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N° 343
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui,
Zoé Deback
et Karim Boukhari

Coulisses. Interviewer le roi

10 janvier 2005. Ignacio Cembrero,
journaliste d’El Pais, accompagné
de son directeur, Jesus Ceberio,
durant le dernier grand entretien
accordé par Mohammed VI
à la presse.
(DR)


Jusqu’à présent, aucun journaliste marocain n’a eu ce privilège. Les rares étrangers qui l’ont fait racontent…


“Cette fois, c’est sûr, le roi est sur le point d’accorder une interview à un journal marocain”. Simple rumeur, comme d’hab ? Possible, possible… Ce qui est sûr, c’est que la phrase revient en ritournelle depuis quelques semaines. Mohammed VI, premier acteur politico-économique du pays, le plus médiatisé, est aussi, paradoxalement, l’un des moins connus. Il n’a jamais accordé d’entretien à la presse marocaine, fidèle (pour le
moment) à un parti pris adopté par Mohammed V, puis Hassan II.

Au cabinet royal, réceptacle logique des demandes d’entretien, les interviews royales ne sont pas “d’une actualité quotidienne”, comme nous l’a précisé ce cabinard qui a requis l’anonymat. En près de dix ans de règne, Mohammed VI n’a accordé qu’une dizaine d’interviews, exclusivement à des supports non marocains, tous écrits. Pas de télévision, pas de conférence de presse, des entretiens individuels, parfois groupés, dans l’un des salons feutrés du palais, parfois en voiture, ou même en avion, le temps d’une “course” entre deux villes du royaume.

Les demandes d’entretien sont pourtant monnaie courante. Elles n’atterrissent pas toujours dans les bureaux du cabinet royal. Chacun se débrouille à sa manière, empruntant son propre circuit préférentiel, transitant par l’un ou l’autre des conseillers ou proches collaborateurs du roi, notifiant sa demande par écrit ou se contentant d’un simple message oral. La liste d’attente est longue, longue. Y figurent des journaux, des télévisions, du monde entier. “Je ne peux pas vous dire combien nous recevons de demandes par semaine, ou par mois. Généralement, on enregistre des pics lorsque le roi se déplace ou reçoit un chef d’Etat”, nous explique ce membre du cabinet royal. Ce que notre source ne nous dit pas, ou alors à demi-mot, c’est que les seules demandes non écrites, correspondant à de simples consignes orales, émanent de supports marocains.

Même lorsque le roi a reçu, dans ses salons, et en famille, deux journaux marocains (Citadine et Nissae Mina Al Maghrib), venus effectuer un reportage sur le baptême de Lalla Khadija, deuxième enfant du roi, aucune demande préalable (d’entretien avec le roi) n’avait été expressément formulée. “Les deux titres sont catalogués famille, femmes, people. Ils ont toujours été intéressés par des reportages sur la vie des princes et princesses. Pour les deux reportages en question, ils ont été choisis par le roi en personne, et ses conseillers, désireux de s’ouvrir sur la presse et le public marocain”, commente ce familier des us et traditions du sérail. Un coup de com’, donc, indiscutablement bien senti, avec un Mohammed VI clairement à son avantage, très à l’aise face aux objectifs des photographes. Une opération qui tombait à pic, aussi, puisque la naissance de Lalla Khadija a été précédée, sur tout le territoire, par de nombreuses fausses rumeurs sur un accouchement précoce de Lalla Salma.

