Audiovisuel. Les fatwas de la HACA
Omar Raddad : "Un Rifain n'abandonne jamais"
Diplomatie. L'espion de sa Majesté
Sport. Running woman
Humeur. Jamais sans ma voiture
Reportage. Dima dima Derb Ghallef
Caucase. Le réveil de l'Ours
Publicité. Réclame ramadanesque
Livre. Le monde selon Choukri
Parution. Mes amours, mes amis et moi
Driss Roukhe. Un héros si discret
N° 340
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est



La semaine

Habib Belkouch avec
Fouad Ali El Himma, en
plein campagne électorale.
(TNIOUNI)

Elections partielles. Le PAM fait pschiiit

Annoncé comme un ogre électoral, le Parti authenticité et modernité (PAM) est sorti affamé des scrutins législatifs partiels des 19 et 21 septembre. La liste de Safi, menée par Salah El Ouadie, ne s’est classée que 7ème. À Marrakech, le candidat du PAM, Habib Belkouch, a échoué face à l’Union constitutionnelle Ould Laâroussia, tandis que son acolyte Abderrahim Zidani a hérité d’une troisième place à Mohammedia. L’ex de l’Alliance des libertés, passé sous les couleurs du PAM, Saïd Benmbarek, a été le seul à sauver les meubles à Tiznit, profitant de son
statut d’élu sortant bien ancré localement. C’est que les électeurs n’ont pas été convaincus par des candidats inconnus d’eux, malgré la prose du Matin du Sahara dressant un portrait-robot d’El Himma comme proche du citoyen lambda : “Il incarne la bonhomie proverbiale des profondeurs marocaines (…) et surtout cette silhouette anonyme de Marocain moyen”. Malgré son échec, Authenticité et modernité s’est fendu d’un communiqué où il considère que le PAM est sorti victorieux de cette épreuve en récoltant le plus grand nombre de suffrages. Sans toutefois mentionner que le plus gros de la moisson est le fait de Saïd Benmbarek avec plus de 25 000 voix, additionnées aux 6139 de Habib Belkouch et aux 3500 de Abderrahim Zidani. Accusé d’être le chouchou de l’administration, le parti d’El Himma s’est plaint à son tour de pratiques “illégales” et de la “passivité” de certains responsables face à la fraude. Le PAM est un “parti normal”, selon les propres termes de son secrétaire général, Hassan Benaddi. Une formation qui devra passer par des “ajustements” nécessaires en vue des communales de 2009.


Jean-Pierre Tuquoi. Escale au Maroc

Les relations se seraient-elles apaisées entre le journaliste du quotidien français Le Monde et les autorités marocaines ? Possible... Arrivé mardi soir à l’aéroport Mohammed V en provenance de Paris, Jean-Pierre Tuquoi y a fait une escale de trois heures sans être inquiété, avant de prendre son avion pour Nouakchott. Pour rappel, le journaliste n’avait plus remis les pieds au Maroc depuis la parution en 2006, chez Albin Michel de son brûlot Majesté, je dois beaucoup à votre père. D’après un des ses proches, “il a essayé plusieurs fois dans le passé de revenir au Maroc, mais on lui a à chaque fois clairement signifié qu’il n’était pas le bienvenu”.


Ramadan. Coups indigestes

D’après nos confrères du quotidien arabophone Al Ahdath Al Maghribia, un homme d’une cinquantaine d’années s’est vu ruer de coups à Fès par des passants et des commerçants, pour avoir bu de l’eau dans la rue avant le ftour. L’homme n’était pas au bout de ses peines. Ses agresseurs l’ont ensuite tiré jusqu’au poste de police le plus proche où les hommes en uniforme n’ont rien trouvé de mieux que de le mettre en cellule. Notre “oukale ramdane” a été libéré quelques heures plus tard lorsque sa famille a présenté aux policiers des documents médicaux attestant que l’homme était diabétique. Il était donc dispensé de jeûne.


Smara. La cité des cocktails

Des hommes cagoulés ont lancé dans la nuit de dimanche 21 septembre des cocktails Molotov sur un véhicule de la police dans les rues de Smara, faisant trois blessés légers. En réaction, d’après la MAP, “les services de police ont procédé à des opérations de ratissage de grande envergure en vue d’identifier et d’arrêter les malfaiteurs”. Dans la foulée, le chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, en a profité pour servir sa soupe habituelle au secrétaire général de l’ONU. Il a envoyé un message à Ban Ki-moon où il condamne “l’état de siège” de Smara qui, selon Abdelaziz, est “renforcé par un dispositif sécuritaire répressif dont sont victimes des citoyens innocents”.


