Le roi, les médias, et lui
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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Quon le sache, la philosophie de Abbas tient en une seule idée : le roi ne peut pas avoir tort.
Abbas El Fassi refait surface ! Sous le titre Le roi, les Marocains et moi, Jeune Afrique a publié cette semaine une longue interview de notre inénarrable Premier ministre, la première quil accorde à la presse écrite depuis sa nomination. Cela méritait lecture et analyse.
Le roi et lui, donc. Interrogé sur les atteintes répétées à ses
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prérogatives par le Palais, El Fassi a répondu : Sa Majesté respecte la Constitution à la lettre, particulièrement en ce qui concerne les prérogatives du Premier ministre. Il sait pourtant bien que cest faux. Pas plus tard que le mois dernier, le Premier ministre quil est était carrément hors sujet dans les nominations royales de Driss Dahhak (Secrétariat général du gouvernement), et de Abdelali Benamour (Conseil de la concurrence). Constitutionnellement et légalement, il était pourtant censé être au premier plan. Abbas, bien sûr, na pas pipé mot. Pas plus quil navait protesté quand le conseiller royal Abdelaziz Meziane Belfqih lui avait remis, il y a un an, la liste dun gouvernement décidé au dessus de sa tête. Abbas, là-dessus, na pourtant pas hésité à déclarer à Jeune Afrique : tout est passé par moi. Cest atterrant ! Un homme politique qui connaît un minimum son métier sait que face à une question gênante, on esquive, on biaise, on recadre. Lui sest contenté de nier bêtement lévidence. Comment peut-il demander quon le respecte, après ça ?
Abbas a aussi déclaré : Sa Majesté a le dernier mot sur la constitution de la coalition gouvernementale. Cest une énormité, quaucun texte ne peut justifier. Le roi du Maroc est censé être un arbitre neutre, au-dessus du jeu politique. Constitutionnellement, la question des alliances politiques nest absolument pas de son ressort, mais bel et bien de celui du Premier ministre. Sauf quand il sappelle Abbas El Fassi, et quil a abdiqué davance sur toutes ses prérogatives, trop content dêtre là où il est ! Quon le sache, la philosophie de Abbas tient en une seule idée : Le roi ne peut pas avoir tort. Point à la ligne.
Le pompon, sur cette partie de linterview, cest cette incroyable formulation, signée Abbas : Les échanges téléphoniques entre le roi et moi sont réguliers, et il arrive quil me reçoive. Dabord, il serait intéressant de connaître le rythme de ces échanges réguliers. Ensuite, et surtout
il arrive que le roi reçoive son Premier ministre !! Pour un peu, ce dernier ajouterait
quand il se souvient de mon existence !!! De mémoire de Marocain, on na jamais entendu un aveu dimpuissance aussi pathétique ! Le roi et lui, ou la dialectique du maître et de lesclave
Quant à la partie les Marocains et lui de linterview, elle vaut également le détour. À la question les critiques de la presse vous touchent-elles ?, Abbas a répondu sans vergogne : Je ne les lis plus et je nen tiens pas compte. Voilà donc un Premier ministre qui se dit fier dignorer les médias, cest-à-dire
la voix de ce peuple quil est censé représenter. Bravo ! Ignorer les médias, il est vrai, est chez lui une vieille habitude. Quand il était ambassadeur du Maroc à Paris, au plus fort des tensions entre la France et le Maroc (cétait lépoque de Notre ami le roi), Abbas recevait sans cesse des revues de la presse française, foisonnant daccusations de toutes sortes contre son pays et son roi. Savez-vous ce quil en faisait ? Il les passait au broyeur ! Authentique !!
Vers la fin de linterview, Jeune Afrique a interrogé Abbas El Fassi sur sa journée-type. Après avoir déroulé son agenda de la journée, il a déclaré ceci : après le dîner (
) je réfléchis sur ce qui va et ce qui ne va pas au Maroc. Dans ce qui va, il y a, nen doutons pas une seconde, la monarchie et tout ce qui va avec. Quant à ce qui ne va pas, on ne sait pas trop ce que Abbas y inclut. Si ça ne tenait quà nous, on ny mettrait quune chose : vous, M. le Premier ministre !! |