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Littérature. La preuve, sans le miel
N° 343
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Aïcha Akalay

Littérature. La preuve, sans le miel

Abla Ababou
(DR)

La preuve par le miel, de Salwa Al Neimi, était annoncé comme le premier roman érotique écrit par une femme arabe. Il s'avère n'être qu'un pétard mouillé. Hélas !


“Je b… donc je suis”, “l’arabe est la langue du sexe” sont autant de formules-chocs, citées en exergue sous la plume d’une femme. La preuve par le miel, de Salwa Al Neimi, a très vite trouvé son étiquette : le premier roman érotique écrit par une femme arabe. Ce n’est pas une mince affaire. Cela a valu à l'ouvrage, condamné par les uns, célébré
par les autres, une importante médiatisation au niveau international. Et la mayonnaise prend. Le roman, publié début 2007 en arabe aux éditions Riad El-Rayess, à Beyrouth (la version française, publiée aux éditions Laffont, est parue cette année), figure parmi les meilleures ventes de livres dans le monde arabe.

Le roman, donc, se veut iconoclaste, en rupture avec la loi du silence qui pèse sur la sexualité en terre d’islam. L’héroïne est une bibliothécaire syrienne, passionnée de littérature érotique arabe, qui tient à parler de sa vie sexuelle à la lueur de ses maîtres à penser. Un seul objectif : mettre des mots sur ce que l’on tait trop souvent dans les sociétés arabes, libérer le langage du sexe. Nous nous aventurons en terre inconnue, l’expérience est excitante. Et le lecteur se retrouve vite bringuebalé au milieu de hadiths, de citations d’auteurs et de poètes arabes. Une pléthore de personnages sont convoqués : Abou Ali Al Qali, Tifachi, Ali Ibn Nasr, Al Samawal Ibn Yahya, Nasir Al Din Al Toussi, Mohammed Al Nafzaoui, Ahmed Ibn Suleiman, Ali Al Katibi Al Qazwini, Al Suyuti, Al Tijani…

L’auteur nous invite à boire à tire-larigot les précieux conseils érotiques de ces érudits d’une certaine culture arabo-musulmane. Autour de l’héroïne sans nom de La preuve par le miel gravitent des seconds rôles, ses amants, sans noms non plus, et des femmes que l’on imagine fringantes. Ces personnages de l'ombre apparaissent et s'évanouissent, comme des clairs-obscurs qui émaillent le récit de mystère. L’auteur avance par ellipses, s’accorde des flash-backs, et finalement ne nous livre pas un tableau aux contours précis mais plutôt une matière tantôt opaque, tantôt évanescente. Si le lecteur s’attend à une puissance évocatrice du récit, à une précision des détails visuels, à des mots qui le sortent de son angle mort, il risque d’être déçu.

Les arabes aussi…
Salwa Al Neimi nous introduit dans un sérail aux parfums inodores, aux parures incolores, les yeux bandés et les sens en sourdine. L’un des reproches qui peut être fait à ce livre sort de la bouche de son héroïne elle-même : “Quand nous parlions de sexe, la théorie était mon masque, je citais les livres ou l’expérience des autres”. La lecture de l’ouvrage révèle un récit nimbé de pudeur. Une sorte de Dernier tango à Paris sans beurre. Et cela a du mal à passer. Le propos dérange. Il rappelle un discours bien rodé, où nos ancêtres ont tout inventé, et notre salut ne viendra que si nous osons un retour aux sources : “Notre génération n’a rien inventé, les ouvrages de mes auteurs le rappellent”. À croire que dans les sociétés arabes du XIV siècle, copuler à tout va était la règle, et personne ne s’en cachait. Nous connaissons tous la réponse. Non, finalement, ce qui choque, ce sont moins les mots crus de ce livre que ce refrain trop entendu, ce disque rayé, cette chanson que l’on veut oublier : “Je calquais ma vie sur leurs mots”. N’être que des moutons de Panurge, pas très moderne comme approche. L’individu qui s’exprime, qui innove, qui s’émancipe de l’héritage de ses ancêtres, ne le cherchez pas dans ce livre. Il n’existe pas encore, ni dans la réalité, ni dans la fiction, ni même au fin fond de son lit.

Voilà donc le triste résultat qu’est ce “premier roman érotique écrit par une femme arabe”. Hélas ! Il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer. À travers ce livre, l’auteur cherche à démontrer que les arabes aussi ont su parler de sexe, et ont su le faire. Nous nous en doutions. Elle nous le confirme. Nous sommes rassurés. À la lecture des mots choisis par Salwa Al Neimi, on pense à un poète, lusophone, cette fois-ci, comme pour varier les plaisir, prendre de la vanille pour changer du chocolat, écouter du fado pour oublier le muezzin. “D’abord sois libre, ensuite demande la liberté”. Merci Monsieur Pessoa. Le premier livre érotique écrit par une femme arabe ? Il est définitivement encore à faire. Mesdames, à vos plumes !

 
 
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