Télévision. La vérité en chiffres
Interview. "La journée de la femme est un anachronisme"
Société. Sexe appels
Avortement. "Je ne comprends pas le silence des féministes"
Portrait. La légende Aouita
Reportage. Carnets péruviens
Corse. Le retour du racisme
Transports. Des taxis pas si blancs
Festival. Un ramadan à Madrid
Arts plastiques. Le Maroc selon Roger
Musique. Punk maghribi
Nostalgie. Quand le théâtre était populaire
N° 342
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

De notre envoyée spéciale à Madrid,
Ayla Mrabet

Festival. Un ramadan à Madrid

(A.M/TELQUEL)

Durant 3 jours, le quartier madrilène de Lavapiès a vibré aux rythmes des Noches de ramadan. Au menu, du cinéma, de la gastronomie et, surtout, de la musique maghrébine. Ambiances.

Lavapiés, c'est un peu le Barbès madrilène. Un quartier d'immigration où se mélangent les origines et les identités, essentiellement africaines et maghrébines. En cette journée du 24 septembre, le soleil a répondu présent. Un bel accueil pour ce jour d'ouverture du festival Noches de Ramadan (Nuits de Ramadan), organisé par la Casa Arabe (La Maison arabe, Institut international des études arabes et du monde
musulman). Une manifestation mixant à l'envi gastronomie, cinéma et musique. C'est logiquement ce dernier pan qui attire le plus de spectateurs. La programmation œuvre à faire plaisir, mettant en scène Omar Pène, star sénégalaise du mbalax, mais tend aussi à la découverte, initiant les tympans espagnols à la musique enchanteresse de la Mauritanienne Noura.


Chabba Zahouania, en diva du raï qui se respecte, a littéralement embrasé la scène. Du haut de ses quarante-neuf ans, la star algérienne (d’origine marocaine, faut-il le préciser) a partagé, pour la première fois en Espagne, énergie et bonne humeur avec le public cosmopolite de Lavapiés ; chantant la paix et agitant au-dessus de la foule, à son habitude, les drapeaux algérien et marocain tendus par l’auditoire. Un show qui a clairement conforté les programmateurs dans leurs choix. Yolanda Agudo, à la tête de l’association Fabricantes De Ideas, chargée de toute la partie artistique du Festival, affirme, en connaisseuse : “Zahouania ? C’est la meilleure, après Rimiti”.


Parmi les coups de cœur de l’association culturelle, un groupe mauritanien qui porte le nom de sa voix,
Noura. Une musique entre chants griots et mélodies modernes, portée par une voix de femme singulière. Découvert presque par hasard, contacté avec difficulté via “le professeur d’anglais de l’artiste à Nouakchott” (dixit Yolanda Agudo), le groupe tourne désormais en Europe et en particulier en Espagne grâce à Fabricantes De Ideas, qui booke aussi quelques groupes mexicains, colombiens et espagnols, auxquels s’ajoutent nos Darga et H-Kayne… À qui le tour ?


DJ Key, fraîchement débarqué la veille en Espagne avec H-Kayne, a fait son show avant de joindre son talent à celui des rappeurs meknassis. Pendant une vingtaine de minutes, le maître des platines a déchaîné le public madrilène sur des beats personnalisés pour l’occasion, versant dans l’oriental, le r’n’b et même la musique indienne. Pas le temps de souffler pour les milliers de fans maghrébins présents, que l’on entendait déjà les voix des H-Kayne, dans les coulisses, donner la réplique aux scratchs des galettes en vinyle.


H-Kayne, au meilleur de leur forme, ont performé avec ardeur chez un public qu’ils connaissent désormais bien. “Ça doit être la 15ème fois que l’on joue en Espagne, et c’est toujours avec le même plaisir”, raconte Hatim. Salle comble, refrains répétés avec entrain… On se croirait au bled ! Sauf qu’à la fin du concert, ce n’est pas en arabe que les fans se pressent aux portes des coulisses pour happer l’un des quatre artistes, ni en darija qu’ils supplient pour obtenir les casquettes du groupe. Cette fois-ci, “La gorra” des rappeurs restera sur leur tête, et les mélodies du groupe, ancrées dans celles de leurs fans.


Le couple Fabricantes De Ideas - Yolanda Agudo et Rubén Caravaca - a décidément plusieurs cordes à son arc : en plus de s’occuper du booking d’artistes étrangers, de gérer la programmation et la communication de plusieurs festivals ibériques, le duo a depuis peu édité et coordonné un
guide des musiques du Maghreb, bichonné pendant trois longues années de labeur. En plus de lister les groupes, les discographies et les festivals présents dans le Maghreb, la plume des collaborateurs (journalistes, spécialistes, etc.) s’aventure à dresser le portrait d’un Maghreb politique, historique et musical. “Nous pensons à le traduire en français sous peu”, affirme Rubén, qui porte aussi la casquette de responsable du rayon Musiques du monde à la Fnac locale. Vivement la suite !

[Pour voir le montage papier ici]

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés