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Par Ayla Mrabet
Sport. Running woman
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On ne change pas une équipe qui
gagne : Sanae refuserait presque
dêtre prise en photo sans
son entraîneur.
(AM/TELQUEL)
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Jeune femme timide au sourire inamovible, Sanae Benhama est surtout la triple médaillée dor marocaine aux Jeux paralympiques de Pékin. Rencontre.
Khémisset, un après-midi de ramadan. Sous une chaleur étouffante, des chauffeurs de grands taxis s'appuient sur un mur, dans l'attente d'hypothétiques clients, quelques femmes parlent baghrir et meloui, pendant que des enfants jouent au ballon dans la rue poussiéreuse. Toutes ces têtes se retournent au passage dune silhouette élancée, |
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drapée de vert et de rouge. C'est Sanae Benhama, fièrement nippée du survêtement de léquipe nationale. Lathlète glane les sourires, avant de les rendre. Cest que, comme dans la pub, elle le vaut bien : lors des derniers Jeux paralympiques de Pékin, la fille de Khémisset a aligné les médailles d'or au 200 m, puis au 400 m et au 100 m, pulvérisant les records de sa catégorie. Excusez du peu !
Depuis sa consécration chinoise, Sanae est devenue l'héroïne de la région. Mais cela n'entame en rien sa timidité presque maladive. Cachée derrière ses lunettes, la jeune fille de 26 ans parle peu et sourit beaucoup. Accompagnée de son entraîneur et mentor, Abdelali Fikri, elle raconte son bonheur dêtre rentrée avec des médailles d'or, insiste pour dire qu'elle le doit aux précieux conseils de son coach
Le seul en qui jai confiance et le seul capable de morienter, répète-t-elle. Une relation quasi paternelle lie les deux personnes, depuis qu'elles se sont rencontrées sur les pistes. Atteinte de quasi-cécité, Sanae abandonne ses études à l'âge de 19 ans, sans avoir réussi à décrocher son bac. Elle a toutefois eu le temps de prendre goût au sport, surtout l'athlétisme. Jai rejoint léquipe des FAR un peu par hasard, raconte-t-elle. Abdelali ma directement prise sous son aile. En plus de croire en moi, il est le meilleur dans son domaine. La jeune femme quitte sa ville natale pour le Centre sportif de Salé, où elle est prise en charge par une équipe de médecins et de professionnels. Elle y rencontre celui qui deviendra son fiancé, également sportif. Cest sa seconde famille, assure son entraîneur. Des gens humbles et serviables qui lont aidée à se surpasser.
Objectif : Londres 2012
Dans la maison familiale, repérable grâce aux drapeaux marocains accrochés aux fenêtres, toute la famille suit, sur une chaîne arabe, un reportage dédié aux médaillés marocains durant les Jeux paralympiques. Les commentaires fusent. Tiens, tu es là ! Tu as vu Sanae ? Tu es là !. La petite, cest moi qui lui ai noué ce drapeau sur les épaules à son retour, clame la mère. Sanae répond avec son sourire gêné, et quelques discrètes illades lancées à son entraîneur
qui n'a pu l'accompagner dans son épopée pékinoise. Jai suivi ses tactiques et ses conseils par téléphone, raconte-t-elle. Avant les jeux de Pékin, une tendinite a empêché Sanae de sentraîner durant quatre mois. Pour éviter des complications, nous avons décidé de ne pas participer au saut en longueur, explique-t-il, avouant être surpris par les performances de sa protégée. Comme à son habitude, la jeune fille na rien à ajouter au discours de son entraîneur. Ou peut-être une anecdote vécue sur place. Au cours de la demi-finale du 100 m, sous la pluie, un photographe qui me suivait a glissé et il est tombé !, lance-t-elle avec un rire d'enfant. Abdelali Fikri la ramène un peu sur terre, s'interrogeant : pourquoi les athlètes dits valides sont mieux rémunérés que les vainqueurs des jeux paralympiques ?. Ils honorent le même drapeau. Au nom de quoi une médaille dor de Sanae ne vaut que le quart de la médaille de bronze dun valide !, tempête-t-il. La mère de la championne interrompt son plaidoyer : un ami ftaliane appelle pour la féliciter. Encore un petit sourire gêné, et le bonheur reprend le dessus. Ils savourent, mais Sanae et Abdelali pensent déjà aux courses à venir. Objectif 2010 et les championnats du monde en Nouvelle-Zélande. Et se préparer pour le 800 m à Londres, en 2012. Bon courage, championne. |
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