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N° 342
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Si ZB ne sent pas la crise, c’est parce qu’il est déjà en crise. Depuis qu’il est né.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Cela fait maintenant plus de trois semaines que Zakaria Boualem, héros alerte et vigilant s’il en est, entend parler de crise financière majeure. Il l’a évoquée dans ces mêmes colonnes, répétant comme un perroquet ce qu’il lisait dans les journaux. On connaît le propos : en gros, tout va se casser la gueule, le système touche à ses limites, c’est la fin du monde, et merci. Il s’attendait à voir surgir un nouveau monde, qui ne soit pas bâti sur le capitalisme financier, sans avoir d’idée précise sur ce à quoi pouvait bien ressembler ce nouveau système en question. Le retour du bolchévisme ? Un truc plus à la cubaine peut-être ?… Ou alors carrément une république islamique mondiale sur le modèle iranien, avec interdiction des intérêts bancaires, le fameux riba qui est la cause de tout ce chaos ? Il faudrait demander aux experts…

Terré chez lui, Zakaria Boualem a attendu la fin du monde. Trois semaines. Il a même failli vendre ses actions à la Bourse de Casablanca, avant de se rappeler qu’il n’en avait jamais eues. Chaque matin, il s’est rendu au bureau avec angoisse, s’attendant à voir s’écrouler - physiquement - un pan de l’économie marocaine. Rien. Il ne s’est rien passé. Pas de crise visible dans son quotidien. Enfin, rien de pire que d’habitude. Il a appris au passage que le taux de son prêt
immobilier était variable, et que, donc, il allait être revu à la hausse. Bizarrement, il n’avait pas été décrété variable lorsqu’il était à la baisse pendant toutes les années qui ont précédé cette fameuse crise. La mauvaise foi classique des banquiers, rien de bien nouveau en fait. Il a aussi appris qu’il suffirait de 5 milliards de dollars par an pendant 15 ans pour éradiquer la faim dans le monde, soit 75 milliards, c'est-à-dire dix fois moins que ce que les Américains viennent d’injecter dans leur économie pour sauver le système. C’était donc possible de les trouver. La mauvaise foi classique des riches, rien de nouveau en fait. Il a aussi découvert qu’il existait un promoteur émirati du nom de Nakheel, qui s’était lancé cette semaine dans la construction d’une tour d'un kilomètre de haut. Il compte baptiser cette construction Nakheel Tower, sans doute en hommage à lui-même, à sa créativité et à sa modestie… Apparemment, il ne souffre pas de la crise, le brave homme. Au passage, Zakaria Boualem souhaite informer ce monsieur Nakheel qu’il ne faut pas compter sur lui pour habiter là haut. L’air y sera vif, l’oxygène rare et l’ascenseur hors de prix en termes d’entretien. Fin de la parenthèse, et revenons à la crise. C’est une crise invisible, donc. Tous les gens soi-disant ruinés ont l’air en pleine forme. Pas comme le gardien de voitures de Zakaria Boualem, un ancien prof de physique dont la ruine, elle, est visible à l’œil nu. C’est bizarre, il n’avait pourtant pas pour habitude de jouer à la Bourse… Il s’est ruiné tout seul comme un grand, avec suffisamment de classe pour ne pas juger utile de déclencher de crise financière mondiale autour de lui pout attirer l’attention des journalistes.
Et puis, soudain, la réponse est apparue à notre héros : si Zakaria Boualem ne sent pas la crise, c’est parce qu’il est déjà en crise ! Depuis qu’il est né, pour être précis. Oui, les puristes pourront répliquer qu’une crise qui dure des années n’est pas une crise mais un état permanent, et que la crise, par définition, est passagère. Ils ont tort, Zakaria Boualem le sait. Il vit une crise permanente, débrouillez-vous avec ce concept. Une crise financière, culturelle, morale, footballistique… Tout sauf sexuelle, finalement. Et j’ajoute qu’il existe de nombreux indices qui tendent à prouver qu’il n’est pas le seul dans ce cas. Donc cette nouvelle crise, qui vient par-dessus la première, il s’en fout, il n’en parlera plus. À moins qu’une banque ne s’écroule. Physiquement, s’entend. Et merci.

 
 
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