C’était en avril 2007. Depuis cette date, le souverain ne s’est plus exprimé dans aucun journal. S’apprêterait-il à s’exprimer, directement, enfin, comme le prête une certaine rumeur, dans un support marocain ? “Ce n’est pas impossible. Le roi en décidera quand il le voudra. Il peut consulter quelques-uns parmi ses conseillers, ou l’un des membres de son cabinet. Alors on verra”, explique, dubitative, notre source. Croisons les doigts…

“vous voyez, je ne suis pas distant de mon peuple”
Pour sa première interview accordée à un média français, Mohammed VI a opté pour un poids lourd : Charles Lambroschini. A l’époque numéro 2 du Figaro, Lambroschini est un habitué de ce genre d’entretien “au sommet”. Il a à son actif des tête-à-tête avec George Bush, Ariel Sharon, Yasser Arafat, Hussein de Jordanie, etc. Sa rencontre avec Mohammed VI, il la doit au conseiller André Azoulay, alors en charge des relations entre le Palais et la presse internationale. “J’en ai parlé à André, qui est avant tout un ami et dont je connaissais la proximité avec le Palais. Quelques jours plus tard, il est revenu vers moi pour me dire que le roi était d’accord”, raconte aujourd’hui Charles Lambroschini, qui nous apprend avoir mis au courant à l’avance son ami André des thèmes qu’il souhaite aborder avec Mohammed VI. “Il n’était pas spécialement enthousiaste à l’idée d’évoquer l’affaire Ben Barka ou le règne de Hassan II par exemple, mais ce sont des sujets qui s’imposaient”, ajoute-t-il. Rendez-vous alors est donné pour fin août 2001. Arrivé de Casablanca à bord d’un jet privé en compagnie d’André Azoulay, Charles Lambroschini est reçu par Mohammed VI dans sa villa en bord de mer à Mdiq, sur la côte méditerranéenne du royaume. “Il m’a présenté d’abord à son entourage, ensuite nous avons pris la route pour le palais de Tétouan”, se souvient le journaliste français. Dans le cabriolet qu’il conduit lui-même, Mohammed VI donne un aperçu de sa popularité à son copilote d’un jour. “Sur la route, il y avait énormément de gens sur notre passage qui nous faisaient des signes de la main. Le roi s’est alors tourné vers moi et m’a lancé : vous voyez, contrairement à ce qui se dit en France, je ne suis pas distant de mon peuple”.

L’interview a lieu dans l’enceinte du palais de Tétouan. Présent aux côtés du souverain, André Azoulay n’intervient pas. Durant une heure, Mohammed VI répond aux questions les plus délicates et les plus frontales auxquelles il ait jamais eu droit de la part d’un journaliste : l’affaire Ben Barka, Hassan II, les années de plomb, le prince Moulay Hicham… tout y passe. Au final, il s’en sort plutôt bien. Un combat remporté aux points. “Le roi avait l’air quelque peu intimidé, pas très à l’aise, surtout au début. Mais, au fil des minutes, il s’est imposé naturellement”, souligne l’envoyé spécial du Figaro, qui deviendra quelques années plus tard le conseiller du patron du groupe Maroc Soir, Othmane El Omeir. “J’ai été enchanté d’interviewer Mohammed VI. Normalement, ce genre d’exercice est réglé à la minute près. Avec lui, ça s’est fait avec beaucoup de simplicité et sans arrogance”, conclut Charles Lambroschini. Publié le 4 septembre 2001 sur trois pages, le texte de l’interview a été “retouché” quelques jours plus tôt par Mohammed VI, qui y a apporté des changements au niveau de la construction et de la forme.

