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Par Nora Fadlaoui
Société. Sexe appels
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Même dans un centre dappels
classique, la pression est
constante, 8 heures par jour.
(AFP)
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Réda et Simo, deux jeunes étudiants, ont été opératrices de charme pour une société de chat rose, installée discrètement au cur de Casablanca. Témoignages.
Sur lécran dun téléphone portable, cest Elyona, brune pulpeuse de 26 ans, ou Nathalie, grande blonde marseillaise. Mais, à lautre bout des SMS, derrière des profils préétablis par un service de chat implanté au Maroc, se cache Réda. Pas très grand, un peu enrobé, un léger cheveu sur la langue, le jeune homme est opératrice de charme. Pendant un |
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an, réaliser les fantasmes dhommes et de femmes pas textos interposés a été son quotidien. Il faut avoir beaucoup dimagination et être baratineur, raconte-t-il. Javais lhabitude, je faisais cela sur MSN. Un simple jeu dont il fera un gagne-pain lorsqu'il décide, à 20 ans, de faire un break côté études. À la recherche d'un petit job, le jeune homme se retrouve, via le bouche-à-oreille, dans ce centre dappels un peu particulier. Parcours presque similaire pour Simo : Cétait une sorte de job dété qui, finalement, a duré neuf mois. Lui voulait prouver à ses parents quil pouvait se débrouiller seul financièrement. Les deux jeunes hommes décident alors de tenter leur chance, CV sous le bras. Ils ne leur serviront pas beaucoup lors de lentretien d'embauche.
Jai eu beaucoup de mal à trouver l'adresse, se souvient Simo. Sur une artère anonyme du centre-ville casablancais, un appartement banal, dans un immeuble tout aussi banal, abrite ce téléphone rose nouvelle génération. Aucun panneau sur la porte, rien nindique la nature de l'activité de la société. La maison-mère est en France et à lintérieur du bureau marocain, seuls deux employés sont des permanents : le patron de la filiale délocalisée, un Franco-algérien, et un comptable. L'entretien commence. Première question : Comment avez-vous connu lentreprise ?. Par un copain. Bonne réponse. Visiblement, l'entreprise ne cherche pas à se faire connaître. Ensuite, on ma demandé si jétais rapide et si je maîtrisais le clavier, détaille Simo. Le patron lui explique quil va devoir animer des discussions dordre culturel : nouer des amitiés, parler de cinéma, de beau temps
À priori, rien de plus facile.
Répondre en 32 secondes
Lentreprise tourne 24h/24. Pour chaque tranche horaire du planning, une personne supervise une quinzaine d'opérateurs. Quelques filles et beaucoup de garçons, âgés de 18 à 30 ans, partagent la même pièce, assis côte à côte, chacun devant son écran d'ordinateur. Tu t'installes, tu démarres ton ordinateur et tu te connectes comme tu le fais avec MSN, explique simplement Réda. Des profils sont préétablis pour chaque conversation. Des filles virtuelles avec prénom, âge, mensurations, ville
et même une photo ! Cétaient des filles pas trop belles pour que le client puisse y croire, poursuit Réda. Le client entre alors en contact avec un opérateur qui endosse le profil et doit être rigoureux pour ne rien laisser transparaître de son identité. Les opérateurs doivent rapidement se familiariser avec un profil et être réactifs. Pour rester cohérents en face dun interlocuteur, ils ont constamment accès à un historique de la conversation. Dès son premier jour, le formateur explique à Simo : Ce nest quun jeu de rôles ! Il faut y jouer, y prendre plaisir, ne pas soffusquer. Il faut répondre, même si cest sexuel, et retenir le client le plus longtemps possible, même sil tinsulte. Après un petit test, Réda et Simo sont opérationnels. Il ny a rien de culturel là-dedans : on ne parle que de sexe !, constate rapidement Simo. Le but du jeu : que le client dépense un maximum dargent. Pour cela, il faut relancer, poser des questions, écrire de longs messages
en 32 secondes. Cest le temps dont dispose lopérateur pour répondre au message de la personne de lautre côté de la ligne. Sinon lapplication se ferme sur lécran de lemployé et un robot, programme informatique de simulation, prend la relève pour relancer le client. Et parfois, les réponses automatiques sont surréalistes. Certains interlocuteurs me prenaient pour une prostituée, alors je me faisais respecter. Mais derrière, le robot répondait quelque chose du type : Vas-y b....-moi !
