation dans ce genre de campagnes.



Chronologie.

• Fin juillet. Des éditeurs reçoivent les premiers coups de fil annonçant le lancement d’une opération de distribution massive de cartables avec manuels et fournitures.

• 1er août. Ahmed Akhchichine, ministre de l’Education nationale, réunit les délégués provinciaux et annonce une "opération de grande envergure consistant à octroyer des subventions aux élèves nécessiteux dès la prochaine rentrée scolaire".

• 4 août. Les éditeurs de manuels scolaires sont invités à une première réunion au ministère de l’Education nationale.

• 12 août. Deuxième réunion, au cours de laquelle les éditeurs reçoivent une première estimation chiffrée des besoins de l’opération. Certains ont déjà commencé à imprimer à l’étranger.

• 20 août. Annonce officielle du programme lors du discours royal.

• 25 août. Le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, réunit les walis pour la coordination de l’opération, en présence du ministre de l’Economie et des Finances, Salaheddine Mezouar, et de la secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement scolaire, Latifa Labida.

• 28 août. Le conseil de gouvernement de la rentrée, entièrement consacré aux mesures concernant la double rentrée (scolaire et ramadan), démarre par un exposé d’Akhchichine sur l’opération "1 million de cartables".

• Début septembre. Les manuels commencent à être livrés aux délégations provinciales, qui doivent à leur tour approvisionner les établissements ciblés.

• 12-15 septembre. Distribution effective des cartables garnis (manuels, cahiers, trousse, stylos, crayons de couleur, ardoise) aux bénéficiaires dans les écoles.



Plus loin. Projet(s)

Un million de cartables gracieusement offerts aux ménages les plus pauvres. Pourquoi bouder son plaisir ? Ce n’est pas tous les jours que l’Etat lance une action sociale ciblée, concrète et immédiate. Si la société civile se permet (si peu) de faire la fine bouche, c’est qu’elle sait que les bonnes actions servent souvent de cache-misère. Dans un ouvrage récent (L’homme compassionnel, Seuil, 2008), la philosophe française Myriam Revault d’Allonnes démontre que “la politique compassionnelle est le contraire d’une politique”. Sauf que Mme Revault d’Allonnes ne sait donc pas de quoi elle parle. Mme Revault d’Allonnes vit en démocratie, elle ne lit pas (on l’espère) la MAP, et ses comptes-rendus de “distribution de denrées alimentaires à l’occasion du mois de ramadan”. On croyait en avoir fini avec les distributions de cabas. En fait, ces distributions continuent, avec seulement moins de couverture médiatique. Cette année encore, nous apprend la vénérable agence de presse officielle, “SM le Roi” a distribué 10 kg de farine, 4 kg de sucre, 250 g de thé et 5 litres d’huile à quelques-uns des 467 000 ménages bénéficiaires de l’opération Ramadan 1429. Il y a quelque temps, Abdelaziz Bouteflika raillait ceux qui “distribuaient de la harira”, lui qui se vante de distribuer à ses concitoyens des maisons clés en main. Nos frères algériens ne nous en voudront pas de ne pas trop les envier. Rabat ou Alger, Tizi-Ouzou ou Sidi Ifni, même combat. On nous prend (par la main et) pour des bleus. La com’ y est, tout y est, pas le développement. Dix ans d’opération ramadan, c’est bien, un coup ponctuel, annuel, mais ça n’a pas fait reculer le niveau de la pauvreté du royaume. Pour reprendre le bon mot d’un expert auprès d’une organisation internationale : “Au Maroc, la politique des projets royaux remplace souvent le projet politique”. C’est la politique-kleenex. A la fois lacrymale et jetable.

Youssef Aït Akdim

 
 
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