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Littérature. Le Maroc de Le Clézio
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ruth Grosrichard

Littérature. Le Maroc de Le Clézio

(AFP)

L’œuvre de l’écrivain français, récompensé par le Prix Nobel de littérature 2008, est imprégnée de ses séjours dans le royaume. Extraits.


En attribuant à Jean-Marie Gustave Le Clézio le Prix Nobel de littérature 2008, l’Académie suédoise a fait le choix de récompenser un “écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante”. Mais cette humanité, c’est aussi en parcourant le monde qu’i
l’explore. Réels ou fictifs, ses voyages l’ont conduit au Mexique, à l’Ile Maurice, à l’Ile Rodrigues, en Océanie, au coeur de l’Afrique… et, à trois reprises, au Maroc.

Lalla et les Hommes bleus
En 1980 d’abord, dans Désert (Ed. Gallimard). C’est l’histoire de Lalla, une jeune Marocaine. Elle commence à l’époque de la pénétration française dans le sud marocain, du côté de Saguiet El Hamra. Lalla habite un bidonville d’une grande cité située près de la mer, mais elle ne peut oublier, en enfant du désert qu’elle est, le massacre des ses frères, les Hommes bleus, par les conquérants français. Son désert, elle le porte dans sa chair en aimant un Hartani dont elle tombe enceinte avant de s’exiler à Marseille où elle rejoindra d’autres immigrés misérables. Sa beauté fera d’elle une cover-girl célèbre mais rien n’entamera son identité originelle et son amour pour la terre de ses ancêtres...

Une écriture simple et dépouillée comme le désert : Saguiet El Hamra, hiver 1909-1910. Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet, de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible... Le soleil était encore haut dans le ciel nu, le vent emportait les bruits et les odeurs. La sueur coulait lentement sur le visage des voyageurs, et leur peau sombre avait pris le reflet de l'indigo, sur leurs joues, sur leurs bras, le long de leurs jambes. Les tatouages bleus sur le front des femmes brillaient comme des scarabées...

Laïla et les écrivains
En 1997 ensuite, dans Poisson d’or (Ed. Gallimard) : c’est encore l’histoire d’une petite Marocaine née dans un village montagnard du sud. Elle se nomme Laïla, parce qu’à l’âge de six ans, après avoir été volée, elle est arrivée de nuit chez Lalla Asma, une vieille juive qui n’avait pas voulu quitter le mellah. Après la mort de Lalla Asma, Laïla doit affronter la vie et la méchanceté du genre humain : elle passera tour à tour d’un fondouk de prostituées à Paris, Nice, Boston et Chicago. Plongée dans un univers où elle côtoie le racisme, la marginalité, elle sera sauvée par la musique, l’amour et la lecture de Dante, Camus, Flaubert, Frantz Fanon, Nietzsche, Voltaire...

Laïla raconte : Quand j’avais six ou sept ans, j’ai été volée. Je ne m’en souviens pas vraiment, car j’étais trop jeune, et tout ce que j’ai vécu ensuite a effacé ce souvenir. C’est plutôt comme un rêve, un cauchemar lointain, terrible, qui revient certaines nuits, qui me trouble même le jour. Il y a cette rue blanche de soleil, poussiéreuse et vide, le ciel bleu, le cri déchirant d’un oiseau noir, et tout à coup des mains d’hommes qui me jettent au fond d’un grand sac, et j’étouffe. C’est Lalla Asma qui m’a achetée...

Jemia et les Aroussiyine
En 1999 enfin, avec Gens des nuages (Ed. Gallimard-Folio). C’est un retour au désert. Il s’agit d’un journal, écrit en collaboration avec Jemia, son épouse marocaine, à l'occasion d'un voyage dans le Sahara. Illustré de photos de Bruno Barbey, l’ouvrage raconte les retrouvailles de Jemia avec son pays, et évoque l'histoire de ses ancêtres, les Aroussiyine.

Fragments du prologue : Lorsque l’idée d’écrire ensemble un livre s’est matérialisé, il nous est apparu que ce ne pouvait être que ce livre-ci, le compte-rendu d’un retour aux origines, vers la vallée de la Saguiet El Hamra, la Rivière Rouge, d’où la famille de Jemia est venue... Pour y parvenir, il faut franchir des milliers de kilomètres, traverser l’Atlas et l’Anti-Atlas, le plateau de la Gadda, jusqu’à la ville sainte de Smara. Mais la difficulté venait moins de la distance et des risques (nous avions été prévenus que la région, quoique pacifiée, restait dangereuse à cause des mines) que de la différence qui séparait Jemia, descendante de la lignée des Aroussiyine, des membres de sa famille restés au désert.

 
 
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