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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Politique. La rentrée en questions

Après les vacances estivales, les élus
se préparent à une rentrée chargée.
(TNIOUNI)

En attendant la reprise des travaux du Parlement, la rentrée politique est déjà là. Législatives partielles, préparation des congrès de l’USFP et de l’Istiqlal, remous au sein et autour du PAM. Tout le monde s’agite en vue des communales de 2009.


Le mois d’août est synonyme de congés pour une grande partie de la classe politique. Jusqu’à ce que la sirène retentisse, sonnant la reprise du travail, aux alentours du 20 août, en même temps que le traditionnel discours royal. “Cette année, ramadan oblige, la machine a mis du
temps à se mettre en branle”, relève cet observateur. Les nominations et annonces royales ont d’abord pris tout le monde de court, avant le retour des partis dans la course, avec la campagne des législatives partielles du 19 et 21 septembre.

Bientôt un gouvernement El Fassi 2 ?
C’est la question-serpent de mer. À chaque rentrée, Rabat enfle de rumeurs de remaniement. Moins d’un an après la nomination du gouvernement El Fassi, c’est surtout dans les couloirs des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur que la tension est palpable : “De nouveaux ambassadeurs et gouverneurs pourraient être annoncés dans les prochaines semaines”, croit savoir ce familier de la technostructure rbatie. S’agissant du gouvernement, en revanche, c'est visibilité zéro. Du mouvement, il y en a déjà eu cet été. Le 20 août, le roi nommait Driss Dahhak au poste (stratégique) de secrétaire général du gouvernement et Abdelali Benamour à la tête du Conseil de la concurrence. Le point commun entre les deux nominations, d’après ce constitutionaliste : “La procédure institutionnelle n’a tout simplement pas été respectée. L’Etat fonctionne comme si le Premier ministre n’existait pas”. L’article 24 de la Constitution dispose en effet que “le Roi nomme le Premier ministre. Sur proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement”. Driss Dahhak, le nouveau membre du gouvernement, n’a jamais été proposé par Abbas El Fassi, et la dépêche officielle de la MAP ne s’en cache pas. Idem pour le choix de Abdelali Benamour. L’article 19 de la loi n° 06-99, sur la liberté des prix et de la concurrence, prévoit que “le président (du Conseil de la concurrence) est nommé par le Premier ministre”. Encore une fois, les prérogatives de Si Abbas ont été bafouées. Ce qui fait dire à ce politologue : “Tant qu’El Fassi se contente de si peu, son maintien à la tête du gouvernement est quasi assuré”. Jusqu’au prochain remaniement…

Une nouvelle direction pour l’Istiqlal et USFP ?
Le bureau politique de l’USFP, qui s’est réuni vendredi 5 septembre, a permis aux socialistes de parvenir à un accord sur la tenue de la “deuxième partie” de leur 8ème congrès. On s’en souvient, les travaux de cette grand-messe avaient été suspendus en juillet dernier, sans qu’un nouveau secrétaire général ne soit élu. Depuis, le mode de scrutin de liste a été abandonné, mais les mêmes noms circulent toujours. Pour ce militant usfpéiste, “la compétition va se jouer entre les mêmes figures : Radi, El Malki, Oualalou, voire Elyazghi”.

On prend les mêmes et on recommence
Un conseil national devrait annoncer, samedi 20 septembre, la date officielle de la tenue du congrès, même si la fin du mois d’octobre est déjà retenue. C’est la même période choisie par l’Istiqlal pour tenir son congrès, du 30 octobre au 2 novembre. Mais si la date est connue, l’issue reste encore certaine. À un mois et demi du congrès, aucun candidat ne s’est encore déclaré pour succéder à l’actuel secrétaire général, Abbas El Fassi, qui achève son deuxième (et en théorie dernier) mandat. La presse s’est empressée de parier sur un nouveau mandat d’El Fassi, ce qui passerait par un changement des statuts du parti. Pour ce proche du Premier ministre, rien n’est moins sûr. “À aucun moment Abbas El Fassi n’a exprimé le souhait de rester secrétaire général du parti”. Comprenez qu’il n’y a pas de consensus au sein de l’Istiqlal (notamment au sein du comité exécutif mais aussi dans le conseil de la présidence) pour prolonger le mandat d’El Fassi. Parmi les militants, tout le monde s’accorde sur les faibles chances des “jeunes loups” (Hejira, Ghellab). En tout cas, dans la grande famille istiqlalienne, l’autorité du chef ne peut être remise en cause : “Il n’est pas question de s’opposer à Abbas El Fassi. Il porte la responsabilité de diriger à la fois le parti et le gouvernement”, tranche ce membre du comité exécutif.

