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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“On m’appelle toujours camarade”

Abdesselam Aboudrar, chargé
officiel de la lutte anti-corruption
(DR)

Antécédents

1950. Naissance à Salé.
1973. Diplôme d’ingénieur des Ponts et Chaussées, Paris.
74-79. Arrestation puis emprisonnement à Derb Moulay Cherif.
1996. Membre fondateur de Transparency Maroc.
1998. Intègre la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) dont il devient le numéro 2.
2008. Est nommé Président de l’Instance centrale de prévention de la corruption, rattachée à la primature.

Smyet Bak ?
Aïssa Ben Mohamed.

Smyet Mok ?
Zohra Ben’t Ahmed.

Nimirou d’la carte ?
A 570472.

Dites-nous, comment un élève modèle, diplômé d’une grande école parisienne, se retrouve à Derb Moulay Cherif ?
Très tôt, alors que je n’avais que dix ans, mon père m’a collé le virus de l’engagement. Il me traînait aux meetings de l’UNFP (Union nationale des forces populaires). Et puis je lisais la presse de gauche. Mon passage à Paris n’a fait que renforcer cette fibre militante. Nous étions peut-être violents verbalement, mais nullement dangereux. Au final, certains ont pris trente ans, d’autres la perpétuité...

Et si vos enfants s’engageaient dans le militantisme, comment réagiriez-vous ?
Ecoutez, ils sont majeurs et vaccinés. A partir de là, ils font ce qu’ils veulent.

Vous vous considérez toujours de gauche ?
Oui et non. Je partage beaucoup de ses valeurs, comme l’ordre démocratique et social. Mais aujourd’hui, on assiste à une déconfiture des partis socialistes. Ils n’ont pas su redéfinir leur projet. On pourra en reparler quand ils l’auront fait. Mais nous vivons dans une économie de marché, il faut s’adapter.

Vous vous en sortez plutôt bien. La CDG, alias Makhzen Bank, a fait de vous un homme riche, non ?
Non, mais elle m’a permis certaines facilités, comme le fait de pouvoir contracter un crédit pour acquérir un terrain et construire un logement. Du reste, j’avais un salaire confortable avant d’intégrer cet établissement.

Marx et Lénine, erreurs de jeunesse ou amour de saison ?
Ce sont de très grands penseurs. Je continue de les lire, de manière décalée. Marx, par exemple, a décrit la mondialisation dans des termes très actuels. Maintenant, ce sont les hommes qui appliquent des théories, ils y mettent du bon et du mauvais, ce qui donne lieu à certains détournements, comme cela peut se passer avec la religion.

Quand on vous appelle camarade, vous vous retournez encore ?
Bien sûr, c’est un mot que j’affectionne particulièrement. Il y a une idée de proximité, d’idéal partagé.

Et que répondez-vous si on vous accuse d’avoir retourné votre veste ?
Je dirai simplement que je suis un homme de conviction. On ne peut pas me reprocher de ne pas rester attaché à quelque chose à laquelle je ne crois plus. Pour tout vous dire, avec quelques camarades, le mur de Berlin est tombé dans nos têtes 10 ans avant de s’effondrer réellement.

Que pensez-vous du règne de Hassan II ?
Je suis comme tout le monde : Hassan II a participé à la construction de l’Etat, tout en se comportant en monarque absolu. Mais je ne comprends ni ceux qui lui tressent des lauriers, ni ceux qui le diabolisent. Je ne dis pas ça pour noyer le poisson, mais je n’aime pas les visions manichéennes.

Et Mohammed VI, c’est le changement dans la continuité ?
Je pense qu’il y a eu une ouverture très claire au Maroc. Mais rien n’est linéaire. Parfois on fait un pas en avant, puis un pas en arrière.

Hassan II, Basri et tant d’autres ont essayé de “lutter” contre la corruption, en vain. Vous pensez y arriver ?
Si je n’y croyais pas, je n’y consacrerais pas autant de temps et d’énergie. Faute de pouvoir éradiquer la corruption, on peut au moins travailler à la faire reculer. D’autres pays y sont arrivés, pourquoi pas nous ?

Vous comptez vous attaquer à tous les corps de l’Etat, y compris l’armée par exemple ?
Evidemment. Car à la base, la corruption vient d’un abus de pouvoir, qu’il soit social ou politique, en vue d’un enrichissement personnel.

Entre nous, il vous arrive de graisser la patte aux policiers, pour un excès de vitesse par exemple ?
Sincèrement, jamais. J’ai payé à plusieurs reprises les 400 dirhams d’amende et je propose systématiquement de payer par chèque, même si on me le refuse. D’ailleurs, je trouve humiliant de corrompre quelqu’un.

Il paraît qu’en privé, vous êtes un vrai boute-en-train. Vous cachez bien votre jeu…
(Rires). J’aime l’humour décalé, comme Laurent Baffie, car ça vient à point.

Vous n’auriez pas une petite blague sous la main par hasard ?
Ah non désolé, ça ne marche pas comme ça. J’aime l’humour spontané, pas sur commande.

 
 
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