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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

“Je peux arrêter la clope, pas le cinéma”

Driss Chouika, cinéaste
(DR)

Antécédents

1953. Voit le jour à Kelaât Sraghna.
1980. Obtient sa licence en économie à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech.
81-89. Devient enseignant de mathématiques (2ème cycle du secondaire) à Casablanca.
1989. Lance le magazine culturel Vision 90.
1994. Crée l’émission Zawaya (TVM) dédiée au cinéma.
1999. Réalise son premier film, Mabrouk.
2008. Prépare un troisième long, Destins croisés.

Smyet Bak ?
Chafai Ben Ahmed.

Ben Ahmed, comme la ville ?
Oui, c’est ça. Chez les Chouika, on est aâroubi de père en fils. Ou bikheer, fiers de l’être. Nos lieux de naissance, les noms que l’on porte, tout cela fait de nous des aâroubis. Ce n’est pas un problème.

Tant mieux, Si Chouika. Smyet Mok ?
Rkia Ben Salah.

Comme la ville ?
Vous n’allez pas recommencer !

Nimirou d’la carte ?
Passons, svp, je n’ai pas le temps, l’appel au ftour est dans quelques minutes.

Vos amis disent : “On a demandé à Ba Driss d’arrêter le cinéma, au lieu de cela il a arrêté la cigarette”. Vous allez suivre, un jour, leur précieux conseil ?
Non, je ne crois pas. Puisqu’il fallait absolument arrêter quelque chose, j’ai choisi la clope.

Votre premier film (Mabrouk) était dédié à un âne, le deuxième à un couple (Le jeu de l’amour). Vous êtes bien le seul à passer invariablement du couple à l’âne. Comment faites-vous ?
Je fais du cinéma, tout simplement. Il est certainement plus facile de travailler avec un couple qu’avec un âne. Vous devez vous en douter, non ?

Mmmm… Vous avez vécu à Kelaât Sraghna, Marrakech, Rabat, Casablanca, etc. Vous avez fait la fac, étudié l’éco, enseigné les maths, créé une revue, lancé un magazine de cinéma à la télévision, tourné des téléfilms, avant d’échouer au cinéma. C’est le hasard ?
Je ne crois pas au hasard. Le cinéma, dans ma vie, ce n’est pas un accident. Jeune, déjà, je militais au sein de la Fédération des cinéclubs. Je suis un cinéphile à la base, un vrai. Je l’ai toujours été.

L’expression “cinéaste de gauche” a-t-elle un sens pour vous ?
Aucun. Je ne crois pas non plus aux classifications films d’auteur, films commerciaux, etc. Un film est commercial à partir du moment où il marche en salle, pas avant. Le cinéma d’auteur est une notion beaucoup plus large que ce que l’on peut croire. Voilà.

Vous préparez actuellement un nouveau film (Destins croisés). Sera-t-il dans la veine intimiste du Jeu de l’amour, ou plutôt mabroukien, pour revenir à notre ami le quadrupède ?
(Rires) Non, non, mon nouveau film sera plus proche du Jeu de l’amour. Vous êtes rassuré ?

Un peu, oui. Vous êtes du genre à militer au cinéma plutôt que dans la vie ?
Encore une fois, non. j’ai longtemps été un sympathisant de gauche. J’aime ses idéaux, ses hommes.

Vous avez voté en 2007 ?
Oui, j’ai voté entre l’USFP et le PPS, deux partis de gauche.

Entre l’USFP et le PPS ? Que peut-il bien y avoir entre les deux ?
Ecoutez, j’ai voté pour l’USFP. Mais cela aurait pu être pour le PPS, voilà.

Et pour les locales de 2009, vous allez, comme d’autres anciens camarades de gauche, voter pour le PAM de Si Fouad, ce tracteur qui a dévasté toute la région de Kelaât Sraghna ?
Je ne sais pas ce que je vais faire en 2009. Pour revenir à Fouad Ali El Himma, disons que c’est un voisin de naissance. On vient des mêmes patelins, pas loin d’une certaine base américaine.

Vous aimez les Américains ?
J’aime leur cinéma, oui. Il m’a fait rêver quand j’étais petit.

Votre voix est lointaine. Vous êtes enfoui sous un tapis-lit, en attendant le ftour ?
Je suis un peu fatigué, c’est tout. Le ramadan ralentit quelque peu mon rythme de travail, les gens sont excessivement irritables.

Désolé, Si Driss, on revient à la première question : quand est-ce que vous allez suivre les conseils de vos amis qui vous poussent à arrêter le cinéma, plutôt que la cigarette ?
(Rires) Je crois que mes amis m’aiment bien, c’est pour cela qu’ils me taquinent. Ils savent que j’étais un gros fumeur… Dans tous les cas, je ne vais pas suivre leurs conseils, ni les vôtres d’ailleurs. Merci pour l’interrogatoire, c’était un peu plus dur que prévu. Et…c’est l’heure du ftour, salut.

 
 
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