Qui veut la peau du PAM ?
Cet été, le tracteur de Si Fouad a écrasé l'accélérateur en rase campagne. Au moment où la presse hebdomadaire était en congé et les hommes politiques en “mode veille”, les compagnons de l’ex-ministre délégué à l’Intérieur ont lancé leur parti. Le 7 août 2008, un an, jour pour jour, après le communiqué laconique de la MAP annonçant la démission-surprise de Fouad Ali El Himma de ses responsabilités gouvernementales. Depuis, le projet de l’ami du roi a avancé. Sans surprise, le Parti authenticité et modernité (PAM) s’appuiera sur le groupe parlementaire du même nom et sur le Mouvement pour tous les démocrates (MTD), lancé en janvier dernier, tout en intégrant quelques petits partis : le Parti national démocrate (PND), Al Ahd, le Parti de l’environnement et du développement (PED), l’Alliance des libertés (ADL) et l’Initiative citoyenne pour le développement (ICD). “La question à laquelle n’a toujours pas répondu la création du PAM, c’est l’absence de programme politique, relève ce politologue. Dans un premier temps, le flou idéologique devrait permettre d’attirer un maximum de notables et d’opportunistes. Mais pour tenir la distance…”. Pour l’instant, les sorties du secrétaire général du parti, Hassan Benaddi, et de son porte-parole, Salah El Ouadie, ne donnent pas véritablement de contenu à la voie médiane, défendue par Fouad Ali El Himma dans une interview récente à TelQuel : “Puiser dans notre authenticité les ingrédients nécessaires pour évoluer vers la modernité. Le tout, harmonieusement”. Mais déjà, la machine s’enraye. Premier couac : le retrait-démission de Abdallah Kadiri, secrétaire général du PND, formation a priori absorbée par le PAM. L’homme se plaignait d’être marginalisé depuis le lancement du nouveau parti. Kadiri a bien été désigné secrétaire général-adjoint du PAM (comme tous les chefs des formations phagocytées), mais il réclamait davantage. Le choix des candidats du parti à Safi n’a rien arrangé. Au final, le colonel a été lâché par une majorité de “ses” élus, dont son adjointe Milouda Hazeb.

Le PJD va-t-il se radicaliser ?
“Le PAM est un lièvre”. La jolie métaphore de Abdelilah Benkirane, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement, vaut surtout si on garde en tête la morale de la fable : “Rien ne sert de courir, il faut partir à point”. Fort de son congrès réussi, d’une direction forte et unie, les islamistes du PJD voient le danger venu d’El Himma avec plus d’agacement que d’inquiétude. Premier terrain d’affrontement des deux partis : la circonscription Gueliz-Annakhil à Marrakech, où une législative partielle s’est déroulée le 19 septembre. C’est le candidat du PJD qui avait intenté le recours en annulation du scrutin du 7 septembre 2007. “L’invalidation d’une élection qui s’était déroulée dans un déni flagrant de la loi est déjà une première victoire pour le parti, explique ce militant. Pour transformer l’essai, nous espérons que le taux de participation sera élevé”. Sur le plan national, le PJD semble jouer la modération, comme si la nouvelle direction voulait montrer que la voie choisie est celle de la continuité. Même Mustapha Ramid, le tonitruant chef du groupe parlementaire, fait moins parler de lui. Seule voie discordante, Mokrî Abou Zaïd, il est vrai, en rupture de ban, qui s’est fendu cet été de déclarations tonitruantes sur l’armée algérienne. Les islamistes attendent d’en savoir plus sur les intentions de Fouad Ali El Himma, lui qui n’a cessé de les attaquer depuis un an. Récemment, dans une interview accordée à TelQuel, l'ex-numéro 2 du régime estimait que “la très grande majorité des Marocains ne se reconnaissent pas dans le projet du PJD”.

