Législation. Le choix des armes
Portrait. L'ami des trois rois
Polémique. Basri vs El Himma
Politique. Touche pas à mon parti
Analyse. Aux origines de la Fatwa
Crise financière. Et maintenant, l'Europe !
Krach. Sommes-nous concernés ?
Télévision. Zygomatiques Academy
Albert Cossery. Un dandy arabe
N° 341
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Samir Achehbar

Politique. Touche pas à mon parti

(AIC PRESS)

Après avoir signé la dissolution du PND dans le Parti authenticité et modernité, Abdellah Kadiri opère un surprenant retour en arrière. Explication.


“Les élections législatives partielles sont le début de la fin du nouveau parti”. Le titre ne trône pas en bonne place sur la “Une” de la presse PJD ou USFP, mais sur celle d’Annidal Addimocrati, quotidien officiel du (défunt ?) Parti national démocratique (PND), dans son édition de jeudi 25 septembre. L’article, qui commente le score mitigé du Parti
authenticité et modernité (PAM) aux partielles de septembre, n’est qu’un aperçu de la guerre déclarée entre les deux formations politiques, depuis que Abdellah Kadiri a décidé de reprendre ses distances avec les amis de Fouad Ali El Himma.

“Les intentions de ceux avec qui nous avions, en principe, décidé de sceller une fusion n’étaient pas bonnes. Leur pensée n’est pas la nôtre, nos objectifs ne sont pas les mêmes”, déclarait récemment le secrétaire général du PND au quotidien londonien Asharq Al Awsat. Aux dernières nouvelles, Abdellah Kadiri aurait saisi le ministère de l’Intérieur pour trancher sur le litige qui l’oppose au PAM. “J’ai également adressé une requête au cabinet royal pour demander un arbitrage. Quant au ministère de l’Intérieur, je leur ai fait remarquer qu’ils ont fait les choses de manière hâtive”, ajoute-t-il en référence à l'autorisation du PAM, le 8 août dernier, arguant que ce dernier “ne devrait avoir d’existence légale qu’une fois tenu son congrès national constitutif”. Kadiri n’en démord pas et s’en tient à sa propre interprétation de la Loi sur les partis. “Les fiançailles ne signifient nullement un mariage forcé, glisse-t-il avec un sens certain de l'allégorie. Le PND conserve d’ailleurs toujours son siège, ses instances de décision et ses statuts”. Devant la presse, le colonel retraité s'est même laissé aller à un peu d'humour, déclarant qu'il faudra “appeler en renfort les hommes de Hamidou Laânigri (les m’roud) pour (le) déloger du siège du parti !”. De l’autre côté de la barricade, les anciens amis de Kadiri font bloc derrière le PAM et l’ex-numéro 2 du régime. Il y a encore quelques jours, El Himma recevait, lors d’un ftour suivi d’un dîner dans un club de Salé, près de 200 cadres du PND dont des parlementaires, des responsables locaux et des organisations parallèles. “Pour dépasser la tempête soulevée par M. Kadiri, nous avons insisté sur trois points : rester fidèle à l'idée de la fusion, travailler à sa concrétisation et, enfin, intégrer des ex-PND aux commissions et aux phases préparatoires du congrès national du PAM”, révèle un ex-cadre du PND, qui ajoute : “Hassan Benaddi devra assumer ses responsabilités”. Le secrétaire général du PAM, quant à lui, n'hésite plus à afficher son agacement : “J’en ai plus qu'assez de commenter les déclarations de M. Kadiri. Ce qu’il dit ne regarde que lui”, lance Hassan Benaddi.

Coopter, écarter…
Ce qui se passe entre le PAM et Abdellah Kadiri rappelle étrangement, mais à une moindre échelle, le feuilleton de la fusion des trois composantes de la Haraka, en 2006. Bouazza Ikken, alors secrétaire général de l’Union démocratique (UD), avait tenté une surenchère quasi similaire, dans le but d'arracher au duo Aherdane - Laenser un meilleur positionnement au sein du “nouveau” Mouvement populaire. Il a fini par quitter le parti les mains vides, une fois que l'écrasante majorité des Udéistes, Mohamed Fadili en tête (devenu entre-temps secrétaire général-adjoint du Mouvement populaire), lui a tourné le dos. Dans son affrontement avec Kadiri, le PAM recourt grosso modo à la même stratégie : coopter des alliés parmi les cadres du parti “absorbé”. Au lendemain de la démission de Abdellah Kadiri, les ex-membres du bureau politique du PND ont été priés de se présenter illico presto à une rencontre avec la presse, à Rabat. Certains d'entre eux avaient même fait le déplacement de Tiznit (où ils prenaient part à la campagne de Saïd Benmbarek) pour fustiger le revirement du colonel retraité et “renier” plus de deux décennies d'aventure politique commune. Un communiqué dans ce sens a d'ailleurs été diffusé le soir même par la très serviable agence MAP. Quant aux récalcitrants, ils ont été fermement priés de quitter le navire. Parfois dans des délais record. C'est le sort subi par l'ex-secrétaire général de la jeunesse du Parti Al Ahd, qui a “osé” s’exprimer contre la fusion de son parti au sein du PAM. Mal lui en a pris : au terme d'une réunion ad hoc, l'homme a été rapidement remercié et remplacé.