Prostitution. Rafle au Rif

Crise de fréquentation oblige, les salles obscures sont parfois recyclées en hôtels de passe. 14 personnes, dont 10 prostituées et 3 clients, ont été arrêtées au cinéma Rif de Casablanca, au cours d’une descente de police le mercredi 24 septembre. Suite aux plaintes des riverains, les forces de l’ordre ont embarqué des professionnelles du sexe en attente du micheton dans le hall du Rif, ainsi que 3 autres en compagnie de leurs clients à l’intérieur de la salle. La caissière a rejoint ce beau monde dans l’estafette de police, direction le commissariat du 4ème arrondissement où, après vérification d’identité, elle s’est révélée être l’épouse d’un caïd.


Corruption. Cherchez l’erreur

D’après la très officielle MAP, Peter Eigen, président de Transparency International, aurait salué les efforts consentis par le Maroc dans sa lutte contre la corruption lors d’un déplacement à Tunis. Une information étonnante, compte tenu du fait que l’Indice de perception de la corruption (IPC) qui vient d’être rendu public par l’ONG, indique une régression évidente du Maroc : 72ème l’année dernière, il est désormais classé 80ème sur 180 pays. “Peter Eigen connaît très bien la situation au Maroc. Je doute fort qu’il ait tenu de tels propos. Il a sans doute voulu parler de la société civile marocaine, qui est un exemple pour les pays africains et en l’occurrence la Tunisie”, nous a déclaré Rachid Filali Meknassi, secrétaire général de Transparency Maroc.



3 questions à Abdellah Rami
[Chercheur, spécialiste des mouvements islamistes]


Hassan Al Haski, le cerveau présumé des attentats de Casablanca et de Madrid, sera remis temporairement aux autorités marocaines par la justice espagnole. Que savons-nous de cet homme ?
Né à Agadir, il a quitté le Maroc à l’âge de 18 ans pour s’installer en Belgique. Il a poursuivi des études religieuses en Syrie où il a épousé une Syrienne. Il est considéré comme le numéro 2 du conseil dirigeant du GICM (Groupement islamique combattant marocain). Certaines sources le présentent comme le responsable du recrutement des membres de ce mouvement en Europe.

Quels sont les liens entre les cellules actives en Europe et les jihadistes marocains ?
L’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak a produit un effet de solidarité entre les différents groupes jihadistes dans le monde. Les projets locaux propres à chaque groupe se sont effacés au profit d’une politique de soutien mutuel. Ce soutien est financier, logistique et médiatique. Les jihadistes marocains, à l’intérieur du pays et à l’étranger, font partie de cette grande dynamique.

Comment peut-on qualifier la collaboration entre les autorités marocaines et espagnoles sur cette question ?
Cette collaboration est le résultat d’un souci commun : les responsables des attentats de Madrid sont, dans leur majorité, originaires du Maroc. Les deux pays partagent une inquiétude commune quant à la propagation d’une pensée radicale chez les Marocains résidants en Espagne.


Esclavage moderne. La Zoubida a gagné

Une jeune marocaine a obtenu 78 000 euros de dédommagements pour avoir été exploitée par un compatriote résidant en France. Esclave de l’homme, de sa femme, mais aussi de sa sœur, la jeune femme s’était fait confisquer son passeport dès son arrivée sur le territoire français. Elle travaillait jusqu’à 17 heures par jour : tâches ménagères, nettoyage des locaux du Conseil général de l’Essonne (Région parisienne) à la place de Aziza. Pour tout ce labeur, elle n’a touché que 150 euros en deux ans, envoyés à sa famille. Les trois accusés ont été condamnés à la prison pour esclavage moderne. Zoubida n’a désormais qu’un seul souhait : partir en vacances au Maroc.


Amazighs. Dgharni non grata en Algérie

Les organisateurs d’une conférence de presse du Congrès mondial amazigh ont eu une sacrée surprise lundi 22 septembre à Tizi Ouzou. Des policiers algériens ont débarqué dans la salle où se tenait l’évènement, demandant aux quatre Marocains présents de les suivre au commissariat. “Une fois au poste, où nous avons été rejoints par tous les autres participants, nous avons eu droit à un interrogatoire en bonne et due forme”, nous a expliqué un des interpellés, le trublion Ahmed Dgharni. La veille de son interpellation, le leader amazigh s’est aussi vu confisquer son passeport par les autorités algériennes.


