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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Mauvais départ

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Ça ne fait même pas un mois qu’il a créé son parti et déjà, l’ami du roi est rattrapé par le marigot politique marocain !


La campagne des législatives partielles (Marrakech, Safi, Mohammedia, Tiznit) bat son plein et, comme prévu, c’est Fouad Ali El Himma qui se retrouve encore une fois en haut de l’affiche. On l’accuse de tous les maux, mais il n’y a, en fait, qu’une question de fond qui vaille d’être posée : sa proximité avec Mohammed VI suffira-t-elle à booster son parti comme elle avait suffi, en 2007, à booster sa candidature à la
députation des Rhamna ? Plus le temps passe, moins cela semble évident. Cela ne fait même pas un mois que le Parti authenticité et modernité (PAM) existe et déjà, la réalité politique marocaine l’a rattrapé de plein fouet. Dès qu’il s’est agi de désigner des candidats pour les partielles, El Himma s’est retrouvé plongé jusqu’au cou dans les conflits d’ego et de préséance. À Safi, il a poussé la candidature de son ami et “caution de gauche” Salah El Ouadie. Instantanément, le PAM a subi la défection d’une huile locale qui lorgnait Safi, et qui s’y présente aujourd’hui sous les couleurs d’un autre parti, contre le PAM ! Du coup, la tension monte et le pauvre El Ouadie, tout “ami de l’ami du roi” soit-il, essuie des jets de pierre sur son cortège électoral. Bienvenue dans la vraie vie !

Quant au PND, un des cinq partis qui ont fusionné cet été pour former le PAM, il est – déjà – au cœur d’une déflagration : son leader Abdellah Kadiri, un des derniers dinosaures de l’ère Basri, ne trouve plus son compte dans la fusion. L’incident de Safi aidant, il a refait ses calculs, et compris qu’il avait lâché la proie pour l’ombre : une “boutique” qui tourne, avec son commerce d’investitures et ses subventions publiques rondelettes, contre la vague et lointaine perspective de participer à un “gouvernement royal” dirigé par El Himma en 2012. Du coup, Kadiri remet la fusion en question. Est-ce trop tard, légalement ? C’est une question d’interprétation légale. Voilà en tout cas le tout jeune PAM plongé dans un embrouillamini de règlements internes, d’accès controversé à des comptes bancaires (Kadiri réclame l’argent de son parti, auquel la fusion ne lui donne théoriquement plus droit)… Et voilà El Himma menacé de perdre 11 sur ses 34 députés – ou au moins, acculé à négocier la fidélité de chacun d’entre eux. Voilà, en bref, notre sordide marigot politique qui rattrape l’ami du roi. Finalement, le reproche principal qu’on fait à El Himma ne tient pas la route. Non, le député des Rhamna ne peut pas capitaliser sur son atout majeur (la proximité royale) pour tout résoudre. Tout compte fait, il part avec les mêmes chances que les autres, puisqu’il rencontre les mêmes problèmes qu’eux. Parce que, au final… il fait la même chose qu’eux : des petits calculs. L’ami du roi veut “moderniser” la vie politique ? Qu’il commence par adopter de nouvelles méthodes, et choisir des hommes nouveaux. C’est ce que son “Mouvement pour tous les démocrates”, carrefour de la société civile et des élites financières, avait laissé espérer. Mais depuis, il a changé de cap pour s’allier à de vieux barbons de la politique… et il est en train de sombrer dans le ridicule qui les a toujours caractérisés. Un bien mauvais départ, qui pourrait plomber toute la suite de l’aventure.

Bravo !
Ça n’a rien à voir avec ce qui précède, mais l’annulation, jeudi dernier par la Cour d’appel d’Agadir, de la peine du blogueur Mohamed Erraji, condamné à deux ans de prison 10 jours auparavant pour “manquement au respect dû au roi”, est une excellente nouvelle. On aurait préféré que le fond de l’affaire soit examiné et qu’Erraji soit officiellement innocenté, mais la Cour d’appel a préféré invalider le jugement de première instance pour vice de forme. Quoi qu’il en soit, Erraji est libre et hors de cause. Pour une fois que la justice prend une bonne décision dans une affaire de ce type, cela méritait un franc coup de chapeau. Dont acte.

 
 
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