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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Israël. Olmert en bout de course

Le Premier ministre israélien
quittera ses fonctions
le 17 septembre.
(AFP)

Soupçonné de corruption et d’escroquerie, le chef du gouvernement israélien est sur le départ. Sa démission handicape davantage un processus de paix à peine ranimé.


L’ère Ehud Olmert touchera bientôt à sa fin. Embourbé dans plusieurs affaires de corruption, lâché par les membres de son parti, le Premier ministre israélien, 62 ans, a annoncé qu’il quitterait son poste aussitôt élu son successeur à la tête du parti Kadima. Olmert est notamment accusé d’avoir reçu des pots-de-vin de l'homme d'affaires américain
Morris Talansky, alors qu'il était maire de Jérusalem puis ministre de l'Industrie et du Commerce. Talansky, entendu dans cette affaire (et accusé dans son pays de détournement de fonds et d'évasion fiscale), a affirmé avoir remis, sur une durée de 15 ans, plus de 100 000 dollars en liquide à M. Olmert. Tout en reconnaissant les faits, ce dernier s'est défendu d'avoir “mis un sou dans sa poche”, expliquant avoir dépensé l'intégralité de ces fonds dans le financement de campagnes électorales. Dans un autre dossier, le Premier ministre israélien est soupçonné d'avoir bénéficié d'un rabais de 300 000 dollars sur l'achat d'un appartement dans un quartier de Jérusalem-Ouest auprès d'un entrepreneur. Selon la presse israélienne, des proches d'Olmert auraient en contrepartie “aidé” l'entrepreneur en question à obtenir des permis de construire dans ce même bâtiment, pourtant classé “historique”. Enfin, Ehud Olmert est suspecté d'avoir financé ses voyages à l'étranger (privés et familiaux) en présentant séparément des factures à diverses organisations de bienfaisance pour un seul et même voyage. Ces dépenses portent sur au moins une douzaine de voyages et auraient rapporté à Olmert près de 110 000 dollars, à en croire les chiffres avancés par la radio publique israélienne. Les organisations ainsi dupées se vouent notamment au souvenir de la Shoah, aux enfants handicapés, au bien-être des soldats ou encore aux étudiants aveugles. Selon des experts juridiques, Olmert pourrait être poursuivi notamment pour utilisation abusive de fonds publics, prévarication ou évasion fiscale, et risquerait jusqu'à huit ans de prison. Mais en dépit d'une presse très critique à son encontre, et des appels répétés à la démission, venant de responsables politiques de tous bords, Ehud Olmert s'est longtemps accroché à son fauteuil de Premier ministre, niant en bloc les accusations portées contre lui. Il a fini par jeter l'éponge, le 30 juillet dernier, en annonçant sa prochaine démission.

Guerre de succession
Celle-ci prendra effet le 17 septembre, à l'issue des primaires du parti Kadima, parti centriste comprenant plus de 50 000 militants. Et la course à la succession d'Olmert est d'ores et déjà lancée. Principaux candidats en lice : la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, et le ministre des Transports, Shaul Mofaz. Si la première est présentée comme une modérée, le second appartient, quant à lui, indubitablement au camp des “faucons”.

Pour l’instant, dans les sondages, c’est Livni qui dispose d’un léger avantage sur son rival. La ministre des Affaires étrangères a d'ailleurs publiquement annoncé qu'elle briguait les fonctions de chef du gouvernement. “Je veux être Premier ministre et j'agis en ce sens, afin de procéder à des corrections et à des changements (...), car l'opinion ne fait plus confiance aux politiciens, et il faut restaurer cette confiance”, a-t-elle déclaré dans une intervention. Entre-temps, l'inimitié déjà notoire entre M. Olmert et Tzipi Livni est montée d’un cran. Les médias israéliens ont rapporté des propos virulents de l'actuel Premier ministre à l'encontre de sa chef de la diplomatie, mettant en doute ses capacités à gouverner. “Je crains pour l'avenir de l'Etat d'Israël si Livni arrive au pouvoir. Elle est incapable de prendre des décisions. Elle est influençable et n'a pas confiance en elle-même”, aurait-il déclaré à des proches, en la qualifiant de “traîtresse” et de “menteuse”.

Mais si la course au sein de Kadima s’annonce indécise, ce ne serait pas autant le cas des résultats d'hypothétiques élections législatives anticipées. L'inusable Benjamin Netanyahu, leader du Likoud (droite), est donné favori par les sondages pour devenir le prochain Premier ministre, battant aisément dans les sondages Tzipi Livni et Shaul Mofaz.

Et le processus de paix ?
L’annonce du proche départ du Premier ministre, en plus de plonger l’Etat hébreu dans l’incertitude politique, porte également un coup dur aux pourparlers de paix avec les Palestiniens. Ce départ annoncé semble en effet rendre encore plus aléatoire un accord de paix qu'Israéliens et Palestiniens se sont engagés, sans trop y croire, à trouver d'ici la fin 2008 sous les auspices du président George W. Bush. Un accord censé mener, à terme, à la création tant attendue d'un Etat palestinien. Officiellement, l'Autorité palestinienne affirme que les déboires judiciaires de M. Olmert et son départ sont une “affaire interne à Israël”. “Nous travaillerons avec tout Premier ministre élu en Israël et nous continuerons à le faire avec Ehud Olmert jusqu'à l'arrivée de son successeur”, a ainsi déclaré le président palestinien, Mahmoud Abbas. Mais plusieurs responsables participant aux pourparlers ont estimé que l'Autorité palestinienne allait perdre, avec le départ d'Ehud Olmert, un interlocuteur très impliqué dans les négociations et prêt à discuter des dossiers les plus sensibles, comme Jérusalem ou les frontières. “Si Livni est élue, les négociations se poursuivront. Mais si Mofaz gagne, ce sera nettement plus difficile”, estime le politologue palestinien, Hani Al Masri, cité par l’AFP. Les Etats-Unis ont pour leur part affirmé qu’ils continueraient leurs efforts de paix avec ou sans Olmert. Quant aux négociations de paix avec la Syrie, engagées récemment, elles semblent moins menacées, car une majorité d’Israéliens est convaincue de leur nécessité. Elles risquent toutefois d’être gelées en attendant la passation de pouvoir, non seulement à la tête du gouvernement israélien, mais aussi au sein de la présidence américaine.



Portrait. Monsieur “Téflon”

Surnommé “Monsieur Téflon”, pour sa capacité à se dépêtrer de plusieurs scandales sans séquelles politiques, Ehud Olmert a longtemps réussi à passer entre les mailles du filet, avant d'être rattrapé par la justice pour “corruption et abus de confiance”. Acculé à la démission, à cause de ses déboires judiciaires, Ehud Olmert subit également de plein fouet le désaveu de son électorat. Détenteur du triste titre de Premier ministre israélien le plus inquiété par la justice, il fut aussi critiqué pour sa gestion de la guerre contre le Hezbollah au Liban (12 juillet-14 août 2006). Ce qui lui vaut aujourd'hui de battre des records d'impopularité. À l'origine homme de droite, Olmert a progressivement évolué vers le centre pour constituer, aux côtés d'Ariel Sharon, le parti Kadima. D'abord partisan du Grand Israël, il s'est fait peu à peu à l'idée d'un retrait des territoires palestiniens en échange de la paix, tout en comptant maintenir des blocs de colonies en Cisjordanie.

 
 
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