Pêche illégale. L’ONA pointé du doigt

Le Syndicat national des officiers et marins de la pêche hauturière a envoyé au ministre de la Pêche, Aziz Akhannouch, une lettre dénonçant les pratiques illégales de la société MARONA, filiale du holding royal. “À plusieurs reprises durant le mois de septembre, les bateaux de MARONA ont pêché clandestinement dans les eaux territoriales mauritaniennes, mettant ainsi en danger la vie de ses marins”, nous a expliqué le secrétaire général du Syndicat, Abderrahman Yazidi. Celui-ci demande à Akhannouch “l’ouverture d’une enquête et des sanctions” contre la filiale de l’ONA. Contactés par TelQuel, les responsables de MARONA sont restés injoignables.


Affaire Yacoubi. C’est de la balle

Tarik Mouhib, l’agent de la circulation qui s’est fait tirer dessus par Hassan Yacoubi, mari de Lalla Aïcha, vient de subir une opération chirurgicale qui a duré quatre longues heures. Le jeune policier âgé de 31 ans, qui officiait depuis sept années à l’arrondissement Casa-Anfa, devrait repasser sur le billard, pour se faire extraire les derniers fragments de balle encore incrustés dans sa cuisse. Joint au téléphone, Tarik Mouhib nous a déclaré qu’aucune action en justice n’a été entamée pour l’instant. “Je ne peux pas déposer plainte moi-même, c’est à l’administration (Ndlr, la Direction générale de la sûreté nationale) de prendre contact avec un avocat et de décider des suites à donner à l’affaire. Pour l’instant, je n’ai rien vu venir”. Selon la version officielle, Hassan Yacoubi est toujours hospitalisé au centre psychiatrique Errazi à Salé, où il est suivi pour troubles mentaux. Il serait sous étroite surveillance. Ou protection ?


UNESCO. Le Maroc se couche

“Bien sûr que ça me fait quelque chose. Mais ce n’est pas moi qui ai pris la décision, c’est le pays”, déclare Aziza Bennani lorsqu’on lui demande pourquoi sa candidature à la direction générale de l’UNESCO a été retirée. L’annonce est tombée dans la soirée du mardi 23 septembre. Officiellement, les gouvernements marocain et égyptien auraient pris conjointement cette décision, en vue “d’optimiser les chances d’une candidature arabe à cet important poste international”. Il y a deux mois, Aziza Bennani affirmait que ses chances pour rafler le poste devant Farouk Hosni, ex-ministre de la Culture égyptien, étaient énormes. Aujourd’hui, elle joue le rôle de supportrice malgré elle : “Le candidat égyptien a encore un long parcours devant lui. Il va devoir convaincre.”


Maghrawi. Dans l’œil du cyclone

Après un silence radio de trois semaines, le Conseil supérieur des oulémas a dénoncé la fatwa émise par le président de l’Association pour l’appel au Coran et à la Sunna, où il autorisait le mariage d’une jeune fille de neuf ans. Actuellement en Arabie Saoudite, Maghrawi sent plus que jamais le couperet se profiler à l’horizon : son site Internet a été fermé, de même que le siège de son Association, gardé jour et nuit par des policiers en faction. Seul message laissé à l’adresse des fidèles du Cheikh : “L’Association ferme ses portes momentanément. Réouverture prochaine”. De surcroît, le procureur du roi à Rabat a annoncé cette semaine l’ouverture d’une “enquête judiciaire approfondie” au sujet de la fatwa, ainsi que sur “la qualité du dénommé Mohamed Ben Abderrahman Maghrawi l’habilitant à la prononcer”. Malgré nos nombreuses relances, le secrétariat du Cheikh est demeuré injoignable. “En temps de crise, ils essayent toujours de se faire oublier”, nous explique Abdelhakim Aboullouz, un chercheur qui a consacré sa thèse au mouvement salafiste dirigé par Maghrawi.


ANRT. Le spectre des défaillances

En 2003, un système informatique flambant neuf a coûté 8 millions de dirhams à l’ANRT (Agence nationale de réglementation des télécommunications). Ce système, appelé SIGAS, était censé contrôler les fréquences des GSM et talkies- walkies. D’après plusieurs cadres de l’Agence, il n’a jamais fonctionné. “Les services de l’ANRT continuent de gérer ces fréquences sensibles d’une façon manuelle et archaïque”, dénonce un employé à l’ANRT, sous couvert d’anonymat. “Cela cause parfois des problèmes de chevauchement de fréquences et de brouillage dont les différents utilisateurs des fréquences civiles et militaires se plaignent”, ajoute notre source. Du fait des défaillances du système, le contrat de maintenance de 1, 5 million de dirhams, signé eu 2008, a d’ailleurs été reporté d’un an.


