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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Maati Kabbal

Parution. Mes amours, mes amis et moi

Abla Ababou
(DR)

Bonne surprise, marocaine, de la rentrée littéraire 2008. Abla Ababou signe un premier roman dans l’air du temps, nourri de tranches de vie entre tribulations sexuelles et quête du grand amour.


À chaque rentrée littéraire, le rituel est le même. On nourrit l’espoir de voir figurer un nom marocain sur le catalogue des nouveautés ou de voir apparaître de nouvelles plumes susceptibles d’en prendre la relève. Les rares romancières marocaines qui ont eu la chance d’être publiées
en France n’ont, hélas, jamais été d’une fécondité régulière. Au rythme d’une apparition tous les trois-quatre ans, on est loin des romancières algériennes (pour ne parler que de celles du Maghreb), présentes tous les ans dans le catalogue des éditeurs français. Côté Marocaines, la rentrée littéraire 2008 n’est donc guère folichonne. Mais Coup de lune, premier roman et coup d’essai réussi pour Abla Ababou, sauve l’honneur.

Tout feu tout femme
Les thèmes de l’amour exalté et impossible, du corps jouisseur, de l’amitié, de la fragilité sont légion dans le roman marocain d’expression féminine ; le mérite de Coup de lune est d’avoir apporté une note singulière au traitement de l’aveu de la chair. Loin des histoires à la Sex & the City, Abla Ababou livre un aveu sans fioriture sur les tribulations sexuelles de l’héroïne, Myriam, éprise, mais constamment à la recherche de l’amour impossible. Elle multiplie les amants, passant de Charles-Henry, le “french lover”, son aîné de trente ans, à Alain, l’amant solitaire, ou à Karim, “l’intellectuel en vogue”, mais elle reste “fidèle” à Aziz dont elle ressasse l’image et le souvenir jusqu’à l’obsession. Bien qu’il soit marié, qu’il la trompe ou qu’il la maltraite, elle accepte tout de lui. “D’aventure en aventure, le ressort de mon rêve de grand amour menaçait de rompre. Seul Aziz avait su trouver grâce à mes yeux”, confie l’héroïne. Inconsolée de cet amour impossible, elle reste également inconsolable de la mort de son père avec lequel, et bien que ne l’ayant pas trop connu, elle entretenait une relation fusionnelle. “Papa était parti, sans prévenir. Je l’attendais pour les scènes suivantes. Celles où je lui dirais ‘je t’aime’, la tête blottie contre son épaule”. Autour du père, s’agence la vie d’une famille à l’arborescence enchevêtrée, que Myriam feuillette ou plutôt effeuille devant nous, comme pour s’en détacher, marquer sa solitude, son étrangeté. Pour oublier, elle se rabat sur son boulot de journaliste, sur ses amis Moha et Ghita, ses amants occasionnels, mais il suffit que Aziz s’annonce, par un texto ou lui téléphone, pour qu’elle se mette en transe. Une femme-flamme : voilà ce qu’est Myriam.

Hymne à l’amitié
Ce premier roman, construit avec des tranches de vie parfois vives, parfois ternes, peut parfaitement s’apparenter à ce que l’on appelle le “roman d’aveu” en vogue aujourd’hui, notamment en France. Le dernier ouvrage de Christine Angot, Le marché des amants, dans lequel elle revient sur ses aventures avec le rappeur Doc Gyneco, ou Jours de souffrance de Catherine Millet, en sont d’illustres exemples. Coup de lune ne se réduit pas cependant à une histoire de sexe d’une midinette paumée, il s’agit plutôt d’un récit écrit avec un corps plein de verve, dépensier, généreux et d’un hymne à l’amitié. Moha et Ghita sont pour Myriam des garde-fous, lui évitant bévues et défaillances. Se dégage de la tonalité générale du roman comme une complainte en sourdine, un murmure qui nous rapproche des cris étouffés, des coups exaltés d’une amoureuse esseulée, portée par son désir et sa volonté de faire le deuil d’un amour malade, de devenir femme. Mais la route est longue et, arrivée au milieu du carrefour, elle fait ce constat : “Que de faux pas, que de questions et de remises en cause. Ce théâtre bruyant dans ma tête m’avait épuisée, mais ça valait le coup d’y croire encore. Trop de comédiens se bousculaient sur la scène, tous masqués et façonnés au gré du public…”

Abla Ababou, Coup de lune ; éditions du Rocher, 220 pp.

 
 
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