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Par Nina Hubinet,
correspondante en France
Corse. Le retour du racisme
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Le quartier des Jardins de
LEmpereur, à Ajaccio, où a eu lieu lagression contre les trois jeunes.
(AFP)
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Lagression au fusil de trois jeunes dorigine maghrébine montre que, 4 ans après la vague de violences de 2002-2004, le racisme est toujours vif en Corse.
Vendredi 3 octobre, alors quils sétaient rassemblés pour prolonger la fête de lAïd El Fitr près du stade local, des jeunes du quartier des Jardins de lEmpereur, à Ajaccio, ont été pris pour cible par des hommes armés de fusils de chasse. Adel, 18 ans, et Yahya, 16 ans, ne sont que légèrement touchés au thorax et à lépaule. Mais Mourad, 19 ans, reçoit |
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un plomb dans lil. Les responsables de la fusillade, nouvelle manifestation du racisme ordinaire en Corse, nont pas été identifiés.
Pendant quon emmène les trois blessés à lhôpital, des témoins désignent un habitant du quartier comme lauteur des coups de feu. Selon les jeunes présents, cet homme dune quarantaine dannées, amateur de chasse, les aurait menacés en brandissant un fusil quelques jours auparavant. Sales Arabes, je vais vous buter un par un, vous êtes tous sur ma liste, aurait-il crié. Une fois lhomme arrêté, on découvre quil a été condamné à quatre reprises pour violence aggravée, délit de fuite après un accident de la circulation et conduite sous l'emprise de l'alcool. Cest un ouvrier boulanger qui se lève à 6 h tous les matins. Les jeunes font du bruit sous ses fenêtres depuis des années, raconte Claudine Tomasi, la présidente de lassociation de quartier Les Jardins de lEmpereur, sans excuser le geste criminel. Elle ajoute : Les blessés sont des jeunes gens sans histoires.
Un second suspect, âgé de 22 ans, est interpellé le lendemain et placé en garde-à-vue. Mais lundi, les deux hommes sont relâchés, sous contrôle judiciaire, et mis en examen uniquement pour menaces à caractère raciste. Les faits quon leur reproche remontent en fait au 18 septembre. Le procureur de la république, José Thorel, mentionne un différend les ayant opposés à ces mêmes jeunes, pour une histoire de tags sur une voiture. Les avocats des deux hommes affirment quils auraient été eux-mêmes insultés et agressés lors de cette dispute. Concernant la fusillade, ils ont fourni un solide alibi.
Un acte isolé ?
Les auteurs des coups de feu restent donc introuvables. Lhypothèse dun règlement de comptes nest pas écartée. Un jeune du quartier a été tué il y a un mois pour une histoire de drogue, rappelle Claudine Tomasi. Mais les circonstances désignent une agression raciste : les faits se sont produits le soir de lAïd, dans un quartier où les menaces racistes étaient devenues fréquentes, et les victimes navaient aucun casier judiciaire. Cest un acte raciste isolé, quil ne faut ni banaliser, ni dramatiser, estime André Paccou, président de la Ligue des droits de l'homme en Corse. Ce qui sest passé est dramatique, mais ça na rien à voir avec les banlieues parisiennes, la cohabitation se passe bien ici, renchérit Claudine Tomasi. Elle reconnaît pourtant que les insultes racistes, venant dun côté comme de lautre, sont fréquentes. On a laissé sinstaurer un climat malsain. Les deux hommes qui ont été mis en examen auraient pu être rappelés à lordre bien plus tôt, ajoute André Paccou. La situation reste malgré tout différente de celle de 2004, quand des groupuscules indépendantistes, jusque-là inconnus, tels Clandestini Corsi, faisaient exploser des bombes devant les maisons de familles marocaines, ou mitraillaient fidèles et imams à la sortie des mosquées. Cette vague de violence avait poussé plusieurs familles maghrébines à quitter lîle, où les immigrés représentent aujourdhui 9% de la population (dont 40% de Marocains). Depuis, les actes racistes ont largement reculé : 107 actes ou menaces racistes avaient été recensés en Corse en 2004 (sur un total de 905 en France), contre 14 actes racistes ou antisémites en 2007.
Les inscriptions Arabi fora (les Arabes dehors) ornent toujours les murs. Les racines du mal sont les mêmes : la tentation de désigner un bouc émissaire pour résoudre ses propres problèmes didentité. Mais quelque chose a changé, comme le souligne André Paccou : Cette fois, le maire dAjaccio est immédiatement venu dans le quartier, pour montrer aux jeunes quil les soutenait. Maintenant les élus sont très attentifs à ce problème. |
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