Politique. Le western de la rentrée
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USFP. Les enjeux d'un congrès
Tendance. Icônes à la marocaine
Analyse. Arabes, êtes-vous mabouls ?
Algérie. Bouteflika, jamais deux sans trois ?
Logement. Des villas pas si économiques
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Littérature. La preuve, sans le miel
N° 343
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Souleïman Bencheikh

Politique. Le western de la rentrée

Vendredi 10 octobre, Chambre
des représentants. Le discours royal ouvre la session parlementaire.
(TNIOUNI)

Quoi de mieux que sept classiques du western pour illustrer la rentrée politique, avec son lot d’espoirs réels ou (déjà) évanouis.


Une chose est sûre : l’entrée en lice de Fouad Ali El Himma dans le champ politique a déjà bouleversé les douces habitudes de nos politiciens. Depuis plus d’un an, journalistes et politologues ont les yeux rivés sur "l’ami du roi" et ses vastes projets. Pour sa deuxième rentrée parlementaire, l’ex-ministre délégué à l’Intérieur a encore fait parler de
lui : c’est d’abord le feuilleton de sa fâcherie avec Abdallah Kadiri, patron du PND (Parti national démocratique, récemment “avalé”), c’est ensuite l’histoire du premier test électoral du PAM (Parti authenticité et modernité) lors des élections législatives partielles des 19 et 21 septembre, et, enfin, cerise sur le gâteau, l’annonce surprise d’une alliance parlementaire avec le RNI (Rassemblement national des indépendants) de Mustapha Mansouri. Face à tout ce remue-ménage, la classe politique, déstabilisée, tente de réagir. Mais avec ou sans elle, le film continue…

Pour une poignée de dollars
Ou la lutte anticorruption

C’est désormais une habitude : la rentrée politique a lieu chaque 20 août. Les officiels, encore en villégiature, ont alors l’oreille rivée sur le traditionnel discours royal. Et cette année, avec plusieurs atouts dans sa manche, le roi a frappé fort. Outre la nomination d’un nouveau secrétaire général du gouvernement (Driss Dahhak), d’un tout frais président de la Cour suprême (Taïeb Cherkaoui) et d’un patron aguerri à la tête du Conseil de la concurrence (Abdelali Benamor), Mohammed VI a décrété la guerre à la corruption : un vaste chantier auquel s’est attelé Abdesselam Aboudrar, jusqu’alors directeur général adjoint de la CDG (Caisse de dépôt et de gestion). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le nouveau patron de l’Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC) a du pain sur la planche. Mais aura-t-il les moyens de ses ambitions ? “Je n’aurais pas accepté la proposition si je n’étais pas certain de pouvoir faire avancer les choses”, a-t-il d’ores et déjà prévenu. Placée sous la responsabilité du Premier ministre, l’ICPC devrait disposer d’un budget de 40 à 50 millions de dirhams, encore en négociation. Mais si Abbas El Fassi garde la main sur les cordons de la bourse, il n’est pas sûr qu’il ait son mot à dire sur les orientations et les propositions de l’Instance. “Au moindre problème, je suis joignable”, aurait en effet répété Mohammed VI à un Abdesselam Aboudrar convaincu de la bonne volonté des plus hautes autorités de l’Etat.

Règlement de comptes à OK Corral
Ou le test des élections partielles

Les 19 et 21 septembre, on rejouait le film des élections 2007, avec quelques coupes et pas mal d’improvisation. Mais jamais élections partielles n’auront fait couler autant d’encre. Les sièges de quatre circonscriptions étaient de nouveau à pourvoir : Safi-sud, Tiznit, Mohammedia et Gueliz-Annakhil à Marrakech. Au total, sept députés pouvaient être repêchés par les urnes après l’invalidation du scrutin prononcée par le Conseil constitutionnel, suite aux plaintes pour irrégularités accumulées depuis septembre 2007. Après l’électrochoc des législatives, tous les partis étaient sur la brèche : l’Istiqlal avait à cœur de confirmer sa bonne forme du moment. Le PJD et son nouveau leader, Abdelilah Benkirane, devaient corriger le tir de la victoire manquée en 2007. Pour l’USFP, empêtré dans sa crise interne (lire article page 26), il s’agissait juste de limiter la casse. Au final, on a rejoué le même scénario qu’il y a un an : un taux de participation désespérément bas, des électeurs “financièrement” intéressés aux résultats des urnes et des notabilités qui durent, qui durent… Aux mêmes maux, les mêmes remèdes : sitôt les résultats connus, les candidats (heureux ou malheureux) sont montés au créneau pour dénoncer les “irrégularités” du scrutin. Même le PAM a entonné la rengaine de la corruption électorale. Ironie de l’histoire, le tintamarre politique et médiatique autour de ces élections partielles n’aura finalement abouti qu’à la reconduction des candidats recalés par le Conseil constitutionnel, les mêmes visages se succédant à eux-mêmes.