Driss Roukhe. L’Hacker’s studio

L’acteur a été victime, mercredi 23 septembre, d’un pirate informatique qui a hacké sa boîte hotmail. L’intrus a envoyé un mail aux 2000 contacts de Driss Roukhe, où il se fait passer pour le comédien, expliquant qu’il était coincé aux Pays-Bas suite au vol de ses papiers et ses cartes de crédit. “Je vous demande de prêt-moi (sic) un peu d’argent montant 2700$(…) Vous pouvez envoyer de l’argent par Western Union”, supplie le hacker-escroc dans son mail. “J’ai reçu en moins d’une journée plus de 150 coups de fil de connaissances qui voulaient savoir où elles devaient envoyer l’argent”, déplore Roukhe. Trois ou quatre personnes sont tombées dans le panneau et ont envoyé la somme au pirate.



Humeur. Paris

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info

Si, si, le Maroc c’est mieux que la France. Casablanca est le vrai Paris, quant à Paris c’est une bouteille. C’est un peu une plaisanterie, on est libre d’y croire. Moi par exemple. Chez nous, on fume dans les aéroports, au café, devant la tronche de monsieur et madame tout le monde. C’est un régal, vous diront les fumeurs. Chez nous, les gens consacrent tout un mois, oui, oui, trente jours, à la piété et au don de soi. Dieu qui revient dans toutes les conversations, les mosquées prises d’assaut comme une mine d’or, votre voisin transformé en un saint homme. Le Maroc n’est pas le plus beau pays au monde, mais il fait bon y vivre. On peut brûler un feu, un stop, on peut même se faire prendre sans avoir à régler les frais d’un PV de police. C’est formidable. Nos rues sont des arènes, un pur espace de divertissement, de défoulement collectif, où l’on peut hurler sa frustration sexuelle sans avoir à débourser l’argent du psy. Notre miracle est permanent, quotidien. On peut aller au cinéma et espérer une gâterie, en plus du plaisir accessoire de regarder un film. On peut monter dans un taxi et gagner un cours d’éducation religieuse gratuit. On peut prendre le train et se sentir comme à la maison, parlant et allant ça et là comme en famille. On peut lire toute la presse du jour sans acheter un seul journal. On peut être de gauche, se comporter en homme de droite, voter pour les sans étiquettes politique. On peut allumer la télévision et rire de tout cœur, même si la sitcom n’est pas drôle, les comédiens sérieux comme des murs. C’est ça qui nous retient dans ce beau pays, dans notre tapis-lit, à ne rien faire mais à nous prendre pour les meilleurs, parmi nos amis, nos voisins, caressant le chat de la voisine ou la main d’une amie sincère. Paris, à côté, c’est rien.



VITES !

L’Ittihadi Ahmed Chami démissionnera de son poste de ministre de l’Industrie si le prochain congrès national de l’USFP opte pour un retour à l’opposition. “Je m’y soumettrai sans hésitation”, a-t-il déclaré dans Al Ittihad Al Ichtiraki. Même si, selon lui, quitter le gouvernement ne rendrait pas au parti son dynamisme.


Samedi 20 septembre à Meknès, deux bandes rivales se sont battues au couteau, au sabre et à coups de pierre, causant un dommage collatéral : la vitre arrière de la voiture de Abdelilah Benkirane, qui était garée sur le lieu de la rixe. Le secrétaire général du PJD ne laissera pas impuni cette lapidation : il compte porter plainte.


Le Premier ministre Abbas El Fassi est connecté à Mohammed VI 24/24. “J’ai d’ailleurs toujours en poche un téléphone avec un numéro spécial, qui lui permet de m’appeler à tout moment”, a-t-il déclaré à Jeune Afrique. Il n’a pas précisé si son GSM royal sonnait souvent.


La ministre des Sports marocaine présidera la commission du Comité international olympique (CIO), chargée d’évaluer les dossiers des quatre villes candidates à l’organisation des J.O 2016. Nawal El Moutawakil, qui avait rempli les mêmes fonctions pour les Olympiades de 2012, devra remettre son rapport final en septembre 2009.


Le Maroc a octroyé trois bourses d’études à Antigues et Barbades, qui s’ajoutent à deux bus scolaires offerts en 2007. Une telle largesse fait partie des grandes manœuvres diplomatiques du Maroc pour contrer le Polisario, le micro-état des Antilles reconnaissant la RASD. Cela fera au moins trois étudiants heureux…


Selon une enquête sur la consommation du tabac, les Marocains dépenseraient en moyenne 22 dirhams par jour pour satisfaire leur besoin en nicotine. Cela, quelle que soit la catégorie sociale du fumeur. Calcul élémentaire : un tiers du salaire des travailleurs payés au SMIG (environ 1900 dirhams) part en fumée.
 
 
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