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Par Nina Hubinet,
correspondante en France
Crise financière. Et maintenant, lEurope !
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Le 16 septembre, les indicateurs financiers de la City à Londres ne
prêtaient pas à loptimisme.
(AFP)
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Toutes les places boursières ont plongé dans le rouge après le rejet du plan américain de sauvetage des banques. Les répercussions sur léconomie réelle se font de plus en plus sentir en Europe, où se pose la question dune réforme globale du système financier.
Moins 6,98% pour le Dow Jones. Une perte inédite, plus lourde que celle enregistrée lors du 11 septembre 2001. La chute de lindice-phare de la Bourse de New York, lundi 29 septembre, suivi par le Nasdaq, |
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perdant 9,14% de sa valeur, a entraîné toutes les places boursières dans son sillage : Tokyo sest effondrée de 4,12%, Paris a ouvert en baisse le 30 septembre à moins 2,69%, Londres perdait 2,95% et Francfort 2,46%.
À lorigine de cet affolement boursier, londe de choc provoquée par le rejet du plan Paulson par le Congrès américain. Préparé par le secrétaire dEtat au Trésor Henry Paulson, ce plan prévoyait de racheter, pour 700 milliards de dollars, les actifs "toxiques" des banques américaines en difficulté, afin de les sauver de la faillite. Mais les élus de la Chambre des représentants ont voté contre (228 voix contre 205 pour), reflétant la colère des contribuables américains, qui refusent de payer pour les fat cats (gros chats) de Wall Street, responsables à leurs yeux de la crise actuelle. Des crimes financiers ont été commis et on demande maintenant au Congrès de les récompenser, sest indignée la représentante démocrate de la Chambre, Marcy Kaptur. Les élus américains ont été dautant plus à lécoute de leurs administrés que leur assemblée est soumise à réélection le 4 novembre, jour de lélection présidentielle. Après dultimes négociations, la deuxième version du plan Paulson avait de bonnes chances dêtre adoptée par la Chambre des représentants le 3 octobre.
Eviter les faillites
Si cette colossale injection de liquidités devrait rassurer à court terme, les investisseurs et les gouvernements sont plus que jamais inquiets face à ce nouvel épisode de la crise des subprimes. Ce qui est effrayant, cest quil est impossible de savoir ce qui va se passer. La situation est inédite, nous navons jamais connu une pareille crise, assure Konrad Becker, analyste de la banque allemande Merck Finck. Les faillites de banques, qui concernaient jusque-là surtout les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, se sont progressivement étendues au Vieux Continent en début de semaine. A linstar du gouvernement américain, qui avait nationalisé AIG, le premier assureur du pays, le 17 septembre, les Etats belge, néerlandais et luxembourgeois se sont portés au secours de la banque belgo-néerlandaise Fortis, le 28 septembre, en y injectant 11,2 milliards d'euros. Lundi, le sauvetage in extremis par Berlin de Hypo Real Estate, banque allemande spécialiste du financement immobilier, a fait trembler la Bourse de Francfort. Mardi, cétait au tour de la Franco-belge Dexia, sauvée par un apport conjoint des gouvernements belge, français et luxembourgeois, à hauteur de 6,4 milliards deuros. La veille, laction de Dexia avait plongé de 30%.
Les dirigeants des banques françaises, réunis le 30 septembre par Nicolas Sarkozy, ont vanté la stabilité et la fiabilité du système bancaire français, où les conditions daccès au crédit sont plus réglementées. Les établissements français se sont en effet montrés plus solides que leurs homologues américains, britanniques ou allemands. Comme les établissements espagnols, tels que Santander et Banco Bilbao, qui ont fait preuve jusquici dune étonnante stabilité, selon lanalyste Konrad Becker, malgré leffondrement du marché immobilier en Espagne.