Tout est permis, rien nest interdit
Par clavier interposé, les deux garçons conversent aussi bien avec des hommes quavec des femmes. Mais le sexe masculin est bien entendu majoritaire sur ce type de plateforme. Réda, lui, préférait se mettre dans la peau dune femme : Les mecs sont plus faciles à chauffer ! Samorce alors tout un travail de métamorphose. Deux services de chat existent au sein de la boîte : un pour les adultes et un second pour les adolescents. Sur l'écran de la conversation, les mineurs sont marqués d'une petite casquette, pour les différencier des adultes. Et là, interdiction de parler de sexe. Réda sest retrouvé face à des individus qui auraient souhaité une mineure derrière lécran. Pas question de jouer le jeu : Réda met invariablement fin à la conversation. En revanche, côté chat adulte : Tout est permis, rien nest interdit, admet Réda. A condition de ne jamais dévoiler une adresse ou un numéro. Parfois, on fixe des faux rendez-vous, explique Simo. Mais à force de trouver des excuses pour esquiver le client, il finit par se rendre compte de lescroquerie. Et certaines personnes claquent des fortunes à ce petit jeu malsain. Un jour, un client ma avoué quil avait dépensé 1000 euros, à environ 1 euro le texto, pour une seule conversation !, raconte Simo. Un consommateur dépité, parce quil navait pas obtenu le moindre rendez-vous après plusieurs mois
Face à des pervers, jembobine volontiers, glisse Réda. Sans scrupules. Cest quil a des objectifs commerciaux à tenir. Mais certains clients sattachent, tombent amoureux, simaginent réellement quune jolie femme sintéresse à eux. Et ça, ça fait un peu mal, lâche-t-il, finalement pas si insensible. Mais le business est le business.
Jusquà 5000 DH par mois
Car la paie fluctue selon le volume de travail fourni. Le salaire de base est fixé à 2800 dirhams par mois, un minimum bonifié par les primes de rendement. On devait envoyer environ 150 messages par heure. Moi, jen envoyais 230. Résultat : je touchais parfois jusquà 5000 dirhams par mois, indique Simo.
Insuffisant pour apprécier le boulot. Le jeune homme décrit volontiers son ancien travail comme barbant et routinier. On disposait dune demi-heure de pause pour 8 heures de travail, opine Réda. Surtout, la pression est constante : comme dans les centres dappels classiques, les employés sont contrôlés en permanence. Parfois, le superviseur se fait passer pour un client, histoire de tester le professionnalisme de l'opérateur. Un test réussi par Réda. Javais remarqué que de temps en temps, un prétendu client me posait des questions pièges, me demandait si j'étais au Maroc. Réda ne cède pas : comme le client simagine parler à une fille de sa ville, pas question de dévoiler sa véritable localisation. Il est finalement félicité par son patron. Mais pas de quoi le crier sur les toits. À lévocation de cette expérience, le jeune homme rigole : Je ne disais pas à mes copines ce que je faisais. Pour ses parents, qui ne posaient pas trop de questions, il bossait dans un simple centre dappels. Les parents de Simo savaient. Et il a fini par abandonner son emploi surtout pour leur faire plaisir. La plupart des employés avaient honte de révéler leur véritable travail, témoigne-t-il. Aujourdhui étudiant en filière électronique/automatisme, il explique que ce travail était pour lui léquivalent dune prostitution sur le Net. Réda, qui a repris des études de droit, serait en revanche prêt à renouveler lexpérience. Comme Simo, il appréciait surtout l'ambiance de ce métier hors du commun : On délirait entre potes, on samusait à deviner qui avait écrit les autres messages. Juste pour rigoler. |
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