Viva Espana
La dernière interview marquante de Mohammed VI remonte au 10 janvier 2005. Ce jour-là, Jesus Ceberio et Ignacio Cembrero, respectivement directeur et journaliste du grand quotidien espagnol El Pais, sont récupérés par une berline noire avec chauffeur, envoyée par le protocole royal à leur hôtel à Ouarzazate. Arrivés la veille en provenance de Madrid, les deux hommes y ont croisé, entre autres, le ministre de l’Intérieur de l’époque, El Mostafa Sahel, et le général Hamidou Laânigri, alors patron de la DGSN. “Notre hôtel était occupé en grande partie par les hauts responsables marocains suivant Mohammed VI dans sa villégiature à Ouarzazate”, se souvient Cembrero, à qui El Pais doit l’une des rares interviews accordées par Mohammed VI à la presse. Un scoop que ce spécialiste du Maroc a longtemps traqué avant de pouvoir le décrocher. “J’ai commencé à envoyer des demandes écrites dès l’intronisation du roi en 1999. En parallèle, j’en parlais régulièrement à certains de ses proches qui me faisaient à chaque fois des promesses”, explique le journaliste espagnol, qui ne s’est vu accorder le OK royal qu’en décembre 2004. “C’est le chargé du protocole royal qui m’a appelé pour m’apprendre la nouvelle”, confie Cembrero, analysant : “Le contexte de l’époque a beaucoup joué dans cette décision. Quelques mois auparavant, il y avait eu les attentats de Madrid où des Marocains ont été impliqués. Et on était à la veille de la première visite au Maroc du couple royal espagnol depuis 26 ans. Mohammed VI avait donc besoin de communiquer et de s’adresser au peuple espagnol”.

Le jour J, les deux envoyés spéciaux d’El Pais sont reçus à l’entrée de la résidence royale par un certain Fouad Ali El Himma, alors ministre délégué à l’Intérieur, qui leur évite d’être fouillés par les agents de sécurité. Installés sous un porche, Jesus Ceberio et Ignacio Cembrero prennent d’abord un thé en discutant avec le prince Moulay Rachid. “Un parfait hispanophone”, selon Cembrero. Quelques minutes plus tard, c’est au tour de Mohammed VI de faire son apparition. “On ne l’a pas vu venir. Il est arrivé de derrière en toute discrétion, sans être annoncé”, raconte le journaliste ibérique, qui avoue avoir été surpris par la légèreté du protocole. “C’était d’une simplicité pour le moins agréable. Pour avoir interviewé de nombreux chefs d’Etat, je sais de quoi je parle”, assure-t-il. Après les salamalecs d’usage, l’interview peut commencer. Dans leur coin, Fouad Ali El Himma et Rochdi Chraïbi, responsable au cabinet royal, deux hommes très peu hispanophones, écoutent religieusement le roi répondre en espagnol aux questions des deux journalistes, communiquées quelques jours plus tôt à l’entourage royal. Seul Fadel Benyaich, autre proche du roi, suit réellement la discussion, parfaitement rompus aux subtilités de la langue de Cervantès. Mohammed VI semble à l’aise, “un peu tendu au début, très concentré tout au long de l’entretien, mais maîtrisant parfaitement son sujet”, commente le journaliste ibérique. Le roi ne fait pas dans l’esquive. Même devant les thèmes les plus délicats (évènements de l’îlot Leila, héritage du règne de Hassan II…)

“On ne nous a pas imposé une limite de temps, on a tout simplement épuisé notre questionnaire”, explique Cembrero. Avant de quitter ses invités, Mohammed VI pose avec eux pour la traditionnelle photo-souvenir et donne ses instructions pour qu’on les raccompagne à leur hôtel. Quelques jours plus tard, le souverain reçoit la retranscription de l’interview comme convenu. “Mais il n’y a pas apporté de changements importants. Juste des retouches de style”, assure Cembrero.

L’interview, le jogging et l’avion
Scott MacLeod a pris de vitesse tout le monde. Le chef du bureau du Caire du très prestigieux hebdomadaire américain Time a réussi, en mai 2000, à décrocher la première interview de Mohammed VI. “Dès son intronisation en 1999, j’ai commencé à contacter des responsables marocains pour tâter le terrain. Ayant eu des retours positifs, j’ai finalement envoyé une demande officielle au roi”, explique aujourd’hui Scott MacLeod, qui a eu droit à deux longues séances de briefing avant que le OK royale ne tombe. “J’ai été interviewé par le cabinet royal, c'est-à-dire que je leur ai fait une présentation de mon projet : pourquoi je désirais l’interviewer, les thèmes que je comptais aborder avec lui…”, se souvient-il. Un protocole lourd, mais pas de quoi décourager MacLeod, un habitué de ce genre d’exercice. Les entrevues avec les grands de ce monde, il en a fait sa spécialité. Il a à son tableau de chasse les premières interviews accordées par l’émir du Qatar, le roi de Jordanie et même… Oussama Ben Laden !

