Si ZB ne sent pas la crise, cest parce quil est déjà en crise. Depuis quil est né.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Cela fait maintenant plus de trois semaines que Zakaria Boualem, héros alerte et vigilant sil en est, entend parler de crise financière majeure. Il la évoquée dans ces mêmes colonnes, répétant comme un perroquet ce quil lisait dans les journaux. On connaît le propos : en gros, tout va se casser la gueule, le système touche à ses limites, cest la fin du monde, et merci. Il sattendait à voir surgir un nouveau monde, qui ne soit pas bâti sur le capitalisme financier, sans avoir didée précise sur ce à quoi pouvait bien ressembler ce nouveau système en question. Le retour du bolchévisme ? Un truc plus à la cubaine peut-être ?
Ou alors carrément une république islamique mondiale sur le modèle iranien, avec interdiction des intérêts bancaires, le fameux riba qui est la cause de tout ce chaos ? Il faudrait demander aux experts
Terré chez lui, Zakaria Boualem a attendu la fin du monde. Trois semaines. Il a même failli vendre ses actions à la Bourse de Casablanca, avant de se rappeler quil nen avait jamais eues. Chaque matin, il sest rendu au bureau avec angoisse, sattendant à voir sécrouler - physiquement - un pan de léconomie marocaine. Rien. Il ne sest rien passé. Pas de crise visible dans son quotidien. Enfin, rien de pire que dhabitude. Il a appris au passage que le taux de son prêt |
|
immobilier était variable, et que, donc, il allait être revu à la hausse. Bizarrement, il navait pas été décrété variable lorsquil était à la baisse pendant toutes les années qui ont précédé cette fameuse crise. La mauvaise foi classique des banquiers, rien de bien nouveau en fait. Il a aussi appris quil suffirait de 5 milliards de dollars par an pendant 15 ans pour éradiquer la faim dans le monde, soit 75 milliards, c'est-à-dire dix fois moins que ce que les Américains viennent dinjecter dans leur économie pour sauver le système. Cétait donc possible de les trouver. La mauvaise foi classique des riches, rien de nouveau en fait. Il a aussi découvert quil existait un promoteur émirati du nom de Nakheel, qui sétait lancé cette semaine dans la construction dune tour d'un kilomètre de haut. Il compte baptiser cette construction Nakheel Tower, sans doute en hommage à lui-même, à sa créativité et à sa modestie
Apparemment, il ne souffre pas de la crise, le brave homme. Au passage, Zakaria Boualem souhaite informer ce monsieur Nakheel quil ne faut pas compter sur lui pour habiter là haut. Lair y sera vif, loxygène rare et lascenseur hors de prix en termes dentretien. Fin de la parenthèse, et revenons à la crise. Cest une crise invisible, donc. Tous les gens soi-disant ruinés ont lair en pleine forme. Pas comme le gardien de voitures de Zakaria Boualem, un ancien prof de physique dont la ruine, elle, est visible à lil nu. Cest bizarre, il navait pourtant pas pour habitude de jouer à la Bourse
Il sest ruiné tout seul comme un grand, avec suffisamment de classe pour ne pas juger utile de déclencher de crise financière mondiale autour de lui pout attirer lattention des journalistes.
Et puis, soudain, la réponse est apparue à notre héros : si Zakaria Boualem ne sent pas la crise, cest parce quil est déjà en crise ! Depuis quil est né, pour être précis. Oui, les puristes pourront répliquer quune crise qui dure des années nest pas une crise mais un état permanent, et que la crise, par définition, est passagère. Ils ont tort, Zakaria Boualem le sait. Il vit une crise permanente, débrouillez-vous avec ce concept. Une crise financière, culturelle, morale, footballistique
Tout sauf sexuelle, finalement. Et jajoute quil existe de nombreux indices qui tendent à prouver quil nest pas le seul dans ce cas. Donc cette nouvelle crise, qui vient par-dessus la première, il sen fout, il nen parlera plus. À moins quune banque ne sécroule. Physiquement, sentend. Et merci. |