Impitoyable
Ou la belle aventure d’El Himma

Dans le rôle de Clint Eastwood, Fouad Ali El Himma, à qui rien ne semble résister. La presse a fait ses choux gras de l’échec du PAM aux élections partielles, avec un seul candidat élu, qui plus est un député sortant, encarté à l’Alliance des libertés (ADL) de Ali Belhaj. Mais le soldat El Himma a bien su retourner la situation. Ainsi, au PAM, on a au moins un motif de satisfaction : “Nous sommes un parti comme les autres. Tout le monde a pu voir que nous n’étions pas favorisés par l’administration”, a expliqué El Himma à ses troupes. Plus encore, selon la prose officielle, les résultats des élections partielles consacrent la victoire du centre. Un triomphe de plus pour El Himma ? C’est l’idée qu’il semble accréditer. L’homme a entamé une tournée médiatique et drague maintenant les partis de tous horizons. Après l’alliance au Parlement avec le RNI, le PAM prépare d’autres surprises. Le microcosme politique devise sur un éventuel rapprochement avec le Mouvement populaire (MP), voire avec l’Union constitutionnelle (UC), située à la droite de l’échiquier politique. Mais El Himma n’a pas non plus renoncé à mettre son grain de sel dans le débat qui anime en ce moment l’USFP. Invité de Ali Bouabid et du Cercle d’analyse politique (un think tank orienté à gauche), lundi 13 octobre, El Himma en a profité pour enfiler son costume préféré de rassembleur. Un coup au centre, un coup à gauche. Avec un seul adversaire déclaré à ce jour (“L’islam venu d’ailleurs”, dixit son patron), le PAM veut dépasser, voire survoler, les clivages partisans. Mais droite ou gauche, tradition ou modernité, il faudra peut-être choisir et expliquer un jour. Jusqu’à nouvel ordre, le PAM est un parti comme les autres.

Le grand silence
Ou la com’ de Si Abbas

Abbas El Fassi est un Premier ministre mal aimé. Sa nomination, respectueuse de la lettre démocratique, a fait beaucoup de déçus, et son action depuis plus d’un an à la tête du gouvernement ne plaide toujours pas pour lui. Pourtant, Si Abbas multiplie les efforts. Pour plaire au roi, bien sûr. Mais aussi pour corriger son image de “dinosaure” un peu usé. Qu’on se le dise, Abbas El Fassi a décidé de communiquer… quitte à s’y prendre à deux fois. D’abord, une interview accordée à l'hebdomadaire français Jeune Afrique, où notre Premier ministre répond aux questions sans complaisance de François Soudan. Florilège. Racontant une de ses journées-types : “Après le dîner, je signe des parapheurs à la maison, puis je réfléchis sur ce qui va et ne va pas au Maroc”. Expliquant ses relations avec le roi : “Les échanges téléphoniques entre le roi et moi sont réguliers et il arrive qu’il me reçoive. […] J’ai d’ailleurs toujours en poche un téléphone avec un numéro spécial, qui lui permet de m’appeler à tout moment”. Et une deuxième interview, beaucoup plus courte, accordée à Maroc Hebdo : ici, pas de fioriture, le Premier ministre fait sa com’. Parfois, cependant, on frise la vacuité. Question : “Depuis un an à la tête du gouvernement, qu’avez-vous appris ?”. “À travailler davantage. La tâche est lourde, la responsabilité grande…”, répond Si Abbas. Et suit un petit paragraphe de langue de bois.