Celle avec Mohammed VI a eu lieu en deux temps. La première phase à Marrakech dans une résidence royale secondaire. Seule personne présente à ce tête-à-tête, le photographe de Time. “Nous avons discuté comme le feraient deux personnes tout à fait normales. J’étais plutôt étonné. Nous avons parlé de ses projets, échangé des idées, surtout en anglais, de temps en temps en français”. Mohammed VI va étonner davantage son hôte en lui proposant d’aller courir avec lui. Suivis par une voiture banalisée conduite par un garde du corps, les deux hommes alignent les foulées dans la palmeraie de la ville ocre. “Nous avons fait du jogging pendant une heure environ en parlant tout le temps. Enfin, c’était lui qui parlait car il était en bien meilleure forme que moi. Il m’a essentiellement raconté des histoires très intéressantes sur sa famille. Arrivés à une sorte de club sportif, il m’a prévenu qu’il allait continuer avec un entraîneur. On m’a alors accompagné à mon hôtel”, raconte MacLeod.

La suite de l’interview reprendra deux semaines plus tard à Agadir. Mais, contrairement à ce qui a été écrit ici ou là, le journaliste américain n’a pas séjourné entre-temps dans l’un des palais de Mohammed VI avec femme et enfant : il est bel et bien retourné au Caire en attendant qu’on le rappelle. “On m’a de nouveau rappelé pour me donner rendez-vous, cette fois au palais d’Agadir, pour la véritable interview avec Mohammed VI. Je posais mes questions en anglais et lui répondait en français. Avec nous, il y avait mon interprète et celui du roi”, raconte MacLeod, qui a trouvé son hôte, ce jour-là, “détendu, confiant, précis et direct”. L’entretien avec Mohammed VI se poursuit finalement… en plein ciel, à bord du Boeing royal qui relie Agadir à Casablanca. “Je suis monté dans un avion aménagé mais ordinaire, pas un de ces jets privés qu’utilisent souvent les rois… Le roi occupait simplement un des sièges de la business class. A la moitié du vol environ, on m’a simplement invité à m’asseoir à ses côtés et nous avons prolongé la discussion”. Satisfaite du résultat ramené par MacLeod, la direction de Time décide de titrer le 20 juin 2000 en couv’ du prestigieux magazine : Mohammed VI, the cool king. Dans l’interview (du moins la partie publiée, une autre ne l’ayant pas été) et l’article l’accompagnant sur quatre pages, les lecteurs découvrent un roi humain, moderne et tourné vers l’avenir. Un joli coup de marketing pour la monarchie.

