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N° 342
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

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Ghita El Khayat, Psychiatre,
candidate au Prix Nobel de la paix.
(DR)

Antécédents

1944. Naissance à Casablanca.
1974. Décroche son doctorat en médecine.
1984. Ouvre son cabinet de psychiatrie à Casablanca.
2000. Co-fonde Tarik Editions.
2008. Candidate au Prix Nobel de la paix.

Smyet Bak ?
Brahim El Khayat.

Smyet mok ?
Fatima Doghmi.

Nimirou d’la carte ?
A 800257.

Alors comme ça, Madame est candidate au Prix Nobel de la paix. La classe…
(Rires) Eh oui. C’est venu comme ça. Un beau jour, j’ai lancé en public : “Je ne suis qu’une pauvre petite femme arabe du Tiers-Monde qui n’arrive pas à diffuser ses idées”. Des proches m’ont prise au mot et ont proposé ma candidature au Nobel.

Vous comptez donc rejoindre le Dalaï Lama et Nelson Mandela au panthéon des nobélisés. Vous avez l’impression de boxer dans la même catégorie ?
Vous n’êtes pas le premier à me faire cette réflexion. Beacoup de gens m’appellent et me lancent : “Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui vous arrive ?”

Vous leur répondez quoi ?
Que je suis candidate, Monsieur ! Vous ne m’auriez pas posé la question si vous aviez lu mes 32 livres. Mais ce n’est pas la fin du monde si je ne gagne pas le Nobel.

Vous avez bien dit 32 livres ?
Oui, oui.

Qu’avez-vous fait pour la paix dans le monde ?
J’exerce un métier difficile, et je le fais avec mes tripes. J’espère au moins apporter la paix à mes patients.

En même temps, c’est votre job. Vous comptez vous attaquer aux tensions entre le Maroc et le Polisario ?
Ah ça, non ! Il y a suffisamment de gens qui s’en occupent. Moi, j’ai peur de la politique.

C’est une phobie, docteur ?
Oui, complètement. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des idées et de les défendre.

On dit que les psychiatres ont eux-mêmes besoin d’un psy. Vous êtes d’accord ?
C’est sûr, les psys ont besoin d’être psychanalysés. Moi-même, quand je vois le déroulement de mes consultations avant et après ma psychanalyse, c’est le jour et la nuit.

Votre slogan pour le Nobel, c’est la lutte en faveur des “Non Important Persons”. Ça vient d’où ce concept ? Vous avez eu une révélation ?
À fond ! Je voyage souvent et, dans les aéroports, il y a une file pour les VIP, et une autre, bien plus longue, pour les NIP, les gens “normaux”. Un autre exemple : au Maroc, certains médecins ont une salle d’attente pour les gens du peuple, et une seconde pour les riches.

Un petit diagnostic psy sur l’état de la société marocaine : sommes-nous tous zinzins ?
Certaines sociétés sont harmonieuses, épanouies, lettrées. Nous autres Marocains sommes dans une phase de transition entre un système anthropologique arabo-musulman et un autre occidental.

Oulala ! C’est compliqué tout ça. Plus simplement, ça donne quoi ?
Le Marocain moyen n’est pas bien dans ses pompes. Voilà !

C’est grave, docteur ?
Je ne sais pas. Au Maroc, une personne sur deux est en difficulté psychique. Les gens essayent de se soigner, mais à l’échelle individuelle.

Il paraît que vous traitez vos patients de fous. Vous soignez le mal par le mal ?
Il faut appeler un chat un chat. Certains médecins utilisent l’euphémisme “malades mentaux”. Je trouve le terme hypocrite.

Vous pensez quoi de Bouya Omar, l’hôpital du pauvre ?
Il est sûr qu’on n’y guérit personne. Mais les “patients” sont confortés, car ils restent dans un tissu social.

Le tonton flingueur, qui a tiré sur un policier en fonction, serait atteint de la maladie de Korsakoff. Cela suffit-il à expliquer son acte ?
Ce n’est pas à moi de faire le diagnostic. Par contre, il n’est pas exclu qu’une personne de nature agressive, atteinte de cette maladie, ait des crises de démence.

Il paraît qu’à chaque parution d’un brûlot sur Hassan II, vous montez au créneau. Pourquoi donc ?
Je n’aime pas que des gens qui ne connaissent rien au Maroc nous fassent la morale. J’ai vu Jean-Pierre Tuquoi au siège du Monde à Paris. Il ne m’a même pas servi un café. Je lui demandé quelle était sa légitimité d’écrire sur le Maroc, il m’a répondu : “C’est mon métier, j’informe”. Mais si j’écrivais sur Chirac, on me prendrait pour une rigolote.

Dernière question : vous êtes misogyne ?
Oui, car j’estime que les femmes sont très conservatrices. Elles tirent le Maghreb vers le bas. Je le dis et j’assume.

 
 
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