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Par Sarah Tadlaoui
Portrait.
Ali Baddou. Au-delà de lécran
À 34 ans, ce Marocain agrégé de philosophie est monté en flèche dans le paysage audiovisuel français. Professeur à Sciences Po, animateur sur France Culture et chroniqueur sur Canal+, il sest imposé avec brio dans la vie culturelle de lHexagone. Rencontre.
Ali Baddou en quelques mots ? Cest un nouveau sex symbol. Brillant, intelligent et drôle. Même en vacances, étendue au soleil, Louise Bourgoin, sa camarade de l'émission le Grand Journal, sur Canal+, |
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prend le temps de nous répondre, si cest pour parler de Ali. Non, ils ne sont pas mariés. Et pourtant, on comprend pourquoi TelQuel les voyait bien ensemble. Il y a à peine un an, Ali Baddou nétait que cette voix tendre qui animait les réveils difficiles dans l'Hexagone avec ses matinales sur France Culture. Depuis sa nomination comme chroniqueur livres au Grand Journal, il est devenu aussi un physique. Son sourire radieux et son regard intense font de lui lintello chic du moment, adulé par ses (nombreuses) admiratrices et encensé par la presse féminine. Le public marocain la découvert lors du premier Sidaction, fin 2005, quil a animé, cinq heures durant, aux côtés de Choumicha. Ça a été une expérience formidable, et peut-être ma plus grande réussite de ces dernières années, confie-t-il. Depuis, ses projets démission littéraire sur la deuxième chaîne sont restés sans suite. Et Ali Baddou a disparu du PAM. Malgré son emploi du temps chargé, il avait accepté de venir représenter le Sidaction 2008, se félicite Hakima Himmich. La présidente de lAssociation marocaine de lutte contre le sida (ALCS) le décrit comme un garçon brillant et attachant. Un jeune homme quon aimerait avoir comme fils. N'en jetez plus
Fils de diplomate, Ali a grandi entre le Maroc, les Etats-Unis et la France. Son grand-père, déjà, occupait des fonctions officielles : il était directeur du protocole de Mohammed V. Et sa cousine Yasmina n'est autre que notre actuelle ministre de la Santé. Je suis très fier quelle ait fait légaliser la pilule du lendemain. Cest un énorme pas en avant, nous a-t-il confié.
L'homme pressé
Il faut être tenace pour s'incruster dans le planning surchargé de Ali Baddou. Après maintes tentatives, sa voix se fait finalement entendre au bout du fil. Ali est agréable, mais insaisissable. Ali parle bien, mais parle peu. Ce sont ces quelques fragments épars de conversation quil faudra mettre bout à bout pour dresser son singulier portrait.
Ali Baddou a intégré léquipe de France Culture en 2003 par lintermédiaire de Nicolas Demorand, son condisciple à Normale Sup. Tout a commencé par hasard. Un jour, jai rendu visite à Nicolas, en studio. Jai adoré lambiance et jai fini par le remplacer pendant ses vacances. À la rentrée 2006, le directeur de la station lui confie la tranche matinale (7/9h) de France Culture : une émission culturelle et politique où il reçoit intellectuels et hommes politiques. Ses journées effrénées sont programmées au millimètre. Mon mode de vie a beaucoup changé. Je vis de façon austère et travaille énormément, reconnaît-il. Réveil à 4h30 pour arriver à France Culture à 5h30. Ce qui le pousse à se lever à laube chaque jour ? La passion du métier. Jadore ce que je fais à la radio. Les Matinales, cest un grand espace de liberté qui mest offert. Et puis cest un moment privilégié parce cest la première voix que les gens entendent en se levant. Deux heures dantenne, et le show continue. Une fois par semaine, il file dans le 7ème arrondissement de Paris pour donner son cours de philosophie publique à Sciences Po. Lenseignement est le fil rouge de tout ce que jentreprends. Quand jétais étudiant, je ne pensais pas du tout me retrouver à la radio ou à la TV. Javais très envie denseigner la philosophie. Cest resté la base, mais jai élargi le spectre. La philosophie, il y est venu essentiellement grâce à un prof de terminale. Puis jai continué, et cest devenu une sorte de coup de cur, explique-t-il. Dans son itinéraire philosophique, Spinoza est un de ses maîtres à penser parce que cest le meilleur antidote contre lidée quon doit obéir à ses maîtres, sans se poser de questions. 12h 15 : fin de son cours denjeux politiques, rue Saint Guillaume. Juste le temps davaler un sandwich devant le Jardin du Luxembourg et il doit se remettre au travail. Tout laprès-midi, il lit, prend des notes, prépare ses interviews. Et vers 16h45, direction Canal+ pour être à lantenne à 19h10.
Intello cathodique
Le plus souvent, Ali Baddou passe sans transition de lambiance intello des Matinales à la grosse machine de la chaîne cryptée. Après avoir débattu en profondeur de lactualité politique et littéraire sur les ondes de France Culture, il se fond dans lunivers léger du petit écran. Certains ont vu dans ce double jeu les symptômes dune inquiétante schizophrénie. Lui ny voit aucune contradiction. Ce sont les deux facettes du même métier : pousser les gens à lire des livres. Une chronique littéraire en prime time est un défi à relever, mais cest aussi le moyen de toucher le plus grand nombre. Ali réussit le parfait compromis entre une émission très pointue sur France Culture et la vulgarisation obligatoire pour une émission à grande écoute, confirme Louise Bourgoin. Aussi loin du stéréotype de lintellectuel reclus dans sa tour divoire que de celui du philosophe médiatique, Ali navigue entre diverses sphères, participant peut-être à leur décloisonnement : Jai grandi avec Nulle Part Ailleurs et je suis un malade de séries B. Ça ne mempêche pas de faire cours sur Spinoza ou dinviter un Nobel à la radio. Depuis son arrivée à Canal+, la presse féminine lui a collé limage du nouvel intello chic, une étiquette qui lamuse : Je ne le prends pas très au sérieux. Ce qui a le plus changé ma vie, cest que les gens me reconnaissent dans la rue. Devant ses étudiants de Sciences Po, il arrive en jeans, baskets et pull en laine. Mais son look déternel étudiant du Quartier Latin ne doit pas faire illusion. Ali Baddou est un professionnel aguerri, également très soucieux de son image. Louise Bourgoin témoigne : Il met un temps fou à choisir une tenue et fait très attention aux petits détails. Ça fait beaucoup rire ma styliste.
Dernière question : comment conserver sa réputation déternel tombeur quand on mène une vie aussi austère ? Difficile den savoir plus. Le discours de Ali est parfaitement rodé, inutile despérer le moindre écart. La parole, cest son domaine, qu'il maîtrise comme un bon prof gère sa classe. Il avance prudemment, assoit ses réponses, impose son rythme. Ali Baddou est un personnage au parcours atypique. Ni playboy littéraire, ni philosophe de salon, il s'arrange toujours pour être là où on ne lattend pas. Ali Baddou défie les clichés et combine avec talent ce qui sapparenterait chez dautres à des paradoxes. |
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Bio express.
1974. Naissance à Paris, en France.
1996. Apparaît aux côtés de sa petite amie Mazarine Pingeot, la fille cachée de François Mitterrand.
1997. Débute sa carrière denseignant.
2000. Entre au cabinet de Jack Lang, alors ministre français de lEducation nationale.
2005. Présente le premier Sidaction au Maroc, aux côtés de Choumicha.
2006. Devient animateur des Matinales de France Culture.
2007. Rejoint l'équipe du Grand Journal, sur Canal+, en tant que chroniqueur littéraire. |
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