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N° 338
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB sait très bien que ce n'est pas une sadaqa, mais une opération de com’.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C'est en mettant de l'ordre dans les tiroirs de son bureau - le ramadan mène décidément à tout - que notre héros Zakaria Boualem est tombé sur cette étonnante note de la DRH traitant de l'importante question des congés de mariage. La banque y détaille l'ensemble des documents à fournir pour pouvoir bénéficier de cet avantage considérable. Voici donc la liste en question, sans plus de suspense, je vous sens très chauds de l'autre côté de la page :

- Acte de mariage en arabe légalisé.
- Acte de mariage (traduction en français légalisée).
- Photocopie de la CIN du conjoint légalisée.
- Attestation de travail du conjoint.

Devant cette nouvelle manifestation de l'absurde administratif national, le cerveau de Zakaria Boualem tourne à plein régime. Il se demande pourquoi il faut fournir l'acte en deux langues. Sans doute parce que, tout le monde le sait, l'acte de mariage marocain traditionnel est parfaitement illisible. Donc il faut le traduire, légaliser le tout, apposer quelques timbres de couleurs chatoyantes, empocher quelques dirhams, faire tourner un peu plus à vide la machine administrativo-
financière et tout devient plus clair. Reste la question de l'attestation de travail du conjoint. La raison d'être de ce document est un profond mystère… On se demande bien ce que la banque peut avoir à faire de la profession de la mariée. La réponse est claire : c'est juste pour savoir… Dans notre pays, où la vie privée n'existe pas, tout le monde devient policier, c'est comme ça. Au fait, petite précision : la durée du congé en question est de 10 jours calendaires, c'est-à-dire juste le temps de réunir les documents réclamés.

Sans aucune forme de transition - la pensée ramadanesque de notre héros est un peu décousue - Zakaria Boualem souhaite vous parler d'une très belle pub Méditel affichée près de chez lui. On y voit un miséreux en gros plan, avec cette phrase énigmatique : “Méditel reverse jusqu'à 100 millions de centimes à la Banque alimentaire”. Franchement, sans ironie aucune, c'est un très beau geste. Sauf que notre héros a l'esprit mal tourné, alors il décortique la phrase et se met à réfléchir. Il y a d'abord cette découverte formidable : Méditel compte en centimes, comme nos grands-parents et les samsara de voitures. Bizzare, parce que lorsqu'ils affichent les prix des abonnements, ils préfèrent parler en dirham. Et puis il y a ce mot : “jusqu'à”. Méditel ne donne pas 100 millions de centimes, mais jusqu'à 100 millions de centimes, ce qui est un peu différent. ça peut être 30 millions par exemple, ou 2… pourquoi pas. Zakaia Boualem, en s'approchant du panneau, découvre les détails de l'opération, expliqués en tout petit sur le même panneau : on reversera 1 dirham pour chaque recharge de 50 DH minimum achetée pendant le ramadan, à hauteur de 100 millions de centimes. Autrement dit, si Méditel, pendant le ramadan, vend pour 1 million de recharges de 50 DH, elle donnera les fameux 100 millions de centimes à la Banque alimentaire. Sinon, ça sera moins, et voilà, bien fait pour vous, il fallait vous secouer un peu pour nous aider à être généreux. Zakaria Boualem aurait trouvé plus classe de filer le fric dans tout les cas, un peu comme lui lorsqu'il paye les médicaments du gardien de voitures. Il évite en général de conditionner son don à un éventuel gain au loto. Zakaria Boualem a l'esprit taquin, mais il n'est pas méchant. Il sait très bien que ce n'est pas une opération de sadaqa, puisque celle-ci impose la discrétion. C'est une opération de communication avec des retombées humanitaires heureuses. Méditel paye 100 millions de centimes - au maximum - le droit de pouvoir dire qu'ils les ont donnés, c'est tout.

Voilà, c'est fini pour cette semaine, on s'est suffisamment fait d'ennemis comme ça. Bon ramadan, et merci !

 
 
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