Mais le mal est peut-être fait. L’image qui ressort de notre Premier ministre est celle d’un élève sérieux, un peu timide, souvent laborieux, et surtout, qui se justifie sans jamais expliquer. Sans revenir par exemple sur le rôle des conseillers du roi dans la formation de “son” gouvernement…

Le train sifflera trois fois
Ou les hésitations de l’Istiqlal

En attendant, le parti de Abbas El Fassi est suspendu aux décisions de son chef… qui n'en a toujours pas pris : oui ou non, briguera-t-il un troisième mandat de secrétaire général de l’Istiqlal… comme le lui interdisent les statuts du parti ? Le 15ème congrès de la formation de la balance, qui devait trancher la question, était initialement prévu à la mi-octobre. Mais il a été reporté aux 9, 10 et 11 janvier prochain. Le temps sans doute de digérer la crise qui sévit à l’USFP et les incertitudes liées à la stratégie d’El Himma. Les militants istiqlaliens semblent toutefois s’orienter vers la reconduction de leur nouveau César. El Fassi a pourtant prévenu : “Je ne ferai pas campagne. C’est la base qui décidera”. En d’autres termes, les statuts du parti seront certainement amendés pour lui permettre de se représenter. Mais ces ambitions mal assumées ne sont pas du goût de tout le monde : après les sorties fracassantes de M’hamed El Khalifa, c’était au tour de Mohamed Larbi Messari, figure historique du parti, de geler ses activités au sein de l’Istiqlal et de claquer la porte du comité exécutif. Heureusement, le plus vieux parti du pays a entamé sa mue il y a cinq ans déjà, et la jeune garde bichonnée par El Fassi s’apprête à combler les désistements : les Nizar Baraka, Karim Ghellab et autre Yasmina Baddou occuperont davantage le champ laissé vacant par les déçus du “règne El Fassi”.

Il était une fois dans l’Ouest
Ou la rentrée parlementaire

Vendredi 10 octobre, le Parlement faisait sa rentrée officielle. Pour l’occasion, il s’était fait un petit lifting : un bâtiment tout neuf pour la Chambre des conseillers, mais que le roi n’a pas eu le loisir d’inaugurer, puisque la séance d’ouverture a eu lieu, comme à l’accoutumée, dans l’hémicycle de la Chambre des représentants. Qu’à cela ne tienne ! Députés et parlementaires sont venus en nombre pour recevoir en grande pompe Mohammed VI, sa cour et ses généraux. Mais même les scénarii les mieux huilés n’échappent pas aux petits couacs : après une erreur dans la lecture du Coran qui précède traditionnellement le discours du roi et l’ouverture de la session parlementaire, le patron du PJD, Abdelilah Benkirane, intervient de manière impromptue et sans micro, pour corriger le pauvre “écorcheur de Coran”. Une intervention diversement appréciée… En tout état de cause, les dés sont jetés. L’année parlementaire a commencé et le roi a défini le cahier des charges des députés. Au menu : lutte contre la corruption, rôle accru du Conseil économique et social dans un contexte de vie chère et de crise internationale, avec en sus une petite mesure en gage de bonne volonté : l’âge légal pour se présenter aux communales devrait passer de 23 à 21 ans. Mais dès la fin du discours royal et les congratulations de rigueur, conseillers et députés ont été priés de prendre congé de leur auguste invité. En guise de consolation, un buffet garni et des montagnes de petits fours tout droits venus du palais royal. Une attention apparemment suffisante pour calmer l’appétit légendaire de nos députés.

Epilogue : L’homme aux colts d’or
Ou le roi tout-puissant

L’homme de la rentrée est aussi le principal acteur du film. Sans surprise, il s’agit de Mohammed VI : une ferme intention affichée de lutte contre la corruption, une opération “1 million de cartables” qui a déjà fait beaucoup d’heureux et, last but not least, un discours annonçant la reprise en main du champ religieux. Avec cette série de coups médiatiques, le roi a entamé la nouvelle année parlementaire avec un train d’avance sur les partis politiques. Finalement, des partis traditionnels, seuls le PJD (qui a tenu son congrès l’été dernier) et le RNI (qui s’adosse désormais à Fouad Ali El Himma) semblent suivre le rythme imprimé par le roi. Quant aux ministres, tous semblent s’astreindre au rôle qui leur est imparti : pas d’impairs, ni de notes discordantes dans le doux consensus ambiant. Il faut dire que Abbas El Fassi est là pour donner l’exemple.

 
 
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