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Festival. Paroles, paroles...
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Textes et Photos Jean Berry

Festival. Paroles, paroles...


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Arts plastiques, musique, lectures et débats... Du 12 au 14 septembre, Fès a vibré au rythme des mots. Retour en images sur la deuxième édition de Slam & Klam.


Lignes de discorde

Crossing Lines est le titre du projet du peintre et plasticien hollandais Kees de Valk. Initié à Sarajevo en 1999, poursuivi avec d’autres installations, à Jaffa en Palestine, puis à New York, ce projet symbolise la rencontre entre deux cultures. Une rencontre pas toujours évidente. Repris dans la médina puis sur les murs de la fondation Esprit de Fès, ce motif, sans doute jugé provocant (une photo de femme noire voilée sur laquelle est imprimée la bouche charnue de Billie Holliday), a été déchiré par des passants à deux reprises au cours du week-end dernier. “C’est le risque en exposant dans la ville, mais j’ai toujours préféré ça aux galeries, trop conventionnelles”, explique l’artiste. Avant de préciser que la fameuse chanteuse américaine a dû s’éclaircir le visage, au début de sa carrière, pour chanter devant le public blanc. Egalement exposés, des nus célèbres détournés : les femmes sont cachées sous des burqas de couleur. Dérangeant ? “Après dix ans, j’arrive à la fin de ce questionnement, poursuit-il, je veux m’orienter vers des sujets plus pacifiques”. On le comprend.


Dans quel état j’erre ?
“Etat de la culture, culture d’Etat” a été le thème d’une table ronde modérée par le journaliste Imad Bentayeb. Cette réflexion a réuni des participants d’horizons divers comme Khalid Moukdar (chanteur du groupe Haoussa), Maria Karim (réalisatrice), Karim Rafi (directeur artistique du festival) et le truculent poète touareg Mohamed Hawad, qui est allé jusqu’à lancer : “l’Etat en général est l’ennemi de toute culture libre. Il se comporte en douanier et n’intervient qu’en présence de contrebandiers comme nous”. Né comme lui en 1950, le poète marocain Ahmed Lemsyeh, connu pour une douzaine de recueils pionniers en zajal, a symbolisé à lui seul ce questionnement. L’artiste a livré une approche plus pondérée du sujet. Emprisonné à plusieurs reprises dans les années 70 pour ses textes engagés, cet ex-secrétaire général de l’Union des écrivains marocains et ancien inspecteur général au ministère de la Culture défend aujourd’hui un projet qui vise à faire de Rabat la capitale de la culture arabe en 2011. Sa lecture publique de l’un de ses textes, beau et nostalgique, précédée d’une traduction française réalisée par le slammeur Dagobleen, a bouleversé l’assistance. Bravo l’artiste.


Slam à toutes les sauces
L’atelier d’écriture du festival, baptisé “Lab’Oratoire”, a fait le plein trois jours durant, encadré par Khalid Moukdar, Dgiz, Dagobleen et Jonas. Dimanche, une quarantaine de jeunes Fassis sont venus rencontrer les intervenants et affiner leur style au fil de séances de répétitions collectives. Avant, pour certains, de faire le grand saut en soirée et sur scène, lors des “slam sessions”. Parmi eux, le jeune et talentueux Moncef, du groupe Click Choc, s’est lancé dans un slam effréné aux côtés de Dgiz lors de la soirée de clôture. “Nous avons découvert une scène dynamique et pleine d’avenir”, s’enthousiasme le parisien Dagobleen. Au total, des membres d’une vingtaine de groupes sont passés par l’atelier”. D’autres ont préféré s’essayer à l’atelier de musique assistée par ordinateur (MAO) ou celui de scratch animée par DJ Boulaone. Quant aux deux créations du festival, elles ont montré un visage prometteur. À noter d’abord, le rap en darija et français du rbati Mobydick sur la musique jazz du trio suisse Plaistow, fruit d’un plaisir partagé et d’un travail qui se poursuivra sans doute. Et puis le très réussi “Il était une fois le futur”, spectacle emmené par Amazigh Kateb et Zahra Hindi. Cette chanteuse originaire de Khourigba et installée à Paris est la révélation du festival. On l’a dit même courtisée par les plus grands labels. Leur création musicale, une délicieuse fusion blues, afro et berbère, prenait tout son sens, dans la douceur d’une nuit de ramadan, entre les remparts millénaires de la capitale spirituelle du royaume.

 
 
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