Inondations. L'heure des comptes
Constitution. En attendant Mohammed VI
Maroc-UE. Statut avancé, mode d'emploi
Canada. Des Marocains dans le vent
Tendance. Thaïlande mania
People. La face cachée de Zidane
Loi de Finances. Des cadeaux pour la classe moyenne
Box-Office. Adil Imam, Lola et les autres...
Littérature. Le Maroc de Le Clézio
Patrimoine. Il était une fois Tioumliline
Coup de gueule. Nouvelle scène "patriotique"
N° 344
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saadi

Box-Office. Adil Imam, Lola et les autres...

Le Mégarama de Casablanca,
très fréquenté par des
adolescents amateurs de
productions américaines.
(TNIOUNI)

Des comédies égyptiennes, des blockbusters hollywoodiens et quelques productions locales… c'est le trio gagnant du box-office marocain, d’après les chiffres publiés par le Centre cinématographique marocain.


Nos cinéphiles ont des goûts cinématographiques pour le moins diversifiés. C'est ce que révèle le classement des dix films qui ont eu le plus de succès dans les salles obscures marocaines entre janvier et juin 2008. En effet, dans ce “box-office” marocain, publié tous les six mois
par le Centre cinématographique marocain (CCM), on retrouve des films marocains, américains, mais aussi français et égyptiens. Un top 10 plutôt équilibré, d'où s'est évaporée la suprématie des films hollywoodiens. Point commun entre les films préférés des cinéphiles marocains ? Toutes nationalités confondues, il s'agit soit de comédies, soit de films à grand spectacle.

Cinémas du monde
“Même si les Marocains ont toujours été consommateurs de films étrangers, leurs préférences ont un peu changé, commente Mohamed Bakrim, du Département promotion et coopération au Centre cinématographique marocain (CCM). La preuve : le cinéma indien est absent du classement, alors que les productions françaises, et surtout égyptiennes, ont fait un vrai retour en force par rapport aux années précédentes”. À tout seigneur tout honeur, c'est Adil Imam, avec sa comédie Morjane Ahmed Morjane, qui domine la tête du classement, avec 99 000 entrées. L'inusable star égyptienne évince ainsi les productions marocaines, qui avaient trusté, lors des deux années précédentes, la première place du classement (Les Anges de Satan, d’Ahmed Boulane, en 2007, et Marock, de Leila Marrakchi, en 2006). De là à penser que le cinéma égyptien a détrôné le film marocain dans le cœur des nos spectateurs, il y a un pas que Mohamed Bakrim évite de franchir. “Il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit que des chiffres de la première moitié de l’année. Selon toute logique, c’est Whatever Lola Wants, de Nabyl Ayouch (qui a enregistré 88 422 entrées au terme du premier semestre, ndlr) qui prendra la première place du box-office sur l'ensemble de l'année”, assure-t-il.

Et les blockbusters américains dans tout cela ? Comme chaque année, ils se classent plutôt bien, malgré l’existence du piratage à grande échelle. En effet, même si des films comme Hancock ou Indiana Jones IV sont disponibles presque partout en DVD pirates, ils continuent à attirer un public nombreux en salle. Explication de Mounia Layadi, patronne du cinéma Colisée à Marrakech : “Ce genre de films est très apprécié par les adolescents, qui vont au cinéma entre copains, généralement les week-ends. Ce sont des productions pleines d'effets spéciaux spectaculaires, qui donnent beaucoup mieux sur grand écran”. Il suffit d’ailleurs d’aller faire un tour au Mégarama de Casablanca, un samedi après-midi, pour jauger le phénomène. Croiser des bandes d’adolescents, pop-corn à la main, qui se ruent vers des films mettant en scène des super-héros est courant dans ce multiplexe, qui semble loin de souffrir de la crise qui touche le reste des salles.

