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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“J’aurais aimé rencontrer Mohammed VI”

Robert Ménard, ex-secrétaire
général de RSF
(AFP)

Antécédents

1953. Naissance à Oran en Algérie.
1962. Arrivée en France.
1983. Journaliste à Radio France Hérault.
1985. Création de RSF (Reporters sans frontières).
1994. Lance au Rwanda une radio contre la propagande des Hutus.
2008. Démissionne de son poste de Secrétaire général de RSF.

Smyet Bak ?
Je suis désolé, je ne comprends pas l’arabe.

Excuse acceptée, Si Ménard. On va faire comme à l’Ecole des fans : il s’appelle comment ton papa ?
Emile Ménard.

Smyet mok, enfin, elle s’appelle comment ta maman ?
Roberte Carrière.

Nimirou d’la carte ?
Je n’en ai pas. Je vous donne mon numéro de passeport : 08CT94323.

Merci. Il paraît que vous avez deux passeports : pourquoi ?
Quand je me rends en Israël, la douane tamponne mon passeport. Du coup, il (le passeport) devient inutilisable si je veux me rendre dans certains pays arabes, comme le Liban par exemple.

Bien, bien. Vous venez de démissionner de votre poste de secrétaire général de RSF. Que s'est-il passé ? On vous a sucré votre 13ème mois ?
(Rires). Non, rassurez-vous, tout allait pour le mieux. Secrétaire général de RSF, ce n’est pas un poste à vie. Cela fait deux ans que j’ai annoncé mon départ, je voulais me consacrer à autre chose, même si pour l’instant, je n’ai rien décidé encore.

Plus jeune, vous avez pensé entrer dans les ordres. C’est encore d’actualité ?
Plus maintenant. Mais je ne trouve pas cela ridicule d’être habité par la foi. J’aurais pu être prêtre, mais ma mère s’y est opposée. Mon cousin germain étant entré dans les ordres, elle a estimé qu’on avait assez donné à l’église.

Et là, vous comptez prendre un peu de temps, vous lancer dans la chasse aux papillons, ou vous recycler dans un autre domaine ?
Je vais tenter de me prouver qu’il y a une vie après RSF. J’ai 55 ans, je suis trop jeune pour partir à la retraite. C’est encore trop tôt pour en parler, mais j’ai quelques pistes. Je viens de lancer une revue qui parle des médias, il se pourrait que je continue dans l’édition. Je pourrais tout aussi bien me lancer dans la politique…

Au cours de vos nombreux passages au Maroc, avez-vous cherché à rencontrer Mohammed VI ?
Oui, j’ai souhaité le rencontrer à plusieures reprises, mais sans succès.

Et vous lui auriez dit quoi ?
Je lui aurais dit qu’il dessert la cause qu’il défend en acceptant certains traitements injustes réservés aux journalistes.

Certains avancent que la presse marocaine n’est pas assez “adulte” pour jouir d'une vraie liberté d’expression…
C’est un argument qui sert à justifier la censure. Il n’y a pas de pays, ni de presse “infantile”. Comme partout ailleurs, il y a une presse de qualité et une presse de moins bonne qualité. Mais au Maroc, il y a certaines lignes rouges à ne pas franchir : le Sahara, le roi, l’armée, la religion. Certains journalistes connaissent le prix de l’impertinence.

En une phrase, quelle est selon vous la différence entre Hassan II et Mohammed VI ?
Mohammed VI est plus moderne que son père. Mais est-il pour autant plus démocrate ?

Vous avez manifesté devant la résidence royale à Courchevel. Le roi a dû apprécier…
(Rires). Les gardes du corps du roi étaient très menaçants, presque violents. Heureusement, la gendarmerie nous a protégés, en leur disant : “Vous pouvez les mettre dehors, mais pas leur taper dessus”.

Revenons à votre parcours. Vous avez commencé dans un petit journal provincial, pour atterrir SG de RSF. Comment passe-t-on de la rubrique des chiens écrasés au statut d'empêcheur de tourner en rond international ?
À force de travail et de ténacité. Beaucoup de personnes sont intelligentes, mais seuls les plus travailleurs réussissent. Je n’ai pas de respect pour les personnes qui ne s’engagent pas.

Justement, à RSF, on vous surnomme “l’adjudant Ménard”. À quoi devez-vous ce sobriquet ?
J’ai lu cela dans les médias, mais on ne m’a jamais appelé ainsi au travail. En revanche, je n’ai pas de complexe à dire que je suis autoritaire. C’est mon travail que de trancher après avoir écouté l’avis des autres.

Maintenant que vous n’êtes plus à RSF, vous allez pouvoir faire le tour du monde, vous qui étiez interdit de séjour et de passage dans plusieurs pays…
Certains pays sont rancuniers. Je ne pense pas pouvoir mettre les pieds en Tunisie, en Chine, en Turquie, au Niger, à Cuba, ou encore en Algérie…

 
 
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