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Par Aïcha Akalay
Littérature. La preuve, sans le miel
La preuve par le miel, de Salwa Al Neimi, était annoncé comme le premier roman érotique écrit par une femme arabe. Il s'avère n'être qu'un pétard mouillé. Hélas !
Je b
donc je suis, larabe est la langue du sexe sont autant de formules-chocs, citées en exergue sous la plume dune femme. La preuve par le miel, de Salwa Al Neimi, a très vite trouvé son étiquette : le premier roman érotique écrit par une femme arabe. Ce nest pas une mince affaire. Cela a valu à l'ouvrage, condamné par les uns, célébré |
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par les autres, une importante médiatisation au niveau international. Et la mayonnaise prend. Le roman, publié début 2007 en arabe aux éditions Riad El-Rayess, à Beyrouth (la version française, publiée aux éditions Laffont, est parue cette année), figure parmi les meilleures ventes de livres dans le monde arabe.
Le roman, donc, se veut iconoclaste, en rupture avec la loi du silence qui pèse sur la sexualité en terre dislam. Lhéroïne est une bibliothécaire syrienne, passionnée de littérature érotique arabe, qui tient à parler de sa vie sexuelle à la lueur de ses maîtres à penser. Un seul objectif : mettre des mots sur ce que lon tait trop souvent dans les sociétés arabes, libérer le langage du sexe. Nous nous aventurons en terre inconnue, lexpérience est excitante. Et le lecteur se retrouve vite bringuebalé au milieu de hadiths, de citations dauteurs et de poètes arabes. Une pléthore de personnages sont convoqués : Abou Ali Al Qali, Tifachi, Ali Ibn Nasr, Al Samawal Ibn Yahya, Nasir Al Din Al Toussi, Mohammed Al Nafzaoui, Ahmed Ibn Suleiman, Ali Al Katibi Al Qazwini, Al Suyuti, Al Tijani
Lauteur nous invite à boire à tire-larigot les précieux conseils érotiques de ces érudits dune certaine culture arabo-musulmane. Autour de lhéroïne sans nom de La preuve par le miel gravitent des seconds rôles, ses amants, sans noms non plus, et des femmes que lon imagine fringantes. Ces personnages de l'ombre apparaissent et s'évanouissent, comme des clairs-obscurs qui émaillent le récit de mystère. Lauteur avance par ellipses, saccorde des flash-backs, et finalement ne nous livre pas un tableau aux contours précis mais plutôt une matière tantôt opaque, tantôt évanescente. Si le lecteur sattend à une puissance évocatrice du récit, à une précision des détails visuels, à des mots qui le sortent de son angle mort, il risque dêtre déçu.
Les arabes aussi
Salwa Al Neimi nous introduit dans un sérail aux parfums inodores, aux parures incolores, les yeux bandés et les sens en sourdine. Lun des reproches qui peut être fait à ce livre sort de la bouche de son héroïne elle-même : Quand nous parlions de sexe, la théorie était mon masque, je citais les livres ou lexpérience des autres. La lecture de louvrage révèle un récit nimbé de pudeur. Une sorte de Dernier tango à Paris sans beurre. Et cela a du mal à passer. Le propos dérange. Il rappelle un discours bien rodé, où nos ancêtres ont tout inventé, et notre salut ne viendra que si nous osons un retour aux sources : Notre génération na rien inventé, les ouvrages de mes auteurs le rappellent. À croire que dans les sociétés arabes du XIV siècle, copuler à tout va était la règle, et personne ne sen cachait. Nous connaissons tous la réponse. Non, finalement, ce qui choque, ce sont moins les mots crus de ce livre que ce refrain trop entendu, ce disque rayé, cette chanson que lon veut oublier : Je calquais ma vie sur leurs mots. Nêtre que des moutons de Panurge, pas très moderne comme approche. Lindividu qui sexprime, qui innove, qui sémancipe de lhéritage de ses ancêtres, ne le cherchez pas dans ce livre. Il nexiste pas encore, ni dans la réalité, ni dans la fiction, ni même au fin fond de son lit.
Voilà donc le triste résultat quest ce premier roman érotique écrit par une femme arabe. Hélas ! Il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer. À travers ce livre, lauteur cherche à démontrer que les arabes aussi ont su parler de sexe, et ont su le faire. Nous nous en doutions. Elle nous le confirme. Nous sommes rassurés. À la lecture des mots choisis par Salwa Al Neimi, on pense à un poète, lusophone, cette fois-ci, comme pour varier les plaisir, prendre de la vanille pour changer du chocolat, écouter du fado pour oublier le muezzin. Dabord sois libre, ensuite demande la liberté. Merci Monsieur Pessoa. Le premier livre érotique écrit par une femme arabe ? Il est définitivement encore à faire. Mesdames, à vos plumes ! |
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