Protéger les épargnants
Mais dautres faillites sont à craindre. En France, Le Canard Enchaîné a affirmé, dans son édition du 1er octobre, que la Caisse dEpargne était à la recherche de 6,5 milliards deuros pour renflouer ses caisses. Lhebdomadaire cite un document interne de la banque, selon lequel celle-ci serait affaiblie par les déboires de sa filiale immobilière Nexity et de sa banque de financement et d'investissement Natixis. Des allégations infondées, participant dune campagne de dénigrement gravement irresponsable, selon la Caisse dEpargne. Pour éviter que les épargnants ne se ruent aux guichets des banques pour retirer leurs dépôts, aggravant du même coup la panique, les gouvernements européens tentent de rassurer. On rappelle que des lois protègent les épargnants : en France, en cas de faillite dune banque, ses clients sont indemnisés à hauteur de 70 000 euros par déposant. Tout en comparant la crise actuelle à celle de 1929, le Premier ministre, François Fillon, a affirmé quaucune grande banque européenne ne devait être acculée à la faillite, et que les Etats devaient assumer leurs responsabilités afin de garantir la sécurité des déposants et le fonctionnement de l'économie.
La spectaculaire remontée du chômage en France au mois daoût (plus de 40 000 demandeurs demploi, la plus forte hausse depuis 15 ans) témoigne cependant des graves répercussions de la crise financière sur léconomie réelle. Selon nos prévisions, la croissance devrait tourner autour de 0,6% dans la zone euro en 2009, affirme Sylvain Boyer, responsable du département déconomie au sein de la banque Natixis. Il y a un vrai risque dexplosion du chômage, parce que la plupart des emplois créés ces dernières années sont liés à la finance et à limmobilier, et non à lindustrie, explique-t-il. Et la tendance nest pas près de sinverser : lindicateur IMS, qui évalue la santé de léconomie américaine, publié mercredi 1er octobre, est le plus mauvais depuis 2001, selon Sylvain Boyer. Il faut aider les banques maintenant, pour préserver les emplois de demain, ajoute-t-il.
Moraliser le marché
Mais au-delà des sauvetages en urgence des banques, les dirigeants de lUnion Européenne sefforcent de réfléchir à des mesures à long terme pour encadrer le système financier, dont la déréglementation a conduit à la crise actuelle. La Commission européenne propose ainsi que les banques européennes conservent 5% de leurs créances titrisées dans leurs bilans, alors quelles nont pas pour linstant lobligation de les mentionner. Bruxelles préconise également une nouvelle réglementation sur les agences de notation, soupçonnées de conflits dintérêts dans la crise des subprimes. Il est aussi question dencadrer les hedge funds (fonds spéculatifs), de mieux coordonner la supervision des banques transfrontalières, et de limiter les rémunérations des grands patrons et des traders pour moraliser le secteur financier. Autant de propositions qui doivent être étudiées samedi 4 octobre, lors dun sommet des dirigeants européens du G8, initié par le président français. Estimant quil nest plus temps pour les grandes déclarations, les partenaires de Nicolas Sarkozy attendent que des décisions concrètes émergent de cette réunion. |
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Chronologie. Feuilleton d'un désastre
18 juillet 2007. Deux fonds dinvestissement de la banque daffaires Bear Stearns, spécialisés dans les subprimes, font faillite. Ces crédits immobiliers sont octroyés sans conditions aux acheteurs américains, et les parts de dettes sont "titrisées", et vendues sur les marchés financiers.
17 février 2008. La banque britannique Northern Rock, au bord de la faillite, est nationalisée.
11 mars 2008. Les Banques centrales conjuguent leurs efforts pour soulager le marché du crédit. La FED injecte 200 milliards de dollars.
16 mars 2008. Bear Stearns est rachetée par JP Morgan, avec laide de la FED, à 2 dollars laction.
7 septembre 2008. Le Trésor américain met sous tutelle les institutions de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae.
14 septembre 2008. La banque américaine Lehman Brothers dépose le bilan.
15 septembre 2008. La banque américaine Merrill Lynch est rachetée par Bank of America.
17 septembre 2008. Le gouvernement américain accorde un prêt-relais de 85 milliards deuros à AIG, premier assureur américain, en échange de 79,9% de son capital.
18 septembre 2008. Lloyds TBS fait une offre pour le rachat de HBOS, la quatrième banque britannique. Le gouvernement modifie les règles sur la concurrence pour permettre l'opération. |
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