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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Maria A. Daïf

Arts plastiques. Le Maroc selon Roger

Les tableaux de Roger Davis
optent pour un réalisme
parfois dérangeant.
(DR)

Roger Davis peint ce Maroc qu’on dit inutile. Ses toiles, réalistes au risque de déplaire, disent la misère et la solitude des laissés pour compte, croisés durant les 18 ans passés dans un pays qu’il dit désormais sien.


Il est anglais et ça se voit. Costume gris, cravate fleurie assortie, droit comme les gardes de sa reine, sans oublier cet accent qui le trahit dès qu’il entame le récit de sa longue traversée du Maroc, de ses pérégrinations avant d’atterrir à Rabat. Une ville qui sied si bien à son tempérament d’Anglais.

Le Maroc, c’est “chez lui”, depuis 18 ans. Il y était venu trois fois en vacances, avant de décider, en décembre 1990, de quitter Weymouth, sa ville natale, y abandonnant une jolie maison et un poste de professeur d’arts plastiques. La vie “normale” ? Trop peu pour cet artiste, saisi par l'urgence de tout revoir. Jusqu’à l’art abstrait qu’il pratiquait depuis 25 ans : “À mes yeux, l’art abstrait n’avait pas d’utilité”. Commence alors cette quête qui le mènera dans un pays qui le fascinait déjà. Il emporte dans ses valises ses (in)certitudes (sur le rôle de l’artiste et l’utilité de l’art), sa peinture et suffisamment d’argent pour vivre à l’abri du besoin.

Pendant quatre ans, il logera dans un petit hôtel à Agadir, s'employant à apprendre les langues arabe et amazighe. Il arpente, de jour comme de nuit, les ruelles de la ville, observant ces gens dont il ne savait pas grand-chose. “Les vieux hommes dans les cafés, les ânes, les charrettes, les vieilles voitures… tout me semblait si archaïque”, se rappelle-t-il. Petit à petit, dans cet hôtel devenu sa nouvelle famille, partageant les repas et les fêtes des employés, il fait son propre décryptage de la société marocaine. Sans concessions ni complaisance. “Une société schizophrène, perdue entre ses instincts, la religion, la famille et la tradition. Partagée en deux, entre les riches et les pauvres. D'un côté les marginaux, ceux que personne ne regarde, auxquels personne ne s’intéresse, même pas l’Etat, et les nantis de l'autre”, livre-t-il.

Peindre les petites gens
La vie des privilégiés intéresse rarement les artistes. Roger Davis n’échappe pas à la règle. Il préfère de loin celle des laissés pour compte, pour lesquels “il n’a que sympathie et compassion”, et qu'il traque presque. D’Agadir à Essaouira, de Marrakech à Tanger, en passant par Rabat ou Sidi Kacem (ville où il va souvent, depuis que quelqu’un lui a soufflé qu’elle était la plus laide du pays), il fera des “petites gens” son principal sujet. Prostitués, travestis, mendiants ou juste passants au visage marqué, hommes, femmes et enfants, il va alors les scruter, observer leur environnement (l’architecture est très présente dans son œuvre) et leur mode de vie… avant de tout restituer sur la toile. “C’est en rentrant chez moi, la mémoire encore fraîche, que j’entame les croquis”, explique-t-il. Il suffit de se pencher sur les peintures de Roger Davis pour s’en rendre compte : chez lui, point de regard condescendant, encore moins exotique. Juste un réalisme cru, précis. Jusque dans les moindres détails (paraboles sur les toits, détritus, vêtements, regards vides, détails du visage…), Roger Davis peint ces gens-là comme il les voit. C’est d’ailleurs le sobre titre de sa prochaine exposition : “As I see it”. Une exposition organisée par ses amis de Art Up, une toute jeune société de production culturelle r’batie. “Nous connaissions le travail de Roger depuis un moment. Il nous semblait important qu’il soit montré, parce qu’il est unique. Au Maroc, la peinture est soit abstraite, soit orientaliste. Roger Davis apporte un autre regard, plus parlant, vrai et sans concessions, donc plus intéressant”, explique-t-on du côté d’Art Up. L’exposition, qui se tiendra au Centre culturel de l'Agdal, à Rabat, du 16 au 18 octobre, montrera le travail inédit de l'artiste peintre, réalisé ces dix dernières années. “Avec ma peinture, je veux juste attirer l’attention sur ce Maroc qu’on dit inutile et qui est loin de l’être, indique-t-il. Dire que le Maroc, c’est aussi ces gens-là”. Et que la peinture, ça sert aussi à cela.

 
 
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