À quoi sert le Parlement ?
À la clôture, fin juillet, de la session de printemps du Parlement, la commission d’enquête sur les évènements de Sidi Ifni n’avait pas rendu ses conclusions sur les circonstances de la brutale intervention de la police dans le port du sud. “En créant une commission d’enquête sans lui assigner de deadline, on cherchait à noyer le poisson”, tonne ce militant associatif. Dès la rentrée parlementaire, les résultats de la commission risquent d’être vite éclipsés par l’étude des textes de loi en souffrance, notamment la Loi de Finances. Autre texte qui devrait beaucoup occuper nos parlementaires, la nouvelle charte communale. Mardi 16 septembre, les députés membres de la commission de l'intérieur, de la décentralisation et des infrastructures ont dû interrompre leur coma digestif post-ftour. Les élus étaient invités à étudier le projet de réforme de la charte communale, présenté par Chakib Benmoussa. Dans les salons de la Chambre des représentants, l’ambiance était lourde, et les vapeurs de harira ne sont pas les seules à blâmer. En cause, le projet du ministre. Le président du groupe de l’USFP, Ahmed Zaïdi, déplore que le débat sur ladite charte précède la discussion, à peine entamée, du Code électoral, une demande constante de la classe politique. Sur la charte communale, Zaïdi préconise l’élection du président du conseil municipal au suffrage universel, pour éviter la corruption et les achats de voix des grands électeurs. Un amendement qui devrait faire l’unanimité.



Législatives partielles.
Eclats de campagne


Après l’invalidation par le Conseil constitutionnel de l’élection de sept députés, les électeurs sont appelés aux urnes pour des législatives partielles, les 19 et 21 septembre. Les sièges à pourvoir sont dans les circonscriptions de Safi-sud (4 sièges), Marrakech Gueliz-Annakhil (1 siège), Tiznit (1 siège) et Mohammedia (1 siège). Dans la circonscription de Gueliz-Annakhil, le député sortant veut récupérer le siège invalidé. Ould Laâroussia (UC) est un symbole de la ville, mais il aura fort à faire face à El Habib Belkouch, candidat du PAM, et l’avocat Younès Benslimane (PJD). Les autres partis semblent avoir lâché l’affaire en avançant des candidats moins connus : Driss Abou Al Fadl (USFP) et Abdelouahed Etalibi (Istiqlal). Dimanche soir, au cinéma Rif du quartier Daoudiate, “Si Fouad” himself a fait le show parmi les stars locales : Ahmed El Bahja, Hassan Joundy, Hasna Benhassi, Ferkouss… Mais c’est à Safi que l’enjeu est le plus important, puisque quatre sièges sont à pourvoir. Pour le PAM, c’est un gros morceau. D’ailleurs, sa liste est menée par le porte-parole du parti et membre de la HACA, Salah El Ouadie. Avant même la fin de la campagne, ses rivaux dénonçaient l’utilisation de moyens de l’Etat. Des manifestants ont même contraint Fouad Ali El Himma, venu soutenir son ami, à se réfugier dans une maison. Pour rappel, El Ouadie avait échoué en 2002, sous la bannière PSU. À Tiznit, le PPS, qui est à la tête du conseil municipal, espère prendre le siège vacant à la Chambre des représentants, en présentant Abdallah Ouagag, président de la commune d’Aglou. Les résultats sont attendus samedi. Lundi 21, c’est un septième siège qui sera mis en jeu à Mohammedia.

 
 
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