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Livre. Rock the casbah
N° 339
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saadi

Livre. Rock the casbah

Le Maroc est l’un des seuls pays
où il n’est pas dangereux
d’adorer le metal.
(AIC PRESS)

Dans Heavy Metal Islam, l’américain Mark Levine enquête sur le metal dans les pays musulmans. Le chapitre consacré au cas marocain livre des conclusions étonnantes.


“La première fois que j’ai pris conscience qu’il y avait une scène metal dans les pays arabes, c’était dans un bar à Fès, en 2002. Un ami venait de me parler du concert d’un groupe punk quelque part dans le pays”, se rappelle Mark Levine, auteur de Heavy Metal Islam. Parfaitement arabophone, ce professeur universitaire américain avait passé une
dizaine d’années à sillonner le monde arabe avant de réaliser que le metal y était bien ancré. Une lacune qu’il se dépêche vite de combler par l'écrit. Heavy Metal Islam est le fruit de 5 ans de travail acharné, pendant lesquels Levine est parti à la rencontre de musiciens iraniens, irakiens, palestiniens ou encore pakistanais. Et pas toujours dans les meilleures conditions…

Dur dur d’être metalleux
Une certitude se dégage du livre de Mark Levine. Actuellement, les deux seules contrées musulmanes où il n’est pas “dangereux” d'adorer les dieux du hard-rock sont le Maroc et la Turquie. Dans les chapitres consacrés aux fans de cette musique dans d’autres pays, on apprend des choses qui donnent froid dans le dos. Par exemple la vague d’arrestations de musiciens, qu’a connue l’Egypte en 1997, a brisé le mouvement metal, et ceux qui continuent à jouer cette musique vivent dans la peur perpétuelle de se retrouver en prison. On découvre aussi que les Iraniens sont acculés à organiser des concerts clandestins, que les metalleux palestiniens se frottent souvent aux jeunes sympathisants du Hamas. Sans parler des amateurs irakiens ou pakistanais, qui essaient d'exister dans des contextes de violence inouïe, où la musique en général, et le metal en particulier, n’ont pas vraiment leur place. Mais pour Mark Levine, c’est probablement parce que ces jeunes vivent des situations extrêmes qu’ils se sont laissé séduire par le metal. Avec le hip hop, c’est sans doute le genre musical qui permet le mieux de communiquer sa colère. “On fait du heavy metal parce que nos vies sont heavy metal”, explique à Levine un metalleux marocain. Sauf qu’au Maroc, comme l’explique bien le livre, après le dénouement de l’affaire des 14 musiciens, personne n’a peur d’aller à L'Boulevard de noir harnaché et une crête de 30 cm sur la tête. Les filles des Mystik Moods n’avaient pas non plus peur se de faire lapider en montant sur scène. Petite info croustillante : Levine nous apprend qu’elles ont été invitées, quelque temps plus tard, à se produire en concert privé… au palais royal !

Le Marock et… Nadia Yassine
“Le Maroc est le seul pays musulman où la société civile s’est mobilisée pour des metalleux. Elle a poussé le système judiciaire à faire marche arrière. C’est formidable”, confie Levine. Dans son chapitre sur le Maroc, il ne cache pas son admiration pour nos hard-rockers (et aussi pour nos rappeurs, auxquels toute une partie est consacrée). À ses yeux, ils ont un potentiel politique malheureusement pas encore exploité. Mais à la fin du chapitre, l’auteur livre une analyse plutôt surprenante de la situation du Maroc. En plus de s’extasier sur les musiciens vert et rouge, il fait l'éloge de… Nadia Yassine, qu'il dit “plus heavy metal que n’importe laquelle des Mystik Moods” ! Il va jusqu'à la comparer à un “Marilyn Manson ou un Ozzy Osbourne portant le voile”, arguant qu'elle possède une âme rock n’roll sans le savoir.

L'enseignant américain va jusqu'à tenter d’étonnants rapprochements : selon lui, Al Adl Wal Ihsane aurait exactement les mêmes objectifs que la jeunesse alternative marocaine ! Et d'en conclure que la démocratie au Maroc ne sera possible que si “ces deux forces décident de travailler ensemble main dans la main”. On ose à peine imaginer Cheikh Yassine alignant les riffs sur scène…

 
 
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