Le film marocain, sauveur de salles ?
Quant au cinéma marocain, il poursuit sa progression, lentement mais sûrement. “Les Marocains aiment voir des longs-métrages où ils se reconnaissent, et dans lesquels leurs problèmes sont traités de manière claire et intelligente”, analyse le critique de cinéma Mohamed Galaoui. Cela explique-t-il par exemple que Les Jardins de Samira, de Latif Lahlou, qui parle d’impuissance sexuelle et d'adultère, ait réalisé un meilleur nombre d'entrées que le quatrième opus d’Indiana Jones ? Sans doute. Même si actuellement il n’y a que deux films marocains qui figurent dans le top 10, il faut savoir que d’autres productions locales ont fait des chiffres d’entrées loin d’être négligeables. C’est le cas par exemple d’Adieu Mères, de Mohamed Ismaïl (20 503 entrées), ou de Cœurs Brûlés, d’Ahmed Mâanouni (16 212 entrées). Par ailleurs, il semblerait que les spectateurs marocains aient des scrupules (ou plutôt des difficultés) à acquérir les versions piratées des productions locales, préférant se déplacer en salle pour les regarder. Cette tendance n’est pas nouvelle, et date déjà de quelques années. L’exemple le plus frappant reste Marock, qui a battu des records d’entrées en 2006, alors qu’il était disponible en DVD piraté depuis des mois avant sa sortie officielle dans les salles marocaines. Et si les longs-métrages locaux étaient le meilleur moyen d’attirer de plus en plus de public dans les salles qu'on dit désertées ? “Je suis convaincue que le salut de nos salles passera par le cinéma marocain. Il suffirait que réalisateurs et producteurs communiquent davantage autour de leurs films, estime Mounia Layadi. Aujourd'hui, la majorité des productions nationales sont livrées à elles-mêmes dès leur sortie, et il n’y a que le bouche-à-oreille qui les fait marcher”. Et lorsque cette méthode ne marche pas, des films, pourtant d'excellente facture, peuvent se retrouver rapidement déprogrammés. C'est le triste sort qu'a connu En attendant Pasolini, de Daoud Aoulad Syad, qui n’a enregistré que 6495 entrées durant… ses quatorze jours de vie sur grand écran. “C’est ce qui arrive quand presque toutes les salles ont une vocation strictement commerciale”, déplore Mohamed Bakrim, qui poursuit : “C’est pour cela que nous projetons à la Salle du 7ème Art, à Rabat, qui dépend du CCM, des films qui nous semblent intéressants, même quand ils ne font pas forcément l’unanimité auprès du public”. Un public aux goûts finalement assez “simples”, penchant largement vers le cinéma de divertissement. “Les films à thèmes ou à la narration enchevêtrée n’ont jamais été la tasse de thé des cinéphiles marocains. Ils préfèrent les films linéaires, et la nouvelle génération de réalisateurs marocains l’a bien compris”, analyse le critique Mohamed Galaoui. Pendant ce temps-là, le nombre de salles continue à chuter : le pays ne compte plus que 70 salles, contre environ 200 il y a une dizaine d'années. Et l'hécatombe continue : courant 2008, neuf salles ont mis la clé sous la porte. Parmi elles, quelques monuments comme l’Empire et le Rex à Fès, le Grand Cinéma à Al Hoceïma ou encore le Shéhérazade à Casablanca.



Top 10 des entrées (janvier à Juin 2008)

Morjane Ahmed Morjane, de Ali Idriss (Egypte).
99 000 entrées
Whatever Lola Wants, de Nabyl Ayouch (Maroc).
88 422 entrées
Les Jardins de Samira, de Latif Lahlou (Maroc).
41 000 entrées
Andalib Al Doki, de Wail Ihsan (Egypte).
36 000 entrées
Hya Fawda, de Youssef Chahine (Egypte).
28 559 entrées
Hancock, de Peter Berg (Etats-Unis).
28 000 entrées
Astérix aux Jeux Olympiques, de Thomas Langmann et Frédéric Forestier (France).
26 000 entrées
Indiana Jones et le royaume du crâne en cristal, de Steven Spielberg (USA).
21 000 entrées
Jumper, de Doug Liman (USA).
19 000 entrées
Bienvenue chez les Ch’tis, de Danny Boon (France).
13 996 entrées

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés