Encore le manque de respect au roi ?!
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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Ecrire que le roi encourage le peuple à lassistanat nest pas un manque de respect ; cest une opinion politique.
Manquement au respect dû au roi. Cest le chef dinculpation qui a valu à Mohamed Erraji, 32 ans, une condamnation à 2 ans de prison ferme. Après un procès expéditif au tribunal dAgadir (interrogatoire policier jeudi 4 et vendredi 5 septembre, comparution, procès et verdict lundi 8) linculpé, qui na même pas eu le temps de prendre un avocat, a été directement envoyé à la prison dInezgane. Encore éberlué par ce
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qui lui arrivait, il y a passé quelques nuits avant de se voir accorder la liberté provisoire jeudi. Lappel est programmé pour le 16 septembre, et le jeune homme encourt jusquà 5 ans de prison.
Mohamed Erraji est un blogueur talentueux, journaliste et chroniqueur pour Hespress.com. Cest une chronique publiée sur ce site web, intitulée le roi encourage le peuple à lassistanat qui lui a valu tous ces déboires. Mohamed est parti dune anecdote, rapportée par un quotidien, selon laquelle le roi Mohammed VI, dans un élan spontané de générosité, aurait accordé un agrément de transport à un policier face auquel il sest retrouvé, alors quil conduisait son auto avec le petit prince Moulay Hassan à ses côtés. De là, il a déployé tout un argumentaire visant à démontrer que la politique des dons royaux (quil sagisse dagréments ou de lots de terrains) détournait les Marocains de la voie du travail et de leffort, et en faisait un peuple dassistés. Et de conclure sur cette prophétie : si le futur Hassan III reproduit le comportement de son père, les Marocains ne pourront espérer sortir de lassistanat quau règne de Mohammed VII. Voilà toute laffaire.
Que reproche-t-on, au juste, à Mohamed Erraji ? Davoir stigmatisé léconomie de rente, maintes fois condamnée par le roi lui-même ? LEtat de droit suppose que tous les citoyens aient les mêmes chances de profiter des biens publics. Cest indéniable : la distribution des avantages selon le bon plaisir du souverain est une injustice économique flagrante. De là en déduire que les Marocains sont un peuple dassistés qui ne déploient aucun effort, il y a tout de même un pas dautant plus que les professionnels des quémandes royales déploient une énergie folle pour se retrouver sur le parcours de Mohammed VI et lui transmettre directement leurs doléances. Mais bon, la nuance est minime, et ninvalide en rien le fond du message : léconomie de rente est un facteur de sous-développement. Là-dessus, Mohamed Erraji a cent fois, mille fois raison.
Ecrire que le roi encourage le peuple à lassistanat nest pas un manque de respect ; cest une opinion politique. Et cest pour cela que Mohamed a été jeté en prison. Cela sappelle le délit dopinion et cest insupportable, inacceptable. Quel message le juge gadiri a-t-il voulu envoyer ? Que toute critique de la politique royale est sacrilège en soi, aussi raisonnable et fondée soit-elle ? Ce serait un grave recul pour la marge de liberté chèrement acquise par les journalistes, depuis larrivée au pouvoir de Mohammed VI.
Ou alors, peut-être que ce quon reproche à Mohamed Erraji, cest davoir cité Hassan III et Mohammed VII
Autrement dit, de sêtre projeté dans un futur lointain, après le décès du roi actuel et même de son successeur. Peut-être bien que les thuriféraires de Sa Majesté, gardiens du respect qui lui est dû, ont vu là une atteinte à la sacralité, voire à limmortalité royale
Si cest ça, cest encore plus tragique. Que le sort de tous les journalistes et chroniqueurs de ce pays soit suspendu aux interprétations folles de courtisans hors du temps, qui ne font pas la distinction entre le réel et le symbolique, cest extrêmement inquiétant pour nos (fragiles) libertés.
Prions pour que la cour dappel corrige la grossière précipitation du tribunal de première instance. Autrement, laffaire Erraji va vite faire le tour du monde (ça a déjà commencé). Une mauvaise publicité dont la monarchie na vraiment pas besoin
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