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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saadi

Musique. Punk maghribi

Le groupe a remporté le Tremplin
de l’édition 2006 de l’Boulevard.
(YOUSSEF LISSANEDDINE)

Les membres du groupe ZWM sont sans doute les artistes les plus décomplexés de la fameuse “nouvelle scène”. Retour sur le parcours de l'une des rares formations punk, venue tout droit de la capitale.


Festival l’Boulevard 2008, Stade de l’Etoile. Pour la troisième année consécutive, les ZWM montent sur scène. Et comme d’habitude, c’est leur look qui attire d’abord l’attention des spectateurs. La majorité du groupe arbore des crêtes de plus de vingt centimètres, toutes teintes
confondues. Leurs tenues sont tout aussi excentriques : entre T-shirts délavés, chaussettes rayées, piercings ou encore bracelets cloutés, le style vestimentaire des ZWM pourrait faire pâlir d’envie n’importe quel punk londonien. Mais tout cela n'est qu'une tenue de scène : lorsqu’on croise les musiciens de ZWM dans leur cadre de vie habituel, leur look est beaucoup plus sage. Attablés au café de l’Hôtel Balima, à Rabat, leur lieu de rendez-vous habituel, les six membres du groupe arborent des coiffures plus passe-partout. Mais piercings et autres accessoires sont toujours là, certes plus discrets que sous les sunlights de l'Boulevard.

De la glisse à la guitare
Avant d’être une formation musicale, ZWM est une histoire d’amitié entre six copains de quartier, fans de sports extrêmes. Chacun d'entre eux pratique en effet, depuis plusieurs années, le skate, le surf ou le VTT. Ce qui explique le nom du groupe : ZWM est la contraction de “Zlek Wella Mout” (traduisez “Tu glisses ou tu meurs”). “On retrouvait dans le punk les mêmes sensations que celles ressenties sur une planche. C’est ce qui nous a donné envie de nous lancer et de monter un groupe”, se rappelle Simo, le bassiste de la formation. Fin 2004, nos ex-skateurs, devenus musiciens, commencent leurs premières répétitions. Après une série de petits concerts dans la ville de Rabat, ils décident de déposer leur candidature pour le Tremplin de l’édition 2006 du festival l’Boulevard. En écoutant leur maquette, le jury est tout de suite emballé par le style original, ainsi que par leurs paroles en darija. Les ZWM détonnent parmi la horde de groupes de metal en lice, qui hurlent des textes stéréotypés dans la langue de Shakespeare. Arrivés sur scène le jour de la compétition, les six punks font de leur show un véritable spectacle haut en couleurs, où ils se lâchent complètement. Leurs mélodies, inspirées de groupes tels que Rancid ou The Ramones, sont faciles à retenir. Quant aux paroles, elles sont pleines d’humour. Résultat ? Ils gagnent haut la main la compétition.

Que l’aventure commence !
À partir de ce moment, les ZWM décident de se consacrer plus sérieusement à la composition. Deux ans plus tard, le groupe, accompagné pour l’occasion d’un ami déguisé en super-héros, aux couleurs du drapeau national, remonte à nouveau sur la scène de l'Boulevard. Il prouve à force de morceaux inédits et de mises en scènes délirantes qu’il est là pour durer. Le même jour est également programmé le groupe écossais The Exploited, l'une des références du punk européen. “On n’arrive toujours pas à croire qu’on a partagé une pizza avec eux, et que je suis monté sur scène avec eux le long d'un morceau !”, s’extasie Zohair. Sans doute le plus grand moment de la jeune carrière des punks rbatis. Pour le moment.

Prochaine étape ? L’album. Une douzaine de titres sont déjà prêts à être enregistrés. Tous en darija, oscillant entre l'absurde et l'irrévérencieux. Des chansons comme Ila Lhgti l’Wdnek Manjiha (Si tu atteins ton oreille, mange-la), ou encore Khalti l’Bitala (Tante Chômage) sont de véritables ovni musicaux dans la sphère musicale marocaine. Mais les six compères, tous étudiants, manquent encore de fonds pour les coucher sur polycarbonate.

En attendant, ils se préparent pour leur premier concert à l’étranger. En avril prochain, ce sera à leur tour d’aller se produire au festival Garorock (festival français, partenaire de l’Boulevard). Ils continuent du coup à répéter minutieusement et, surtout, à soigner leur apparence. “Si on vivait de notre musique, sans la contrainte des cours par exemple, on garderait tous nos crêtes 24h/24”, confie Simo. Et le regard des autres dans tout ça ? “Dans notre quartier d’El Youssoufia, les gens nous connaissent depuis qu’on est gosses. Ils ont fini, comme nos familles, par s’habituer à nos excentricités”, conclut Zohair.

 
 
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