Après monsieur, madame
Peu de gens le savent : au printemps 2001, Mohammed VI a donné une interview à Condé Nast Traveler, un prestigieux magazine américain… de tourisme de luxe. Les réponses du roi ont été utilisées sous forme de citations, dans un article sur le tourisme au Maroc. Sur le site Internet de la MAP, qui regroupe une poignée d’entretiens accordés par le roi, l’interview en question ne figure même pas. “En fait, elle est passée totalement inaperçue, parce qu’elle a été publiée quelques jours avant les évènements du 11 septembre”, nous explique Susan Hack, l’intervieweuse, qui n’est autre que… l’épouse de Scott MacLeod, le chef du bureau du Caire de Time ! Comme son mari, Susan Hack avait elle aussi sollicité une entrevue avec le roi. Et elle l’a obtenue. Après deux semaines de vacances passées à la Mamounia, à Marrakech, Madame MacLeod est montée à bord d’un jet privé en direction de Fès, où elle était attendue par le souverain. Etaient également du voyage son époux et sa fille de huit ans. “Sa Majesté a appris qu’ils étaient avec moi à Marrakech, elle a insisté pour qu’ils m’accompagnent”, précise la journaliste américaine. Une fois dans l’enceinte du palais royal de la capitale spirituelle, le couple est aussitôt séparé : Susan est invitée à un tête-à-tête avec Mohammed VI, tandis que son époux et leur enfant sont priés d’attendre dans une pièce adjacente. L’entretien, essentiellement en français, dure en tout et pour tout une vingtaine de minutes. Un record de rapidité. Susan en sort, comme elle nous l’explique, “frappée par l’éloquence de Mohammed VI, sa manière douce de parler…”. Avant de quitter son invitée, le roi a tenu, nous raconte-t-elle encore, “à dire bonjour à Scott et à prendre une photo avec ma fille, qui jouait à côté avec des hommes en uniforme. Il a été tellement gentil avec elle…”

En voiture, si possible
Le 23 juillet 2001, le quotidien londonien Acharq Al Awsat est devenu le premier journal arabophone à publier une interview de Mohammed VI. “En juillet, j’ai croisé à Essaouira le conseiller royal André Azoulay. Je lui ai demandé s’il lui était possible de nous organiser un entretien avec Sa Majesté. Il m’a répondu qu’il allait transmettre notre requête”, raconte le journaliste marocain Hatem Bettioui, à l’époque responsable du desk Maroc à Londres. Le conseiller royal se montre efficace, réglant l’affaire en quelques jours. Il revient alors vers le journaliste marocain pour lui apprendre la bonne nouvelle : “Sa Majesté est d’accord pour l’interview”. Rendez-vous est pris pour le 18 juillet. Ce jour-là, Hatem Bettioui et Abderrahmane Rachid, alors rédacteur en chef d’Acharq Al Awsat, se rendent à l’aéroport Ibn Battouta de Tanger. Mohammed VI est déjà sur place. Il accompagne le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, qui s’apprête à quitter le Maroc. Bettioui et Rachid sont présentés au roi. On leur apprend que ce dernier est très occupé et que, par conséquent, l’entrevue ne peut se dérouler que durant le trajet (en voiture) de Tanger à Tétouan, où le souverain est attendu pour une inauguration. Autre détail, et pas des moindres : seul le journaliste saoudien Abderrahmane Rachid est invité à prendre place aux côtés de Mohammed VI, à l’arrière d’un van américain. Le Marocain Bettioui, lui, est prié de prendre place dans un autre véhicule du convoi royal…

L’interview-fleuve, réalisée intégralement en arabe par Abderrahmane Rachid, devenu depuis directeur de la chaîne de télévision Al Arabiya, a ratissé large : bilan de règne, privatisations, enseignement, liberté d’expression, etc. Petite consolation pour Hatem Bettioui, qui a failli devenir ce jour-là le premier journaliste marocain à interviewer Mohammed VI : une séance photo avec le souverain dès son arrivée à Tétouan.

Le glamour et l’anecdotique
La dernière fois que Mohammed VI s’est réellement prêté au jeu des questions-réponses remonte à décembre 2005. L’interview, accordée au quotidien japonais Nihon keizaï shimbun, ne restera pourtant pas dans les annales. Réalisée simplement par écrit, sans aucun contact direct, essentiellement centrée sur l’économie, et sur les relations entre le Maroc et le pays du Soleil levant (l’interview a été publiée dans la foulée d’une visite royale au Japon), elle fait partie des interviews à l’intérêt plutôt anecdotique, trop liée à une conjoncture particulière. Comme le long entretien accordé quelques années plus tôt, en mai 2002, au duo Melhem et Saer Karam, qui dirige l’hebdomadaire arabe La Revue du Liban. Les deux Karam, père et fils, ont été reçus par Mohammed VI au palais de Marrakech, pour réaliser un entretien “en marchant”, décontracté, sillonnant les longues allées du jardin royal. Une interview tournant essentiellement autour du Proche-Orient.

