|
Par Wafaa Lrhezzioui
Diplomatie. Lespion de sa Majesté
Laffaire du Policier de Rotterdam, commissaire néerlandais dorigine marocaine, accusé despionnage en faveur de Rabat, inquiète limportante communauté marocaine des Pays-Bas.
Redouane Lemhaouli n'a rien d'un James Bond. À 38 ans, dont près de la moitié dans les rangs de la police, ce Néerlandais dorigine marocaine symbolisait lintégration réussie. Dans la ville portuaire de Rotterdam, il formait aussi de jeunes immigrés marocains pour intégrer le staff de laéroport. Et pourtant. celui qui se faisait appeler Ré serait un espion au service du royaume chérifien. Cest ce qua avancé, il y a près de quinze jours, la télévision publique hollandaise.
|
|
Tout commence le 15 septembre, la très populaire émission Nova relatait lhistoire, étouffée par les autorités, de ce commissaire renvoyé en juillet dernier pour manquement grave à ses devoirs, soupçonné davoir livré des informations confidentielles aux services secrets marocains et il ne serait pas le seul . Dautres fonctionnaires de police ont affirmé aux médias locaux avoir été également approchés par les services marocains. C'est le cas de Fouad El Haji, aujourd'hui conseiller municipal du Parti travailliste à Rotterdam, qui a confié avoir été sollicité, à son tour, par les services secrets marocains. Selon lui, des parlementaires et des élus locaux sont régulièrement contactés dans le même sens. Et certains auraient même accepté loffre, déclare-t-il, sans donner de noms.
Un choc pour les MRE
Cette révélation a été un choc pour la communauté marocaine. Avec le nouveau règne de Mohammed VI, louverture du dossier des années de plomb, on ne croyait plus au contrôle policier des MRE. On imaginait plus le Maroc en train dembaucher des gens pour vérifier les secrets de ce pays, analyse Jamal Ryane, militant associatif aux Pays-Bas. Sur fond de tensions raciales et religieuses, linquiétude saccentue chez les quelque 300 000 ressortissants marocains à mesure que la polémique enfle. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, a été interpellé au Parlement quelques jours plus tard sur le sujet. Il a confirmé le licenciement de Lemhaouli, ajoutant que des explications ont été demandées au Maroc et que, en réponse, deux diplomates en poste à lAmbassade de La Haye ont été rappelés il y a des mois par le gouvernement marocain. Mais le Parlement néerlandais ne sen satisfait pas, réclamant davantage de détails sur lenquête toujours en cours, pour déterminer l'identité des personnalités concernées et les informations transmises à Rabat. Pour calmer le jeu, le ministre des Affaires étrangères néerlandais déclare donner une importance particulièrement grande à cette affaire. Les couloirs de lONU ont dû lui donner lopportunité de sentretenir avec son homologue Taïb Fassi Fihri, en marge de lAssemblée générale des Nations Unies, pour préparer le débat à lAssemblée nationale néerlandaise prévu dans les jours à venir. Du côté marocain, laffaire ne semble pas prendre autant denvergure au sein du gouvernement. Une rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères ou le rappel des diplomates restent des questions techniques sans commentaires pour Khalid Naciri, le porte-parole du gouvernement.
Du pain bénit pour lextrême droite
Laffaire du policier va compliquer la vie de la communauté marocaine. Elle va être utilisée par les partis politiques pour faire passer la proposition de loi interdisant la double nationalité, prédit Jamal Ryane. La polémique est en effet du pain bénit pour lextrême droite locale. Le leader populiste, Geert Wilders, a affirmé, avant ces révélations, que la double nationalité des hauts fonctionnaires et de certains membres du gouvernement d'origine étrangère pouvait poser des problèmes de loyauté. Car nombre de néerlandais dorigine marocaine ont accédé à des responsabilités administratives ou politiques. Ahmed Aboutaleb, secrétaire dEtat à la Justice, possède par exemple un passeport rouge et un passeport vert. Quatre députés ont également une ascendance marocaine. Le Parti travailliste avait dailleurs débattu de la compatibilité du mandat de Khadija Arib, députée néerlandaise, avec son rôle de membre du CCDH, dépendant de lEtat marocain. Le texte, proposé par lextrême droite au printemps, est actuellement dans le circuit législatif et devrait être voté avant la fin de lannée. Lobjectif des élections européennes, en juin 2009, participe à la surenchère du leader populiste. De quoi dégrader davantage les relations entre le Maroc et les Pays-Bas. |
|