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Tendance. Icônes à la marocaine
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N° 343
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

Tendance. Icônes à la marocaine

(DR)

Sportifs, chanteurs, acteurs… quelques figures ont marqué (et marquent encore) les générations. Des stars adulées au point d’être “customisées”, parfois en oubliant leur parcours.


Le Che chéri
“Che Guevara est l'icône des fumeurs de joints pseudo-anarchistes”, peut-on lire sur un forum Internet marocain. Le débat, lancé par un internaute, ressemble à un coup de gueule féroce contre l’idéalisation marocaine du révolutionnaire argentin. “L’admirer revient à admirer
Castro, Staline ou encore Hitler”, affirme l’anti-Che. De là découleront une vingtaine de pages, où férus d’histoire et fétichistes du Che tenteront de débattre du bien-fondé idéologique du personnage. Un cyber et demi plus loin, sous un lampadaire éteint, une meute d'ados discutent et mégotent. L’un d’eux ajuste négligemment son T-shirt, estampillé du fameux portrait du héros barbu, béret vissé sur la tête. On peut y déchiffrer les mots “Hasta Siempre”, littéralement “pour toujours”. Pour toujours ? “Le Che, c’était un homme, un vrai”, certifie l’adolescent, qui ne savait absolument pas que son modèle avait déjà foulé le sol marocain (lire TelQuel n°240). “Tu sais tout ce qu’il a fait dans sa vie ! Bezzaf !”. De là à croire que les jeunes Marocains se reconnaissent dans l'idéologie politique de l'ami Ernesto, il y a un pas difficile à franchir. “Moi, je sais que son prénom est Che et son nom est Guevara !”, lance l'ado. C’est déjà cela.


Bob, le cousin de l'herbe
Festival Mawazine 2008, à Rabat. Sur la scène d'El Qamra, le concert de Ziggy Marley fait le plein. “Khti Aïcha, Khti Aïcha, t’as vu l’Bom Barley !”, braille, de sa voix cassée, un jeune spectateur, drogué au reggae et à ce petit je-ne-sais-quoi d’illicite. Pour lui, ce n'est pas le fils, mais Bob Marley lui-même qui est sur scène. Quoi ? Le Bob est décédé il y a 27 ans ? Impossible ! Il y a une semaine, il le jure, la légende jamaïcaine est passée par chez son cousin, dans la région de Ketama… À la décharge du fan rbati, il est vrai que “l’Bob” est partout au Maroc : tagué sur les murs, étalé en posters sur le sol de toutes les médinas du royaume, floqué sur les T-shirts, les porte-clés, les casquettes et les bobs. Forcément. “On m’appelle l’Bob Marli quotidiennement. Dès que je mets les pieds hors de chez moi”, raconte avec nonchalance un rastaman local. Mais au-delà des clichés, beaucoup de Marocains se sentent proches du roi du reggae, ne serait-ce que pour son penchant pour les "cigarettes artisanales". Même ceux incapables de fredonner l’un de ses airs le reconnaissent, et jouent volontiers à se réapproprier ses textes révolutionnaires. Ainsi, lorsqu’en 2004, au Festival d'Essaouira, les Wailers entonnent le fameux Redemption Song, une partie du public transforme le titre en “Noureddine M’sha L’So9” (Noureddine est allé au souk). L’oreille (marocaine) absolue.


Maradona, reviens !
“Diego Maradona ? C’est un petit gros qui court vite. Un tiers-mondiste qui est arrivé très loin grâce à ses pieds”, résume Amine, pas si fan de foot que ça, mais bien informé quand il est question de Tiers-Monde. “Il a transcendé les classes sociales”, ajoute Meryem. Et Amine de renchérir : “Le sport est l’un des rares ascenceurs sociaux qui existent dans les pays pauvres et il a su l'exploiter. C’était une idole à l’époque, un exemple pour pas mal de jeunes. Mais il a mal tourné, à la façon des rock stars”. Le Pibe del oro a été, dans les années 80, l’idéal footballistique de toute la planète. Marocains compris. Combien de gamins n’ont-ils pas chanté, après chaque défaite du WAC, “Daoudi boukhnouna, S7ab rasso Maradona” ? “Bien des années après son retrait du monde sportif, les maillots argentins signés Maradona restent les plus vendus au Maroc, loin devant ceux de Zidane”, raconte ce vendeur de maillots de contrefaçon dans la médina de Casablanca. Nos fans nationaux dédient même des montages vidéo (disponibles sur youtube), à la gloire de Maradona, sur fond de musique chaâbi. Une preuve d’amour incontestable, relayée même par les artistes de la nouvelle scène. N'est-ce pas, Hoba Hoba Spirit ?


Bruce Lee, le plus fort
Driss habite un quartier populaire de la capitale. Comme beaucoup, Driss fréquente “la salle”. Comprenez, le club de karaté. Mais ce qui différencie Driss des autres, outre sa démarche conditionnée par les katas, c’est son surnom. Driss se fait appeler “Driss Lee”, en hommage à l'icône définitive des films d’arts martiaux, Bruce Lee. En Kung-Fu fighter qui se respecte, il abhorre Chuck Norris, l'Américain, qui s'est d'ailleurs fait humilier par son acteur préféré. Bruce Lee est l’homme du peuple, le faible qui contrôle la force et défend la justice de ses mains nues. Et qui gagne toujours, bien évidemment. “Bruce Lee, c’est aussi un modèle. Qui ne se souvient pas des scènes où, lorsque sa famille était attaquée par une bande, ses yeux s’embuaient de tristesse et de colère. C’est alors qu’il passait à l’action”, se souvient l’un des fanatiques de l’acteur. Dans toutes les salles de sport, chez les vendeurs de DVD de Derb Ghallef et ailleurs, la pose figée et nerveuse de Bruce Lee incarne la réalisation physique, la fierté et le courage. C’est justement pour ça que Driss se prend pour Bruce. Le reste n’est qu’une question d’accent.


Michael Jackson, Stallone et les autres
Michael Jackson (souvent appelé par son prénom), Sylvester Stallone (souvent appelé Rocky), Mike Tyson, Ronaldo, Shakira… la liste est longue. Des noms propres devenus des pseudonymes aux quatre coins du Maroc : on trouve un Hendrix dans chaque quartier, un Mohammed Ali sur chaque ring de rue, un 2pac sur chaque mur, un morceau de Metallica au bout de la langue de chaque petit groupe qui débute. Le Marocain reçoit, ingurgite, transforme ou déforme. Il s’enroule dans le nom, aime le concept et s’identifie plutôt facilement. N’importe quel individu quelque peu hirsute et armé d’une guitare se fait hêler “Wa Nirvana ! Wa L’Metallica !” dans la rue. À Casablanca comme à Ouarzazate, beaucoup d’adresses mails féminines ressemblent à shakirabat@caramail.com et Stranger in Moscow de Michael Jackson devient Shrilia l’meska (achètes-moi du chewing-gum). Mais les coups de cœur restent authentiques… même lorsqu’ils prêtent à sourire.

 
 
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