Dans un autre style, à mi-chemin entre le people et le politique, Mohammed VI a accordé deux entretiens (un record) au célèbre mazagine français Paris Match. Le premier, mené par Anne Sinclair, est sans doute le plus consistant. Plutôt politique, sérieux, l’entretien, qui a eu lieu quelques jours à peine après les attentats du 11 septembre, fait la part belle à l’irruption du terrorisme. “J’avoue ne plus me rappeler précisément les sujets dont nous avions parlé, mais je sais que Paris Match était ravi, et je crois que ce fut une bonne interview”, nous a toutefois expliqué Anne Sinclair, aujourd’hui plongée dans l’actualité des présidentielles américaines qu’elle couvre depuis Washington. La deuxième sortie de Mohammed VI chez “Match”, réalisée en mai 2004, est plus glamour, plus intime. Elle ressemble bien à la rencontre royale avec les deux magazines marocains Nissae mina Al maghrib et Citadine, trois années plus tard : même prétexte (l’anniversaire de Moulay El Hassan, contre le baptême de Lalla Khadija), même genre (reportage photo), même lieu (Rabat). à un détail près : la rencontre avec la journaliste de Paris Match, Caroline Pigozzi, a débouché, elle, sur une interview en bonne et due forme. Excellente, du reste.



Exception. Quand le roi reçoit la presse marocaine

L’information a longtemps été tenue secrète, pour n’éclater qu’à quelques jours du scoop : en mars 2007, Mohammed VI a reçu, en famille au palais royal de Rabat, une délégation de journalistes représentant deux supports marocains : Nissae mina al maghrib et Citadine. Les deux mensuels figurent parmi les meilleurs représentants de la presse magazine au Maroc. L’un est arabophone, l’autre francophone, la cible est à peu près la même : le grand public marocain, essentiellement féminin. L’affaire s’est goupillée très vite, peu après la naissance de Lalla Khadija, le deuxième enfant du roi. C’est Abdelhak Lemrini, chargé du protocole royal, qui a annoncé la nouvelle aux deux titres choisis par le roi. “On l’espérait depuis longtemps, mais c’est allé au-delà de nos espérances. On a eu, ensemble, le roi et toute sa famille, y compris son frère et ses sœurs”, se souvient l’une des journalistes invitées. Sinon ? “Sinon, tout est allé très vite, poursuit notre source. C’était un jour de semaine, on nous a donné rendez-vous à 10h30 et le roi est arrivé quelques minutes plus tard, en même temps que le reste de la famille”.
C’est un Mohammed VI souriant qui conduit le “reportage” et les séances photo, beaucoup plus détendu que ses invités journalistes. “Nous étions stressés à l’idée de le voir de si près, de lui parler. Mais il a tout de suite cherché à détendre l’atmosphère, en demandant par exemple à l’une des journalistes (Leïla Benyassine, alors directrice de Nissae Mina Al Maghrib), qui avait effectué une partie de sa scolarité auprès des princesses : alors, Leïla, comment vas-tu ?”, révèle notre source. Une fois le trac (des journalistes, mais aussi du service d’ordre, particulièrement nerveux au début de la rencontre) disparu, le roi s’est tranquillement prêté au jeu des séances photo, avant de poser avec ses invités à l’heure de les quitter. Cette grande première, qui a eu lieu le 7 mars 2007, a pris une heure, la durée moyenne des entretiens royaux. Résultat : les deux magazines publient, dans leur livraison du mois d’avril, un long reportage dédié essentiellement à la photo, sans interview, où la consigne de ne jamais citer aucun membre de la famille royale est scrupuleusement respectée.

 
 
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