Par ailleurs, pour anticiper l'éventualité d'une nouvelle fissure dans l’édifice du PAM, ses dirigeants mettent les bouchées doubles, multipliant les rencontres avec les membres des instances des partis “fusionnés” (le PND, le PED d’Ahmed Alami, ADL de Ali Belhaj, Al Ahd de Najib Ouazzani, ICD de Mohamed Benhammou). Car mieux vaut prévenir que se retrouver face à de nouveaux couacs, à quelques mois d'une échéance cruciale : les élections communales de 2009. Un rendez-vous électoral que le PAM ne peut se permettre de rater, comme ce fut le cas lors du dernier scrutin législatif partiel.

Un parti et des sous
Question : mais quelle mouche a piqué l’homme de la Chaouia au point de cracher dans la soupe de l’alliance des ex-gauchos et du néo-Makhzen ? En guise de réponse, Abdellah Kadiri se contente d'avancer une “incompatibilité idéologique” entre les deux partis ! Une source au PAM affirme toutefois qu’il est surtout question d’ambitions personnelles contrariées et de promesses non tenues. Pour adhérer à la fusion d'El Himma, le patron du PND aurait émis trois conditions : avoir une place de choix au sein du nouveau parti, garder la main haute sur les avoirs du PND jusqu’à la tenue du congrès du PAM et, enfin, ne pas voir siéger Milouda Hazeb dans le bureau politique du nouveau parti. Des concessions qu'il n'obtient visiblement pas. C'est donc face à la réticence de ses interlocuteurs que Kadiri finit par faire marche arrière… sans être suivi par ses anciens partisans. Il se retrouve seul et fait feu tous azimuts.

En face, la contre-attaque ne se fait pas attendre. Les parlementaires de son parti demandent que soit restituée leur part dans les subventions octroyées au PND, à l’occasion des législatives du 7 septembre 2007, et se disent prêts à recourir à la justice. Un ex-responsable du parti affirme que Abdellah Kadiri devra s'expliquer sur les finances du PND, avançant que les comptes du parti renfermaient près de 6 millions de dirhams. Et si le siège central du PND, comme ses sièges provinciaux, sont en location, le litige pourrait également porter sur un lot de terrain de 800 m2, sis à Hay Riad à Rabat, qui devait servir à la construction d’un nouveau siège. À croire que l'enjeu de la guéguerre Kadiri - PAM est moins le PND que son patrimoine…



Historique. Le PND, d’El Jadidi à Kadiri

Qui se rappelle encore de Mohamed Arsalane El Jadidi ? Syndicaliste chevronné (UMT), qui a fait ses armes dans le secteur phosphatier, il fut ministre dans différents gouvernements sous Hassan II. Membre fondateur du RNI d’Ahmed Osman en 1978, il le quitte trois ans plus tard, via une scission qui donne naissance au PND. Le nouveau parti compte parmi ses fondateurs Khalli Henna Ould Errachid, Abdelkader Benslimane et un certain Abdellah Kadiri, colonel à la retraite. C'est ce dernier qui assurera l'intérim après la maladie d'El Jadidi, avant de lui succéder à la tête du PND, après son décès en juin 1999. Tout petit parti qu'il soit, le PND réussit à se trouver une place sur l'échiquier politique, s'assurant, au fil des scrutins, quelques succès aux côtés de ses partenaires du Wifak (UC et MP). Aux dernières législatives, il a eu sa part du gâteau, grâce à une alliance avec le Parti Al Ahd. Mais déjà à cette époque, Abdellah Kadiri avait menacé de saborder son parti, accusant l’Administration de n’avoir rien fait contre la fraude. Il n'en fit rien. Et c'est finalement le tracteur du PAM qui s'en chargea…

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés